A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU
30 octobre.
Je viens de recevoir, monseigneur, deux exemplaires imprimés des Mémoires sur te provisoire. Je suis bien sûr que vous n'y répondrez pas, puisque les avocats de ces Mémoires y ont répondu eux-mêmes, et ont constaté le crime qu'ils veulent excuser.
Je retrouve, dans le Mémoire pour le major, cette même lettre qu'on m'avait envoyée, il y a deux mois, eu mauugcrit: nJe vous envoie ^ ma chère cousine,
37è LETTRES INÉDITES
« voire billet signé et dovx : avec Vun vous payerez vos
« dettes j etc. »
Je ne savais pas que cette lettre est aussi fausse que les billets de 425 mille livres, et j'avais pensé d*abord qu'ayant eu la bonté de donner 4 à 5 mille livres, on avait abusé de cette bonté au point de porter celle somme jusqu'à celle de 425 mille livres par une falsification assez aisée et très-punissable. Je vois trèsclairement que le crime est beaucoup plus grand et plus prémédité que je ne croyais.
Celte désagréable affaire est étonnante dans tous ses points. Une femme de cette qualité, une petite-fille de madame de Sévigné, une parente de feu madame la duchesse de Richelieu, un ancien officier major du régiment Dauphin, un abbé d'une maison illustre, tout cela n'a point d'exemple; et ce qui est plus étrange encore, c'est la bizarrerie de certaines gens qui affectent de douter, lorsque tout est démontré.
J'ai peur que les délais des procédures et les vérifications nécessaires ne prennent beaucoup de temps; mais ces formes de la justice ne prendront point sur votre repos; car, au bout du compte, de quoi s'agit-il? Ce sont des voleurs pris en flagrant délit : les lois les puniront, sans que vous vous en mêliez davantage; il ne vous en coûtera d'autre peine que de donner vos ordres, et peut-être de solliciter leur grâce quand ils seront condamnés.
Je vous demande pardon de vous avoir importuné par mes lettres sur l'affaire de mes pauvres horlogers Céret et Dufour. Je vous demanderai en grâce, lorsque vous aurez quelque loisir, de vouloir bien me faire
DE VOLTAmE (1774). 3T7
savoir ce que vous aurez ordonné sur cette bagatelle, qui est entièrement de votre juridiction^ et non de celle du ministre des affaires étrangères.
Je souhaite à mon héros une santé aussi ferme que son ftme doit Tétre^ dans le malheur qu'elle a eu de perdre un roi témoin de ses grands services. Régnez longtemps dans le beau pays du prince Noir. Puissé-je ne point mourir sans avoir eu la consolation de venir vous faire ma cour quelques moments dans votre royaume !
Conservez vos bontés pour voire plus ancien serviteur, qui vit encore.