A M. LE MARQUIS DE THJBOIVILLE
A Ferney, S 8 novembre.
Mon cher marquis, je voudrais vous apporter moimême votre chaîne ; mais donnez-moi de la santé et de la vie, et je vous apporterai autant de diamants, vrais ou faux, qu'il vous plaira.
Je viens de lire le discours du roi au parlement'; je ne connais rien de si sage et de si noble. Le roi est le meilleur auteur de son royaume. Que les polissons qui nous accablent de brochures apprennent à penser et à écrire, ou plutôt à se taire.
• On dit que vous allez avoir Henri lY^ à la Comédie- Française, à l'Italienne et chez Nicolet ; qu'on 1c fasse au moins parler comme il parlait.
< Que Louis XVI venait de rétablir.
' !m Partie de chaue^^CoWéy défendue sous le précédent règne, fut représentée avec un grand succès le IG novembre 1774.
A propos^ votre chaîne vous coûtera quatre louis, parce qu*il y a plus de karats que dans l'autre. Elle est chez M. d'Ogny, intendant général des postes. N'est-ce pas chez M. Germain, banquier, que vous avez envoyé le payement de la première? Je vous prie de m'en donner avis. Je suis à la tête d'une colonie; il faut que tout soit en règle.
Quoique je n'aie pas grande foi aux discours de Paris, voulez -vous bien cependant me mander ce qu'on pense dans cette babillarde ville de l'affaire de M. de Richelieu; mais surtout dites-moi au juste en quel état est la santé de madame d'Argental, et n'oubliez pas de m'accuser la réception de la chaîne; car, vous autres Parisiens, vous êtes fort sujets à oublier les provinciaux. Ayez pour moi bonté et exactitude.
Tdéeembre.
Le vieux bonhomme de Ferney ne veut pas sans doute abuser des bontés de monseigneur le contrôleur général, et ne le fatiguera jamais par des demandes indiscrètes; mais s'il peut, sans perdre un temps précieux, honorer d'un mot de recommandation le sieur Nicod, notaire, demeurant à Versoix, je puis lui certifier que c'est un très-honnête homme, très-digne de ses bontés, exact et fidèle, et de qui j'ose répondre. Il vaut autant lui donner cette chétive place qu'à un étranger inconnu.
Je demande pardon de la liberté que je prends, et je continue d'user de celle que monseigneur le contrfr-
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leur général a bien voulu me donner» de lui adresser les lettres que j'écrivais à M. le marquis de Condorcet. Je me mêle cependant à la foule de ceux qui bénissent le nom de Turgot, et au petit troupeau qui a le bonheur de Vadmirer et de le chérir de plus près. Je lui présente mon respect le plus sincère et mon attachement le plus pur, quoique le plus inutile.