‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 298 sur 405 · A H. LE GHEVAUER DE LISLE · texte numérisé non relu

A H. LE GHEVAUER DE LISLE

A Ferney, 10 février.

Vous êtes fait, monsieur, pour vivre avec M. le duc de Deux-Ponts, pour vivre à Paris, pour vivre à Versailles, et moi pour mourir à Femey. Je vous rends grâce, je vous bénis d*égayer mes dernières heures et d*échauffer mes neiges par vos lettres charmantes.

Oui, vraiment, la plus riche héritière de France, la plus jeune, et non pas la plus belle ', vient de mourir à Genève et d*élre enterrée par mon curé. Je me cache quand je vois mourir la jeunesse ; je suis alors honteux d'être en vie.

J*ai lu tous les factums dont vous me parlez, et celui de M. le maréchal de Richelieu, fait par un Tronchet, avocat, qui est bien le plus bavard, le plus plat et le plus confus écrivain qui ait jamais barbouillé du papier : Vextréme ennui qu'il procure ferait perdre le procès à M. de Richelieu, s'il était perdable. Il est clair, malgré toute l'obscurité de l'avocat, que madame de Saint-Vincent est une détestable carogne : madame de Sévigné ne s'attendait pas à une pareille petite-fille.

' Mademoiselle de Montmorency.

Vous me parlez de tous les mauvais ouvrages que vous avez lus ; je vous en ferai tenir un plus mauvais encore : vous aurez la tragédie de Don Pèdre^ dont on n'a tiré que peu d'exemplaires. Dites-moi si elle arrivera à bon port sous l'enveloppe de M. le duc de Coigny?

Comment avez-vous imaginé que vous auriez des montres à répétition , garnies de diamants, pour dixhuit louis? Dans quel tome des Mille et Une Nuits avez-vous lu cette anecdote? Vous aurez pour dix-huit louis d'excellentes montres à répétition, garnies de marcassites aussi brillantes que des diamants; et ces mêmes montres vous coûteraient quarante louis à Paris. Donnez-moi vos ordres, vous serez servi : vous aurez de très-belles montres et de très-mauvais vers, quand il vous plaira.

Madame Denis vous remercie comme moi de vos lettres; elle ne leur préfère que votre conversation.

Je vois bien que vous n'avez reçu aucune de mes lettres aux Deux-Ponts. Je vous écris de Ponto.

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