‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 265 sur 405 · A M. DE POMARET · texte numérisé non relu

A M. DE POMARET

18 leptembre.

Le vieux malade, à qui M. de Pomaret a écrit le 11 septembre, peut l'assurer que les prélats qui ont le goût de la persécution ne seront point écoutés, et qu'on ne doit attendre rien que d'humain et de favorable du ministère présent. Il y a tout lieu d'espérer qu'à la première occasion, il y aura un règlement pour les mariages, qui assurera l'état des enfants et la tranquillité de la famille. C'est ce que M. de Pomaret peut

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mander à M. Pradel, à qui le ^ieux malade ne peut écrire, ayant perdu son adresse.

Je venais, mon cher ange, d'envoyer votre billet, selon la permission que vous m'en aviez donnée. Je reçois dans le moment votre lettre du 19 septembre, et je vais sur-le-champ écrire à Paris, afin qu*on ne vous présente le billet que lorsque vous en donnerez l'ordre. D'ailleurs, l'homme qui devait venir chez vous pour ce petit payement, a du être chargé d'attendre votre commodité, et il n'y avait nulle forme de lettre de change.

Je vous suis très-obligé des éclaircissements que vous avez bien voulu me donner sur un homme à qui je m'intéresse* ; on nfa assuré qu'il avait un courage tranquille. Je serai fort étonné si je vois le dénoùment des affaires publiques; je m'affaiblis tous les jours, et j'irai bientôt trouver votre pauvre frère. J'ai lutté vingt ans contre le climat de la Suisse ; cela est bien honnête. J'espère que madame Denis soutiendra la petite colonie que j'ai établie ; je dirai en prenant congé :

...Urbem eiri^tiam statui : mea maenia vidi.

A l'égard du jeune homme ^ pour qui vous avez une juste pitié, il n'est pas possible qu'il aille à Paris ; et il n'y a qu'un ami intime de M. de Miromesnil ^ qui pût

« LonteXVI.

* Soit doute d*ÉUtl0Bdede Moriftl.

' Le mmf eau ftide^ea-eeeiax.

obtenir pour lui la faveur dont il est si digne. Je ne connais personne auprès de lui. Je souhaite de vivre assez pour être utile à cet infortuné ; mais je ne Tespère pas.

L'abbé de Yoisenon me mande que M. le maréchal de Richelieu s*amuse à lui prouver que je suis l'auteur de la lettre du théologien '. Je suis bien aise que son procès contre madame de Saint-Vincent lui laisse assez de gaieté dans l'esprit pour turlupiner ainsi ses serviteurs ; mais je suis fâché qu'il respecte si peu les bontés dont il m'a toujours honoré ; il est si aimable, qu'on lui pardonne tout.

Bonsoir, mon très-cher ange ; jouissez longtemps d'une vie heureuse, de la considération que vous avez méritée; bravez avec madame d'Argental l'hiver qui va me porter le dernier coup; mes très-faibles bras vous embrassent. Je me mets aux pieds de madame d'Argental.

• 854. — A M. TLRGOT.

A Ferney, t8 Mptembre.

Le vieux malade de Ferney remercie la nature de l'avoir fait vivre assez longtemps pour voir l'arrêt du conseil du 13 septembre 1774^. Il présente ses respects et ses vœux à l'auteur.

• Cet écrit est de Gondorcet.

* G*e8t Tirrét du conseil qui autorise le libre commerce do blé dans le royaume.

8o5. — A M. LE CHEVALIER DE LISLE.

i octobre.

J*aurais bien youIu , monsieur, passer quelques jours avec tous dans le château dont j'ai vu naître le seigneur * ; mais je ne suis pas comme les jeunes dragons; je ne puis courir, et j'attends patiemment dans mon lit la camarde muette qui met fin à toutes les tracasseries.

Vous m'apprenez que M. l'évêque de Laon est ud Rochechouart ; c'est un nom que je respecte, et ce que vous me dites de cet évêque me le rend bien plus respectable. Je ne sais point du tout ce que c'est que /a physique de son diocèse dont vous me parlez; mais je sais très-bien qui sont les auteurs de cette lettre d'un prétendu théologien. Je ne le dirai pas, car je ne veux pas me brouiller avec ceux qui travaillent pour la bonne cause. Je ne veux pas non plus me brouiller avec vous, parce que vous ne m'avez pas soupçonné sans doute d'être assez fat pour me louer moi-même, ni d'être assez géomètre pour examiner le système des cordes vibrantes de d'Alembert^, dont je n'ai jamais entendu parler, ni assez imprudent pour attaquer tout le clergé en général, avec la même violence que Pascal tombait sur les Jésuites dans les dernières Lettres provinciales. J'en ai dit mon sentiment à c^ messieurs; je leur ai représenté combien il est dangereux d'insulter un corps, qui est le premier du royaume, comme

1 Cirey, appartenant au duc du Chàtelet. • Il est question de ces cordes vibrantes dans la Lettre d'un théologien.

DE VOLtAIftÈ (\iH). âfld

Tétaient les druides, et qui a plus de richesses que les flnanciers. J'ai été très-fàché, surtout, qu'on ait dans cette lettre outragé Tabbé de Voisenon, qui est mon ami depuis quarante ans. Je ne puis vous exprimer la colère où je serais contre ceux qui auraient Tinjustice de m'imputer cet ouvrage.

Pour la petite brochure sur Voraison funèbre ', c'est autre chose. J'en ai fait venir deux exemplaires de Lyon pour vous les envoyer. Vous verrez que l'auteur a pensé comme vous sur l'oraison funèbre des Jésuites et sur la satire de Louis XY.

Quand vous reviendrez àParis, monsieur, tâchez, je vous en prie, de trouver Ferney sur votre roule. Vous pourrez voir aux Deux-PonlsM. de Fontanelle^, qu'on prendrait volontiers pour M. de Fontenelle. S'il vous tombe sous la main, seriez-vous assez bon pour lui dire qu'il a en moi un très-zélé partisan dont il n'a nul besoin.

Une très-belle voix que Dieu nous a envoyée, nous a chanté des morceaux (VIphigênie et d'Orphée qui nous ont fait un extrême plaisir. Ce qui m'en a fait encore beaucoup, c'est l'arrêt du conseil sur la liberté des blés. Ce qui m'en ferait davantage, aussi bien qu'à madame Denis, ce serait d'avoir l'honneur de vous posséder dans notre ermitage. — V.

* L'impertinente oraison funèbre de Louis XV, prononcée à Saint- Denis par M. Beauvais, évéque de Senez, homme du peuple élevé à Vépiscopat grâce aux bontés du roi, dont il outrageait la mémoire. (Note jointe à la leUre originale.)

* Auteur d'une traduction d'Ovide, d'un Cours dé bella-'tetlreê, et de plusieurs romans. Ses Aventures de Pierre Riaud ne manquent pas d'intéréL H est mort en 1812.

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