A M. LE BARQN CONSTANT DE HEBECQUE
M^f^an^Jf 10 janvier.
Le vieux malade ^ monsieur, est plus que jamais sensible à votre souvenir ; vous adoucissez la fin de ma vie ; mais je ne trouve point du tout bon que vous ayez joué un moment mon rôle, et que vous vous soyez avisé d'être malade aussi.
Notre petit pays de Gex est bien changé depuis que vous ne Tavez vu; poas soipi^es à présent presque aussi libres que vous : nous avons chassé soixante et douze coquins qui nous désolaient et qui nous volaient au nom de la ferme générale. On ne vient plus piller les maisons des habitants ; on ne condamne plus aux galères des pères de famille pour avoir mis dans leur marmite une poignée de sel de contrebande. Le pays est ivre de joie. Cette grande révolution m*a coûté un peu de peine : il m*a fallu sortir quelquefois de mon lit, et surtout écrire beaucoup; mais le bonheur public rend toutes les fatigues légères.
Il est vrai que le roi de Prusse a bien consolé M. d'Btallonde de la barbarie des Welches. J'ai toujours peine à concevoir comment une nation si agréable peut être en même temps si féroce, comment elle peut passer si aisément de l'Opéra à la Saint-Barthélémy; être tantôt composée de singes qui dansent , et tantôt d'ours qui hurlent^ être à la fois si ingénieuse et si imbécile, tantôt si courageuse et tantôt si poltronne.
Madame Denis se joint à moi. Elle est dans son lit depuis quinze jours, et moi toujours dans le mien : on est bien heureux à quatre-vingt-deux ans de n'être
D^ VOl^TAIRE (177C}. 471
que là ; ipais \l faut songer à eu sortir pour iin voyage a^se^ lopg; ce ne sera pas saos vous regretter et sao^ Y0U3 SQuhaiter tous les succès auxquels vous »ve^ 4rQit de prétea4re dans cette courte vie.