A M. DUPONT DE NEMOURS
î féTrier.
Je ne veux pas, monsieur, avoir deux fois l'indiscrétion de fatiguer monseigneur le contrôleur général, tandis qu'il n'est peut-être pas encore tout à fait quitte de sa goutte.
Je l'avais supplié de me faire répondre par vous en marge d'un mémoire, et c'est malheureusement dans ce temps-là qu'il fut attaqué de son nouvel accès.
Je m'adresse aujourd'hui à vous, monsieur, qui vous portez bien; je vous envoie l'enregistrement du parlement de Bourgogne, accompagné de ses remontrances.
J*igDore si on avait oublié dans Tédit du roi de spécifier que DOS États de Gex répartiraient le payement des trente mille livres payables aux fermiers gênérauxy la juste contribution pour l'abolition des corvées et les autres charges de la province, suivant l'usage de tous les États de régler la manière de contribuer.
J'ignore encore quelles senties intentions de M. Turgoty quand il exprime dans l'édit du roi que nos contributions seront imposées sur les biens-fonds de tous les propriétaires. Je ne crois pas qu'il ait prétendu que des colons, obligés de labourer avec six bœufs un terrain ne rendant que trois pour un, payassent toutes les charges qui surpassent de beaucoup le produit de la culture, et que les marchands, les fabricants, qui sont les seuls riches, ne payassent rien.
Les marchands qui ne sont point propriétaires profitent comme nous, et plus que nous, de la franchise du sel. Un marchand, par exemple, achète cent cochons pour les saler, et les va vendre à Genève; il y fait un gain considérable : n'est-il pas juste qu'il contribue au bien public?
Le parlement dit dans ses remontrances que cette inégalité ferait négliger l'agriculture.
Je suis obligé d'avouer qu'en effet l'agriculture fut abandonnée dans le pays de Gex depuis la révocation de l'édit de Nantes, au point que nous avons à présent quatre-vingt-trois charrues de moins, que le tiers du pays est en marais et en friche, et qu'il y a des villages où il ne reste que deux masures. La moitié des habitants se retire sur les terres de Genève, et l'autre
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moiUé ne s*oceupe qa*ft gftgœr sa vie eo travaillant pour les marcbaods genevois d^ns le métier d'horloger et de lapidaire.
J'ose dire que j'ai un peu contribué à remettre depuis quelques années Tagriculture en honneur, en établissant à très-grands frais une colonie d'horlogers; abrs les habitants du pays de Gex ont travaillé utilement pour cette eolonie, au lieu de ne travailler que pour Genève, et le peu d'argent qu'ils ont gagné n'est point sorti de la province.
J'ai établi d'autres iabrkants qui servent à vivifier le pays.
Je parle contre Dooi-même quand je propose que ees marchands et ees fabricants contribuent aux charges générales; mais M. le contrôleur général n'est pas un homme à se fâcher contre ceui qui prélièrent le bien public à leur intérêt particulier.
Voici donc, monsieur, un nouveau mémoire que je présente en qualité de commissionnaire des États, et sur lequel je supplie ce digne et respectable pûnîstre de daigner faire écrire ses ordres en marge.
Je m'adresse à vous comnoe on s'adressait à Pline pour savoir les volontés de Marc-Aurèle. J'ai ThoDneur d'être, ave» tous tes sentiments que je vous dois» etc.
^ ^emej, ^4 téTfier.
Souffrez, monseigneur, que je mette à vos pieds les remerciements des villages qui sont venus m'installer leur Secrétaire pour vous témoigner Leur recon-
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uaissance; ils senteqt iQieu^ vos bienfaits que messieurs des talons rouges et des robes noires.
Permettez que j*ajoute aux transports de nos colons les supplications de nos petits États, qui vous demandent vos ordres en marge et qui bénissent tous vos ordres. Je prends sans doute mal mon temps; mais ce nouvel acte de bienfaisance ne coûtera au public qu'un de vos moments employés à dicter vos volontés à M. Dupont*.
Conservez vos bontés pour un vieillard qui en est pénétré aussi vivement que s'il était jeune, et continuez à faire le bonheur de la France, en dépit des mauvais raisonneurs. Votre très-humble, etc.
Le vieux malade.