‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 358 sur 405 · A M . LE MARQUIS DE THIBOUVILLE · texte numérisé non relu

A M . LE MARQUIS DE THIBOUVILLE

3t nui.

Votre prétendu Pierre Jean est dans son lit, tout près d*aller trouver cette sœur aimable dont tous me dites tant de bien, et qui cause vos justes regrets. Je suis tellement mort au ^onde depuis longtemps que jlgnorais qu'il y eût un autre vous-même dans un couvent. J'entre dans tous vos sentiments; je voudrais pouvoir vous consoler, ou du moins vous amuser.

Je vous trouve bien hardi d'envoyer par la poste cette moitié de rondeau qui est à la louange de taiil de gens. Le sujet de ce rondeau m'intéresse plus que personne. J'ai bien peur d'y perdre le repos de ma vie.

Je plains d'Âlembert pour le moment; mais je crois que sa philosophie le consolera. Vous êtes plus sensible, et par conséquent plus à plaindre.

Je vous j ure que je ne sais où trouver des chifunses ' , et je vous jure qu'elles ne méritent pas d'être trouvées. Mes chagrins se joignent aux vôtres. Je vous embrasse bien tendrement, mon très-cher marquis.

5 juin.

Je suis presque consolé , monsieur, on vous rend justice, et vous pouvez dire : Uno avulso non déficit aller. Il y a quelque temps que je pris la liberté d'écrire à M. le grand chancelier d'Angleterre pour un procès assez considérable qu'un homme de ma colonie

> UUrtschknokieskU. dePaw. Œuv. campl., i. XXVHl.

DK VOLTAIRE (1776). 493

est obligé de poursuivre à Londres. Je fus Irès-éèonné de recevoir deux lettres consécutives de M. le grand chancelier^ contre -signées Turgot. Je demandai à M. Dupont réclaircissement de cette aventure. Je n'ai point eu de réponse. Oserai-je vous supplier de vouloir bien en faire souvenir M. Dupont, si vous le voyez? Je suis enchanté que vous conserviez votre place/ et que M. Turgot conserve sa philosophie. Il a eu la bonté dem'écrire une lettre dans laquelle j'ai reconnu toute sa belle âme. Le triomphe de M. de La Harpe contribue aussi beaucoup à ma consolation ; mais je m'a£Qige avec M. d'Alembert, et je crains que M. le marquis de Condorcet ne soit trop en colère. On m'assure que votre esprit conciliant vous a attiré tous les cœurs, comme votre probité a subjugué tous les esprits. Mon cœur et mon esprit se mêlent dans la foule.

Je ne sais où est M. de Condorcet; mais permettezmoi de mettre ce petit billet dans votre paquet. Conservez-moi vos bontés; elles sont chères au vieux malade de Ferney.

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