‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 228 sur 405 · A M. DE BORDES · texte numérisé non relu

A M. DE BORDES

!9 mai.

Mon cher confrère, j'aurais dû vous remercier plustdt dem*avoir envoyé des dames dignes d'être vos parentes; mais j'aurais dû aussi être un peu plus digne d'une pareille visite. J'étais cruellement malade lorsqu'elles me firent l'honneur de venir à Ferney; je combattis mon mal, je pris la liberté de leur faire ma cour en robe de chambre; mais je ne pus jouir longtemps de l'avantage que vous me procurez. Je passe ma vie dans les souffrances et dans les regrets; on dit que c'est assez le partage de la vieillesse.

Je suis bien fâché que Aufresne ne puisse aller à Lyon ; on dit que c'est un acteur qui a des moments et des éclairs admirables. Il me semble quelquefois que, si on pouvait représenter sur le beau théâtre de Lyon les Lois de Minos avec quelque succès , je pourrais faire un effort et oublier assez mes maux pour venir vous embrasser. J'ai des raisons essentielles pour avoir un prétexte plausible de ce petit voyage. Que de choses j'aurais à vous dire, et que de choses à entendre ! Aimons-nous, mon cher philosophe, car les ennemis de la raison n'aiment guère ceux qui pensent comme nous. Je vous embrasse bien tendrement. Le vieux malade.

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