‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 267 sur 405 · A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU

A Ferney, t4 octobre.

Je VOUS suis assurément très-obligé, monseigneur^ de la justice que vous voulez bien faire rendre aui

' Ce pa$t scriptum est de sa main.

* Turgot refusa le pot-de-Tin de trois cent mille francs que, d't* près l'usage, le contrôleur général recevait des fermiers généraux au renouvellement du bail des fermes*

' Cette lettre en brevet est du mois de mars 17)0.

DE VOLTAIHE (1774). 371

artistes de Ferney, qui ont fourni la montre pour les présents du mariage de madame la comtesse d* Artois. Cette bonté de votre part est d'autant mieux placée, que les ouvriers, qui ont fait cette montre, sont les plus pauvres de la colonie, et que je suis certain qu'ils n'avaient voulu rien gagner sur cet ouvrage, afin de mériter votre protection et celle de MM. les premiers gentilshommes de la chambre.

Il est singulier que presque tous les ouvriers que j'ai établis à Ferney, travaillent pour les horlogers de Paris, qui mettent hardiment leurs noms aux montres qui se font chez moi.

Si le ministère pouvait nous tenir la parole que M. le duc (leChoiseul nous avait donnée d'exempter d*impAt8 cette colonie, il est sûr qu'elle serait trèsutile au royaume, et qu'avec le temps son commerce l'emporterait sur celui de Genève. Je suis parvenu à faire une assez jolie petite ville d'un hameau misérable et ignoré, et à établir un commerce qui s'étend en Amérique, en Afrique et en Asie. L'unique avantage que j'ai retiré de cet établissement, est la satisfaction d'avoir fait une chose qui n'est pas fort ordinaire aux gens de lettres ; 11 me semble du moins que c'est se ruiner en bon citoyen.

C'est aussi en bon citoyen que je mourrai attaché à mon héros, qui a rendu tant de services à l'Etat dans des carrières un peu plus nobles et plus brillantes, dont rien n'altérera jamais la gloire.

Souvenez-vous toujours avec bonté du vieillard de Ferney.

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