‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 210 sur 405 · A s. A. s. LE PRINCE DE · texte numérisé non relu

A s. A. s. LE PRINCE DE

Ferney, 24 octobre.

Monseigneur, J'ai hésité longtemps si je prendrais la liberté d'en -

* ÀdeHne, ou Albert I^, comédle-hërolque en trois actes et en im Ubns, de Lablane de GolUet, fat représentée sans succès en 1 7 7 6. Il est Tautevr de plusieurs pièces, entre autres de la tragédie de ^onci} Cafoe, dont il n'est resté que ce vers :

Crois-tu de ce forfait Manco Capac capable?

* Gustave 111, qui venait de succéder à son père, avait rétabli, de concert avec les États, l'autorité royale, en resserrant les prérogatives du sénat dans de Justes bornes, li accorda à la presse une généreuse Uberté.

»6 LETTRES INÉINTES

Yoyer la lettre ci-jointe à V. A. S. J'ai craint de commettre une grande indiscrétion» mais j*ai craint aussi de manquer à mon devoir, en ne vous renvoyant pas. J*ai pensé que peu^-étre la personne qui a écrit cette requête avait des raisons qui pourraient rautoriser, ou du moins Vexcuser. J*ai cru même que vous pourriez me savoir mauvais gré de n*avoir pas osé vous présenter une occasion d'exercer votre inclination bienfaisante. Enfin , pressé par la personne dont je vous envoie la lettre, je me rends à ce qu'elle exige de moi, sans examiner le moins du monde quel droit elle peut avoir de prendre cette liberté avec Y. A. S., ni pourquoi elle m*a choisi pour confident d'une demande si extraordinaire.

Quelque parti que vous preniez , je garderai le secret; quelque chose que vous m'ordonniez sur cette petite affaire singulière, j'obéirai très-ponctuellement, et personne n'en saura jamais rien, pas même sa mère.

Il ne m'appartient ni de condamner ni d'excuser la démarche de cette personne. Tout ce que je sais, c'est que je vous suis sincèrement attaché avec le respect le plus profond et le plus discret. H y a près de trente ans que ces sentiments pour vous sont gravés dans le fond de mon cœur. Je vous supplie de les agréer avec votre bonté ordinaire. Vous verrez bien que mon seul dévouement pour Y. A. S. m'a forcé à exécuter la commission dont on m'a chargé, de peur qu'on ne s'adressât à d'autres et qu'on ne hasardât un éclat désagréable dans une ville où toutes les démarches sont épiées.

Plût à Dieu que mon âge et mes maladies me per-

missent de venir renouveler tous mes sentiments à vos pieds, et achever ma vie auprès d*un prince tel que vous. Je n'aurais point imité votre jeune professeur de Geoève. Il est triste pour moi de mourir sans la consolation de présenter encore mon profond respect à Y. A. S.

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