‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 268 sur 405 · AU MEME · texte numérisé non relu

AU MEME

À Ferney, 1 7 œtobre.

Votre gloire est si peu compromise dans rétonnante affaire des faux billets^ et tous êtes si supérieur à cette misérable affaire, que je ne crains point, monseigneur, d*abuser de votre loisir et de yos bontés en mettant sous vos yeux la lettre du joaillier du roi, Aubert, et celle du notaire de madame du Barry aux fabricants de Ferney, au sujet de la montre en question.

Vous verrez, par les deux endroits soulignés, que le joaillier du roi n'accuse pas juste, et que M. Le Potd*Auteuil est convaincu de la générosité de madame du Barry.

Je vois, par la lettre dont vous m* avez honoré sur cette affaire, qu'elle dépend entièrement de vous, et non du ministre des affaires étrangères. Le sieur Aubert offre, après deux années, de rendre la montre aux ouvriers qui Vont faite, ce qui les jetterait dans un nouvel embarras. Ils sont les moins riches de tous ceux à qui j'ai donné dans Ferney des établissements; et je suis si épuisé par les frais immenses qui sont trèsau-dessus de mon état et de ma fortune, que je serais très-embarrassé s'il me fallait encore prendre sur moi cette perte.

Je compte donc sur la bonté avec laquelle vous voulez bien que M. de La Ferté fasse payer le prix de la montre aux sieurs Céret et Dufour, fabricants de Ferney.

Après vous avoir importuné de cette bagatelle, permettez que je revienne à l'affaire des faux billets. Un

DE VOLTAIRK (1774). 373

des complices^ qui s*était enfui dans mon voisinage, et qui devait être arrêté, a été, comme vous savez, manqué d'un quart d'heure. Mais ce qui me fait le plus de peine, c'est l'acharnement de certaines personnes à vouloir jeter des nuages sur une affaire si claire et si démontrée. On prend parti contre moi avec la même véhémence que quand il s*est agi de l'ancien et du nouveau parlement; il faudra du temps pour que cet esprit de faction se dissipe.

Je rends grâce à tous les maux que me fait la nature, et qui m'empêchent de revoir Paris; ils me sauvent des injustices dont je serais témoin et victime.

Si vous aviez eu le temps de lire la lettre d'un prétendu théologien à je ne sais quel gredin nommé l'abbé Sabatier, vous auriez vu bien clairement que l'abbé Voisenon n'y était insulté que parce qu'il avait pris parti pour le précédent ministère.

Je prends parti pour mes blés qui me fournissent très-peu de pain, et pour mes vignes qui me donnent du vin détestable . J'attends mes neiges avec frayeur, et je gémis avec une douleur inexprimable sur Timpossibilité où je suis réduit de porter mes hommages à mon héros : il est triste de mourir si loin de lui.

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