‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 240 sur 405 · A M. LE MARQUIS ALBERGATI GAPAGELU · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS ALBERGATI GAPAGELU

A Feraey, tt aoraiibre.

Le malade octogénaire de Ferney est bien flatté et bien consolé de recevoir, avant de quitter ce monde» une petite marque du souvenir de M. le marquis Albergati. Il serait encore plus aise (s'il pouvait lire) de lire sa comédie que la tragédie d'un autre.

Il est vrai que le malade n'écrit à personne. Qu'aurait-il à mander? Qu'il achève sa vie dans un désert au milieu des neiges, et qu'il va bientôt en sortir.

Il mourra avec le regret de n'avoir pu embrasser M. le marquis Al bergati.

8i9. -* A M. D'ARGENTAL.

Je suis bien affligé, mon cher ange, de la mort de M. deChauvelin^; voilà encore un ancien ami que vous perdez. Je n'espérais pas le revoir; car vous voyez bien que je dois mourir au pied des Alpes; mais vous savez combien je devais lui être attaché. Qui osera désor-

^ Des corrections pour Sophonisbe accompagnaient cette lettre. * Frappé d'apoplexie, en jouant an piquet avec Lonla XV, dans les petits appartements, ches madame Du Barry.

DE VOLTAIRE {ilU). 335

mais parler à certains soupers, comme vous m*apprîtes qu*il avait parlé? ce oe sera pas le maître des jeux *, dont la conduite ne parait pas compréhensible, et que je comprends pourtant très-bien et trop bien.

Vous avez dû recevoir le petit emplâtre que j'ai mis à la précipitation avec laquelle Sophonisbe convole en secondes noces. Vous me direz peut-être que cet emplâtre est un mauvais palliatif; mais je ne sais qu*y faire : il y a des maladies qu'on ne peut guérir. Quant à Teticer^ le temps est passé où son aventure pouvait exciter la curiosité des Welches. Cependant» si cette pièce était bien jouée, elle pourrait faire quelque plaisir; et, puisqu'on l'a répétée le carême passé, on pourrait bien la jouer le carême qui vient : c'est mon droit après tout. Les comédiens sont-ils assez ingrats et assez puissants pour m'ôter mon droit?

Vous m'avez parlé, il y a trois semaines, d'upe lettre que vous m'aviez écrite, et qu'un homme, connu de madame de Saint-Julien, devait me rendre; je n'ai vu ni la lettre ni l'homme. Vous m'y nommiez, ditesvous, l'auteur de cette maudite édition qui m'a fait tant de tort. Nommez-le-moi donc, je vous prie, et je vous promets le secret; je vous promets même de ne me point fâcher; je n'en ai plus la force. Si je me fâchais, ce serait contre la nature, qui vous enlève vos amis, et qui m'avertit tous les jours de les aller trouver. Je lui pardonne, si elle conserve la santé à madame d'Àrgental ; pour la vôtre, j'en suis sûr heureu-

* Le doc de Richelieu.

sèment; et c*est mon unique consolation dans mes misères de plus d*une espèce ^

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