‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 347 sur 405 · Â M. LE MARQUIS D'ARGENGS DB MRAG · texte numérisé non relu

 M. LE MARQUIS D'ARGENGS DB MRAG

lÔttAfl.

Quoi dôntJ, mon dhèr philosophe, vous voulez chantet un De profundis en partie avec ftioi! dardezvous-en bieû. C'est â moi qu'il appartient dô passef devant. Je suis dans ma quatre-vingt-troisième année; c'est (in beau litre. Vous êtes encore dans la force dé votre âge; soyez désormais aussi sobre que vigoureux, et vous n'aurez rien à craindre. D'ailleurs, c'esl

DH TOlitAmE (n7«). #79

se moquer du inonde que de le quitter pendant qUe V/ Louis XVI régné et que M. Turgot gouverne nos ^^ affaires. Jouissez du siècle d*or dont vous toyes Tau- ^ t rore; titez. Je suis honteux qu'il tous en coûte un gros port de lettre pour lire des choses si triviales.

Vous savez que le parlement de Paris ^ qui est le vôtre , ayant fait brûler par son bourreau , au pied dé son escalier^ un livre très-instructif et très -sage de M. Boncerf^ premier commis de M. Turgot, et ayant décrété la personne de Tauteur, le roi l'a pris hautement sous sa protection , a défendu au parlement de jamais rendre un pareil arrêt et de s'ingérer de juger des livres. Il a ordonné qu'aucun conseiller de parlement ne s'avisât de les dénoncer; il a établi que son procureur général seul serait en droit d'exercer ce pédantesque ministère, et seulement après en avoir pris la permission du garde des sceaux.

Je vous embrasse d'un des bords du Styx à l'autre.

g7i. — A M. LE CHEVALIER DE LISLË.

À Fernejy 25 mafs.

Je commence par \ Oranger^ ^ monsieur; car, malgré ma longue agonie, cet oranger me fait plus de plaisir que les discours oratoires dont vous me parlez, ie n'ai jamais rien vu de plus agréable que cet oranger; il n'y a peut-être que le dernier couplet, auquel une oreille un peu délicate pourrait désirer quelque chose dfe plus arrondi. Mais en tout cet Oranger est charnl^int.

< CoapleU adressés par le chevalier de Lisle à la comtesse de Clôt.

Je VOUS avouerai que je ne suis pas tout à fait de votre avis sur les préfaces des édits. Je peux me tromper; mais elles m*ont paru si instructives, il ma paru si beau qu'un roi rendit raison à son peuple de toutes ses résolutions, j*ai été si touché de cette nouveauté, que je n'ai pu encore me livrer à la critique. Il faut me pardonner. Le petit coin de terre que j*habite n*a chanté que des Te Deunij depuis qu il est délivré des corvées , des jurandes et des commis des fermes. Si notre bonheur nous trompe et si notre reconnaissance nous aveugle» je me rétracterai; mais actuellement nous sommes dans Tivresse du bonheur.

S'il est vrai que l'auteur du Portier des Chartreux ait fait le discours du premier président '^ il ne s'est pas souvenu de la règle de saint Bruno, qui ordonne aux Chartreux le silence. Je vous remercie bien fort d*avoir rompu celui que vous gardiez avec moi. J'ai cru être à ce lit de justice en lisant voire lettre. Vous UM faites oublier mes souffrances continuelles. Il y a quatre mois que je ne puis écrire à personne^ pas même à madame de Saint-Julien ; vous me ranimez, et je vous demande en grâce de ne me point abandonner.

On m'a mandé qu'il n'y aurait point d'Itératives, et qu'on s'en tiendrait à l'éloquence du Portier des

Chartreux et de l'avocat général des b ^. Je ne

sais ce qui en est; car dans ma solitude je ne sais

1 M. d'Aligre prononça, au lit de Justice tenu pour l'abolition des corvées, un discours attribué à un avocat nommé Gervaise, aoteor du Portier des Chartreux.

* M. Séguier.

rien, sinon que vous êtes le plus aimable homme du monde, et moi un des plus vieux.

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