‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 365 sur 405 · A M. LE COMTE DE SCHOlfBERG · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SCHOlfBERG

Ferney, 29 juillet.

Je me suis vanté, monsieur, à madame de Saint- Julien de la lettre dont vous m'honorez : Le Eain est venu avec cette dame. Il est vrai qu'un entrepreneur de spectacles, connu sous le nom de Saint-Géran, a bâti une assez jolie salle de comédie dans Femey même, et que cela donne l'air d'une petite ville assez agréable à un village affreux qui était autrefois l'horreur de la nature. Madame de Saint-Julien, sœur de M. le commandant de Bourgogne, a pris sous sa protection ma colonie de Femey, et l'entrepreneur Saint-Géran et moi. Elle a engagé madame la princesse d'Hénin &

:m LETTRÉS INÉDITES

demc^nder Le Kain à la reine; ainsi je vois mon village et moi honorés des bontés de la plus adorable reine de TEarope et de la plus aimable princesse de Flandre. Je n*en ai pas moins quatre-vingt-deux ans; je n'en suis pas moins accablé de maladies; je lir'en vois pas moins de Tort près la fin de tous les agréments de ce monde et de tous les spectacles; je n*en suis pas moins en proie à tous les chagrins de la vie, lorsque je suis près de la quitter : c'est le sort de presque tous les hommes. Les amertumes sont partout, et poursuivent les gens jusqu'à leur dernier quart d'heure. La consolation la plus flatteuse est la bonté que vous daignez me témoigner. Quenepuis-je, monsieur, jouir encore du bonheur de vous faire ma cour, et vous renouveler les tendres assurances de mon très-respectueux attachement?

A Ferney, 1 0 angoite.

Je suppose, monsieur, que ma diatribe contre Gilles Shakespeare et contre Pierrot Le Tourneur est la lettre que M. d'Argental vous a montrée. Il y aura une autre diatribe qu'on lira à la séance publique de l'Académie française le jour de la Saint-Louis ; je vous y invite comme bon Français et comme soutien du bon goût, et je vous demande votre assistance contre les Welches, qui croient avoir séance au parlement d'Angleterre pour avoir estropié quelques phrases de Shakespeare.

Vous avez grande raison sur Le Kain. Ce serait à "M. d*Argental à le corriger ; mais il n'osera jamais.

DE VOLTAIRE (lT7(r). M»

recommande à \ofl boDlés rincluse pour M. d*A.^ lembert.

J'enrage toujours de mourir sans pouvoir me trou«» ver entre vous deux.

On me parle d*une ordonnance du roi sur les ju*randes ; puis-je, sans indiscrétion, vous prier de me ht faire parvenir ? Nous n*avons point, à la vérité, de jurandes dans la ville que j*ai eu l'insolence de bâtir à Femey, et qu'on appelle village; mais il y en a dans le village de Gex qu'on appelle vîUe. Adieu, monsieur ; jouissez de votre place, jouissez des belles^ lettres, contribuez à les tirer de leur décadence.

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