A M. LE COMTE DE SCHOMBERG
Fernej, 14 avril.
Monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré a été
* Aufresne avait débuté à la Comédie-Française en 1765. H parait que la «implicite de sa décianialion déplut au comité, qui refusa de l'admettre. Le suffrage du roi de Prusse et de Timpéralrice de Russie, qui le firent engager à leur théâtre , et les applaudissements de la petite cour de Ferney le dédommagèrent de cette disgrâce. U jouait surtout, dit-on, le rôle d'Auguste avec une grande supériorité. Aufresne est mort en 1806*
DE VOLTAIRE (l?73j. 3iS
une de mes plus grandes consolatloos. 11 est vrai que j*ai été assez mal; mais j'avais chargé M. Tavocat Bel* leguier, qui fait les affaires de la Sorbonne et les miennes, de vous assurer que je mourais très-attacbé à tous mes anciens sentimentSy et surtout à vous, monsieur, qui daignez toujours prendre quelque intérêt à ce qui me regarde, malgré ma constante aversion pour les assassins du chevalier de la Barre.
Si j'ai encore à vivre quelque temps dans ma retraite, au milieu de ma petite colonie , ce sera pour regretter les moments que vous avez bien voulu me donner quelquefois, pour en conserver le souvenir le plus cher et pour vous être très-dévoué jusqu'à mon dernier moment. Je suis encore bien faible; mais il me semble que je reprends un peu de force en vous écrivant.
J'ai l'honneur d'être, avec bien du respect et de la reconnaissance, monsieur, etc.