A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHEUEl
s s novembre.
Je vous remercie bien sensiblement, monseigneur, de m'avoir éclairé, par votre lettre du 18, sur cette affaire qui m'intéresse autant que vous-même. Je vois qu'en effet il y a eu un sous-secrétaire qui pourrait bien être un fripon. Le marquis de Yence dit partout que sa fille n'en sait pas assez pour contrefaire si bien la main d'un autre ; et il est fort vraisemblable qu elle a été aidée dans son crime, très-mal conduit et très-mal exécuté. Ce que je ne saurais pardonner à M. le marquis de Yence, c'est d'avoir profané le nom d'Alcibiade, que je vous avais très-justement donné il y a
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longtemps, quoique Alcibiade n'ait jamais rendu à la Grèce autant de services que vous en avez rendus à la France.
L'idée que vous me semblcz avoir de laisser pa*raltre un Mémoire^ qui ne sera qu'un simple relevé du greffe du Châtelet, et qui ne vous compromettra point, me parait très-bonne et très-digne de votre gloire* Ce ne sera point un manifeste, ce sera un exposé du vol et des démarches de la justice. Ce ne sera point un maréchal de France plaidant contre une catin. Jô vous serai infiniment obligé de vouloir me faire parvenir deux ou trois exemplaires de ce Mémoire contresignés; car la poste devient horriblement chère et moi horriblement panière, grâce aux attentions que M. l'abbé Terray a eues pour moi dans son ministère. Si TOUS aimez mieux faire mettre le paquet dans une petite boite à mon adresse, à la diligence de Lyon, cela ne retarde la réception que de deux ou trois jours.
Ce Mémoire, qui ne sera point un plaidoyer de mon héros contre des brigands, est absolument nécessaire pour imposer silence à des ennemis qui sont accrédités dans Paris, et pour instruire les provinces et les pays étrangers. Ù est bien cruel qu'on veuille obscurcir une affaire aussi claire. Je me flatte que tout sera mis au grand jour dans peu de temps.
Vous me faites une plaisante querelle sur les folies de ma vieillesse, que vous me reprochez de ne pas vous envoyer, après les Lois de Minos que je vous ai dédiées, et que vous n'avez pas voulu faire représenter, quoiqu'elles eussent été répétées I Je ne m'attendais pas à ce reproche. J'aurais bien, dans quelque temps,
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la lie de moû vin à vous présenter; mais il faut aupa-^ ravanl que vos brigands aient avalé la coupe amère de leur turpitude , et que cette affaire, terminée comme elle doit rétre, vous laisse le temps de vous amuser. Rien ne doit troubler la douceur de votre vie, comme rien n'en doit troubler l'éclat. J'aurais voulu seulement que vous eussiez été le père de notre Académie, ainsi que je vous l'avais proposé dans ma dédicace des Lois de Minos,
Ma vie est bien triste dans le moment présent ; mais vous savez si je vous serai attaché jusqu'à mon dernier jour. Le vieux malade. V.