‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 229 sur 405 · SOI. ^ A MADAME DE SAINT-JULIEN · texte numérisé non relu

SOI. ^ A MADAME DE SAINT-JULIEN

81 mai.

J'ai reçu, madame, au milieu de mes souffrances qui se sont renouvelées, la lettre très-consolante dont vous m'avez honoré; elle m'a été rendue par H. Racle,

qui est revenu chargé de vos bienfaits. Vous me traitez comme lui, vous voulez me faire tout le bien dont Totre belle âme est capable ; vous m*avez accablé de bontés sans m'en rien dire. J'écris à M. le comte de Bissy * que vous avez mis de moitié avec vous^ et je n'écrirai à la personne à laquelle il s'est adressé, que quand vous m'assurerez que cette démarche est convenable et qu'elle sera bien reçue.

A l'égard de la manière étonnante dont en use un homme à qui j'ai témoigné pendant cinquante ans un attachement si public^, et que plus d'un de mes confrères me reproche aigrement aujourd'hui, je n'ai rien à vous dire, sinon que mon cœur est blessé de son procédé, autant qu'il est péuétré pour vous d'une reconnaissance qui ne finira qu'avec ma vie. Ces sentiments sont bien plus vrais que les beaux excès de jeunesse dont les plaisants de Paris ont voulu me faire honneur. Soyez sûre que je ne suis point du tout galant avec les dames genevoises, mais que, si vous me permettez le mot d'amitié, j'en ai une pour vous qui est fort audessus de tout ce que les dames de Genève et même de Paris pourraient inspirer à des jeunes gens. Je n'ai pu lire l'article de votre lettre où vous dites :

« La des Lois de Minos est bien ; » je ne sais

quel mot vous avez mis après « La » Je vou^

drais vous envoyer un recueil où sont les Lois de Minos avec quelques pièces assez curieuses; mais je ne sais comment m'y prendre. M, d'Ogny ne veut se

' GeUe leUre manque.

* Le duc de Kfchelieu, qui refusait de faire Jouer l'opéra de de La Borde.

! charger d*aucuii paquet où il y ait des livres. C'est à

TOUS à me donner yos instructions et vos ordres.

Madame Denis vous est attachée comme moi; je ne

peux vous rien dire de plus fort. Agréez les respects

et les remerciements du vieux malade.

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