AU MÊME
t6 uguste.
Le vieux de la montagDe remercie son héros avec la tendresse la plus respectueuse de la relation et de la lettre qu'il vient de recevoir. Au bout du compte, monseigneur, il ne vous arrive que ce qui arrive tous les jours au roi ; des fripons le volent en abusant de son nom. Mais ils sont plus adroits que ce M. Benevent qui a contrefait voire signature. Tout est reconnu ; madame la première présidente * avait déjàeu la bonté de m'en avertir. Elle prend à vous tout l'intérêt que doivent y prendre ceux qui aiment votre gloire et celle de la nation. Ce qu'il y a de déplorable dans cette aventure» c'est que cette folle de madame de Saint-Vincent est parente de feu madame la princesse de Guise votre femme, et qu'elle a parmi ses complices des personnes du plus grand nom. Cela justifie presque cet évéque de Senez, qui a prononcé dans Saint-Denis la satire du siècle de Louis XV. Vous serez obligé de poursuivre la condamnation de madame de Saint-Vincent, et encore plus de demander sa grâce. Mais pour M. Benevent, je suis d'avis qu'il paye les frais du procès et qu'il soit pendu, comme le fut il y a quelques années un chanoine nommé Fleur, qui avait merveilleusement contrefait l'écriture de Montmartel.
Cette affaire est très-extraordinaire, mais elle ne vous compromet en rien. Il est vrai que, dans la situa^
* Madame de Sauyigny.
tion présente, vous avez très-bien fait de venir à Paris pour faire taire les cabales, qui, ne pouvant vous faire aucun mal réel, auraient cherché à faire de mauvaises plaisanteries. Il y a eu des événements qui vous ont été plus sensibles que les signatures de M. Benevent; mais vous vous tirerez toujours avec gloire et même avec bonheur de tous les accidents de la fortune.
Si le cœur donnait des forces, je serais à présent auprès de vous. Je n'ai ni votre santé, ni votre vigueur, ni vos ressources. Vous avez en moi un serviteur bien inutile ; qu'importe un attachement si vif et si ancien? il faudrait faire, au premier avis, cent lieues en trois jours; sans quoi, que sert-il d'aimer? Est-il possible que je sois condamné à mourir, sans venir prendre congé de mon héros?
Quand vous aurez fini votre afTaire, je vous supplierai de daigner vous souvenir de mes pauvres colons, et de vouloir bien les recommander à M. de La Ferté- Menu.