‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 353 sur 405 · A M DE LA TOURETTE · texte numérisé non relu

A M DE LA TOURETTE

A Femey, 15 iTril.

Madame Lobreau, qui a depuis vingt-quatre ans le privilège de votre spectacle, et dont le bail n'expire, dit-elle, que dans deux années, me mande qu*un arrêt du conseil lui ôte ce que le gouverneur de la province lui a donné. Une compagnie nouvelle a offert, dit-elle, trente mille francs par an à la ville, et a été subrogée à sa place. Elle a fait en vain le voyage de Lyon à Versailles , et a offert les mêmes trente mille livres. Elle a (Irésenté des placets à toute la famille royale. Mais, pour tout fruit de ses représentations et de ses peines, elle dit qu'en revenant à Lyon elle a trouvé la maréchaussée qui démeublait sa maison et qui s'emparait de son théâtre.

Enfin, monsieur, elle me croit assez puissant pour lui faire rendre son privilège, parce que j'ai été, je ne sais comment, assez heureux pour contribuer à délivrer mon petit trou des alguazils des fermes générales.

Cette idée que madame Lobreau a de mon extrême crédit me parait un peu romanesque; je ne sais même comment lui répondre avant d'être instruit des raisons de M. le contrôleur général. Il n'est pas vraisemblable que la maréchaussée se soit emparée de ses effets. Si la compagnie admise à sa place n'était pas sa créancière, et si la ville, qui gagne trente mille livres de rente à ce marché, n'avait pas pris fait et cause, il serait bien étonnant que le conseil eût dépouillé une partie sans l'entendre.

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Permettea-moi donc, moDsieur, de recourir à vous pour être instruit de cette affaire singulière. Vous me pardonnerez de m'inléresser encore un peu au théâtre. Quoique je sois près de quitter pour jamais le théâtre du monde, il ne m'appartient pas d'oser solliciter M. le contrôleur général sans savoir précisément si la grâce que je demanderais serait juste.

Je crains, monsieur, de vous importuner, autant que je craindrais de fatiguer le ministère. Je vous en demande pardon; mais les bontés que vous avez toujours eues pour moi me rassurent. Madame Denis joint ses prières aux miennes.

Agréez, monsieur, les sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, votre, etc.

Le vieux malade de Femey.

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