COPIE DE LA LETTRE DE WAGNIÈBB A 11. VALADE
UBlAimB à PlBIt.
A Ferney, 1 4 man.
J'avais répondu, monsieur, à une de vos lettres dans laquelle vous paraissiez vous repentir de votre faute. Je vous avais mandé que M. de Voltaire vous récompenserait si vous lui avouiez la vérité. Mais, au lieu d'avouer cette vérité, vous avez persisté à vouloir tromper M. de Sartines, et à soutenir que vous aviez travaillé à votre détestable édition sur l'édition publiée à Genève. Ensuite vous avez dit que c'était sur une édition de Lausanne. Or, je vous déclare une seconde fois que les Lois de Minos n'ont jamais été encore imprimées ni à Lausanne ni à Genève, et que toutes les provinces voisines, au nombre de plus de trois millions d'ftmes, peuvent vous démentir. Comment avez-voos pu affirmer une fausseté si évidente ?
Vous avez imprimé les Loù de Àfinos sur une copie manuscrite de l'exemplaire de M. Lekain, dans lequel il y a plus de quarante vers qui ne sont pas de M. de
Voltaire, et qui ne se trouveroot pas assurément dans l'édition qu'on fait actuellement à Genève, et qui pa* raltra bientôt. Votre procédé n'est pas excusable ; mais M. de Sartines ne pouvait pas supposer que vous osas» siez abuser à ce point de sa bonté.
Montrez l'exemplaire que vous dites avoir reçu de Lausanne ; on vous en défie. Vous ne montrerez que l'exemplaire que vous aviez imprimé clandestinement sous le nom de Lausanne , avant d'avoir obtenu une permission tacite.
M. de Voltaire ne veut point vous perdre; il en est bien éloigné; et, si vous aviez eu la bonne foi de lui avouer votre délit, vous vous en seriez bien trouvé. C'est tout ce que peut vous dire votre serviteur,
Wagnièbs,
SeeréUire de M. de Voltaire.
À Feraey, 6 «Tril.
Monsieur» je ne puis trop vous remercier de vos bontés ni trop respecter vos sages ménagements pour la personne qui a pu vendre ce manuscrit au libraire Valade. Cette affaire n'est qu'une bagatelle, et mon seul but était de vous convaincre que je n'avais point fait débiter ce petit ouvrage dans le pays étranger, comme Valade m'en accusait, pour se justifier. Puisque vous avez bien voulu approfondir la vérité , cela me suffit et je suis trop content.
11 y a plus de quarante ans que je suis accoutumé non-seulement à voir falsifier mes ouvrages, mais à me voir imputer des choses que je n'ai jamais faites
ni jamais sues. Ma profonde retraite et mon âge de près de quatre-vingts ans n'ont pu me mettre à l'abri de cette vexation; c'est un inconvénient qu'il faut souffrir, ainsi que tous les autres chagrins auxquels la vie de l'homme est exposée. C'est une grande consolation pour les véritables gens de lettres d'être sous la protection d'un magistrat aussi éclairé et aussi prudent qu'équitable. Personne n'est plus sensible que moi à ce bonheur dont on jouit à Paris, et dont je ressens les effets jusque dans le pays étranger»
J'ai l'honneur d'être avec bien du respect et de la reconnaissance, monsieur, votre, etc.
79i. — A M. BORDES.
A Ferney, 12 avril.
Madame Denis a voulu lire aussi Parapilla, mon cher confrère; je vous renvoie à regret cet agréable ouvrage, et je mets sous votre protection les Aventures Cretoises, qui ne plairont pas si fort aux dames.
Je crois qu'Aufresue * sera dans deux ou trois jours à Lyon ; ne pourrait-on pas l'engager à jouer Teucer? Le vieux malade vous embrasse bien tendrement.