‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 297 sur 405 · A M. MARIN · texte numérisé non relu

A M. MARIN

A Ferney, 1 6 janvier.

On m'a communiqué, monsieur, les réponses de M. Tavocat Linguet, dont on le remercie. Les intéressés comptent prendre d'autres mesures.

J'ai reçu le mémoire de M. le comte de La Blache: il n était point muni d'un cachet; il n'y avait sur l'enveloppe qu'un peu de cire sans aucune empreinte; apparemment qu'on n'a pas voulu le contresigner. H a coûté dix-huit livres de port 1 Je voudrais bien avoir la réponse, car il faut toujours audire alleram pariem ; mais je voudrais que cette réponse coûtât un peu moins et me divertit davantage. Quelque parti que vous preniez, quelque nouvel état que vous embrassiez, les solitaires tranquilles du mont Jura s'intéresseront toujours à celui qui, certainement, n'ira pas à Lampédouse. Je ne sais plus comment vous écrire ; je hasarde ce petit billet : s'il vous arrive, soyez sûr qu'il vous vient d'un ami.

SI juiyier.

Mon vrai seigneur, malgré vous, Souffrez que je vous présente mon vrai gendre.

DE VOLTAIRE (17 7â). 403

M. Dupuits, le mari de l'unique héritière du graud Dom de Corneille*, lieutenant-colonel de son métier, philosophe par sa raison, et le gentilhomme du détestable pays de Gex le plus persuadé par les faits du bien que vous avez fait à TÉtat, en rendant le commerce des grains libre.

S'il est à Paris dans le Ramazan^, c'est à vous qu'il aura l'obligation de manger des poulardes. Je le crois digne de faire de près ceque je ne puis fairequedc loin, de vous respecter, de vous admirer, de vous chérir.

Daiguez agréer le très-respectueux et j'ose dire le très-tendre hommage du très-vieux hibou du mont Jura.

... Janvier .

Monsieur, nous vous présentons nos très-humbles et très-sincères remerciements.

La ferme générale est en perte, chaque année, de sept à huit mille livres par la multitude inutile de leurs bureaux dans notre petite province. Leurs employés nous écrasent, sans produire jamais le moindre bénéfice pour Sa Majesté. Nous offrons, en nous conformant à vos vues, de verser immédiatement au trésor vingt mille francs par année, et vous pourrez ordonner qu'on remboursera aux fermiers généraux, sur cette somme de vingt mille francs, les sept mille qu'ils ont

* Elle ne descendait pas, comme on le croyait, du grand Corneille, mais de son oncle.

* Targot venait d'autoriser les bouchers de Paris à vendre de la viande pendant le carême.

perdus jusqu'ici par leur administration yicieuse. Quelque parti que vous preniez, il sera sage et juste. Notre province se cotisera pour cette opération , comme pour la suppression des corvées, et nous bénirons à jamais votre justice, votre bonté et celle de M. Turgot. Nous sommes, etc.

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