‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 303 sur 405 · A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU

A Ferney, 1 1 mars.

Je VOUS remercie très-sensiblement, monseigneur, de la bonté que vous avez eue de m'envoyer toutes les pièces du procès. Je les ai lues avec toute l'attention dont je suis capable, malgré le procès que j'ai contre la nature el tous les maux qui m'accablent.

Je suis confondu de l'excès de bêtise, de folie, de turpitude, d'atrocité qui règne dans toute cette affaire. Il est déshonorant pour la nation que cinq ou six'per*

DE VOLTAIRE (177 S), 41 i

sonnes de condition se soient associées pour une escroquerie que la bande de Cartouche aurait à peine osé tenter. Et ce qui n'est pas très-honorable, c'est qu'il se soit trouvé desWelches qui ont osé faire semblant de douter. Il ne me parait pas possible que cela vous donne le moindre embarras. J'avoue seulement que rinjustice de ceux qui ont voulu excuser un peu les délinquants, pourrait donner un peu d'humeur. Je me sais bon gré d'être loin du chaos de Paris, où on juge tout de travers dans les affaires les plus importantes, comme dans les arts. J'en ai une plus rare et plus atroce assurément que celle de vos faussaires; je vous en ferai juge dans quelque temps, quand vous serez de loisir et que je serai à portée de mettre sous vos yeux ce comble d'horreur. La chose ne me regarde pas personnellement, mais je m'y intéresse autant qu'à celle des Calas et à celle des Sirven. Toutes les nations ont commis des cruautés funestes; mais je je n'en connais point qui en ait fait de plus infâmes en pleine paix que la nation des Welches, depuis Ravaillac jusqu'à nos jours.

Vous avez passé votre vie à soutenir l'honneur de la France ; vivez désormais pour votre repos, et souvenez-vous avec bonté de votre ancien serviteur, qui n'attend plus que le repos éternel. — V.

Je suis très-affligé de la mort de madame de Sauvigny. Elle vous était bien sincèrement attachée, et elle avait pourmoibeaucoupdebonte.il faut perdreses amis par la mort et mourir; voilà la vie de l'homme. — V.

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