A M. VASSELlfiR
Perney, 15 tTiil.
Mon cher ami, dites-moi, je vous prie, au juste ce que c'est que l'affaire de ma lame Lobreau; pourquoi la dépouille-t-on de son privilège, deux ans avant qu'il soit expiré? Est-on mécontent d'elle? A-t-€lle à Lyon des ennemis puissants? Pourquoi n'a»t-on pas accepté la proposition qu'elle a faite â la ville de lui donner par an lès trente mille francs que son adverse partie a promis? Quelle est cette adverse partie?
On dit que cette compagnie nouvelle est composée d'un épicier et d'un manufacturier. Il semble que ces deux professions jurent un peu avec Cinna et Andromaque. Vous pourriez bien vous trouver sans spectacle, avec des magasins de poivre et de gingembre.
DE VOLTAIRE (t776). 487
Mettez-moi au fait, mon cher ami, de cette étrange aventure. Madame Lobreau vent absolument que j'écrive en sa faveur à M. le contrôleur général. Vous sentez que je ne puis prendre cette liberté sans être bien sûr que je défends une bonne cause. Je vous prie instamment de me dire la vérité. 11 faut pardonner à un vieux soldat invalide de quatre-vingt-trois ans de s'intéresser encore aux affaires de son régiment. Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher ami. Tâchez de me donner une instruction un peu détaillée, si vous en avez le temps. Je recommande à vos bontés une boite de ma colonie pour Dijon, et une pour Marseille.
A Feniey, 20 avril.
Monseigneur,
Mon destin est donc de vous lutiner tant que j'aurai un soufQe de vie! Mais en osant vous importuner, je suis encore discret; je vous supplie seulement de daigner faire joindre ce certificat du curé de Gex aux autres paperasses que j*ai eu l'honneur de vous adresser.
On prétend d'ailleurs que vous nous avez promis deux mille huit cents mlnots de sel de la part de messieurs les soixante. Tout le monde nous le dit, excepté vous. Je vous répète : Sisal evanuerity in quo salieiur t
Mais voici une affaire plus importante : il s'agit de comédie. Vous n'y allez point et vous avez tort; car Cicéron et Caton, vos devanciers, y allaient. Vous avez disposé du spectacle de Lyon, et tout Lyon assure que
je dois VOUS eu écrire, en qualité de membre du tripot. On dit que c*est à moi de vous représenter les droits et le malheur de madame Lobreau; que mon métier est d*étre Tairocatdes aclrices et des directrices; qu*un vieux prêtre doit prier les saints pour son église ; que c*est à moi de vous fléchir pour madame Lobreau. J*avais même quatre grandes pages de remontrances à mettre à vos pieds; mais Dieu m*en garde !
In publica commoda peccem.
Si longo sermone morer tua tempora Rosni,
Il faut que le vieux malade de Ferney se borne à remontrer son profond respect et sa reconnaissance, et, par ma foi, son admiration.