A M. DE LA BORDE
5 mti.
Quoi I mon cher Orphée, vous voulez que ce soit moi qui agisse, moi si étranger dans votre cour, moi
pauvre vieillard, dont toute Vambition est d*étre oublié dans ce pays-là I Moi persécuté, moi mourant, moi qui D*ai jamais eu la moindre correspondance avec la personne ' dont vous parlez !
J*ai grand*peur qu*Orphée n*ait joué de sa lyre devant des animaux jaloux de lui. Mais vous approchez vos dieux, vous èles dans TOlympe ; vous êtes à portée d'obtenir tout des déesses. Ces divinités daigneraientelles seulement répondre à un mortel confiné dans un désert? Liraient-elles seulement sa lettre? Le héros qui préside aux fêtes daigne quelquefois se souvenir de moi, mais bien rarement. Je vais lui écrire et le prier de parler à la belle déesse. Je lui demanderai même si je puis hasarder une lettre, ce qui est extrêmement délicat dans la position où je suis. On m*a dit que beaucoup de choses avaient été applaudies à une répétition que vous fîtes faire, il y a je crois trois ans, quoique cette répétition fût très-mal exécutée ; mais que surtout la symphonie et les voix s*acquittèrent très-mal de leur devoir au quatrième acte, et la musique ne parut que du bruit.
Cette répétition, qui devait faire Teffet le plus favorable, en fit un désavantageux ; cette impression est restée, à ce qu on prétend, dans la tête du surintendant des fêtes de cette année. Je lui dirai que ce quatrième acte est tout changé , et que vous avez surtout accourci quelques endroits qui parurent trop longs.
Vous savez qu'il faut entrer un peu dans Topinion des gens qu on sollicite ; en un mot, je vais faire tout
* Madame Dn Barry.
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ce qui dépendra de moi; mais encore une fbis^ ce n'est pas dans les limbes où je suis^ que Ton dispose de la oour céleste.
Je vous embrasse bieti tendrement. Je baise le manche de Totre lyre, et je finis ma lettre pour écrire au maître des jeux.
14 mai.
Je hasarde de vous envoyer, par la poste, ces Lois de Minos. Il y en a, mon cher auge, deux exemplaires, l'un pour vous, l'autre pour M. de Thibouville. ie me flatte que M, d'Ogny permettra que le paquet vous parvienne.
Je suppose que vous savez qui on nommera pour aller demander madame la comtesse d'Artois à M. son père* , et quand se fera cette cérémonie à la cour de Savoie : vous me direz que je suis bien curieux.
Auffesne est revenu à Genève, après avoir fait connaître le théâtre français à Venise et à Naples, ce qui n'était jamais arrivé. Je ne connais point ses talents; je ne i'ai jamais vu sur la scène. Peut-être, s'il se montre sur le théâtre de bateleurs qui est actuellement auprès de Genève, je serai privé du plaisir de le voir; car je ne suis point encore en état de sortir. Je serai bien embarrassé quand il faudra mettre un habit.
Faites-moi l'amitié, mon cher ange, de me mander comment madame d'Argental se porte; je m'imagine: que le climat de Paris est meilleur que celui de Ge-
^ Vlctor-Amédée, roi de Sardaigne.
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Bève. Le malheur en a voulu à notre colonie : nous ayons eu des malades ^ des morts, des ruinés et des déserteurs; mais tout cela arrive dans toute colonie. Nous serions absolument anéantis par vos cours des monnaies, votre marc d'or et vos autres lois de Minos, si nous n'avions pas été un peu soutenus par le pays étranger. Cette situation équivoque ne peut pas durer. J*ai bien peur qu'ayant ma mort toute cette machine, que j'ai construite avec tant de soin et de dépense, ne soit entièrement détruite. J'ai tout fondée Ferney; mais ce sera le château d'Armide; tout est illusion, excepté de vous aimer et de vivre avec vous.