A MADAME LA COMTESSE DE BLOT
Paris, 13 fétrier.
J'ai deux devoirs, madame, à remplir auprès de vous : l'un est de vous remercier du fond de mon cœur de tout ce que vous daignez dire de moi à ma-
dame de Villettei Tautre est dé vous dire que j*ai profité des instructions que M. le comte de Schomberg m*a données sur un grand homme dont la mémoire TOUS sera toujours chère. Son éloge historique se trouve dans une nouvelle édition du Siècle de Louis XIV ei,de Louis XV ^ qui sera imprimée par M. Panckoucke, homme d*un rare mérite, fort audessus de sa profession de libraire. Je lui rends la justice qui lui est due; et, soit que je sois encore en vie quand Touvrage sera imprimé, soit que j*aie fini ma carrière, j*espère, madame, que vous ne serez pas mécontente de la manière dont j'aurai parlé d*un général et d*un ministre qui faisait tant d*honneur à la France. Je suis, madame, avec un très-profond respect, etc.
FéTiier.
Le vieux malade étonné de vivre, autrefois trèsmauvais plaisant, toujours admirateur du vrai mérite, présente ses respects à M. Tassocié', à qui peu d'hommes de son art sont associables.
Il est affublé de quatre-vingt-quatre ans et de quatrevingt-quatre maladies. Il est consolé, parce qu'il y a dans le monde un M. Tronchin. — V.
Venez à notre secours, mon cher docteur; vous êtes aimé et respecté, comme vous le méritez, de l'oncle et de la nièce. Denis.
> Tronchin venait d^élre élu membre astodé de l'Académie dei sciences.
1048. — AU BiËME, au pala»-rotal.
A Paris, ITfétrier.
Le vieux Suisse^ que M. Tronchio a eu la bonté de voir chez M. de Yillette, lui représente que raltemative continuelle de strangurie et de diabète, avec une cessation entière du mouvement péristaltique des entrailles^ est une chose assez désagréable et un peu dangereuse; qu'une machine ainsi détraquée ne peut subsister encore quelques jours, que par ces mêmes bontés que M. Tronchin a eues.
Les pilules de madame Denis lui o&tfait depuis peu beaucoup de bien, mais n'ont diminué aucune de ses douleurs. Un peu d'enflure aux jambes, enflure qu*il est difficile à démêler dans un corps si sec, semble annoncer la destruction prochaine de cette frêle machine.
Le vieux malade sera fort aise de pouvoir entretenir un moment M. Tronchin, avant de prendre congé de la compagnie.
Il a vu M. Franklin, qui lui a amené son petit-fils auquel il a dit de demander la bénédiction du vieillard. Le vieillard la lui a donnée en présence de vingt personnes, et lui a dit ces mots pour bénédiction :Z)t>u et la liberté.
1049. — AU MÊME
Paris, 1 8 fétrier, au matiD.
On est honteux d*importuner M. Tronchin de ses petites misères ; mais il n'y a point de plaideur qui ne
ô£SO LETTRES INÉDITES
sollicite son juge. Le vieux voyageur de Ferney pourrait bien être coadamné. '
La slrangurie a recommencé et s*est emparée seule de la placé ; les pieds et les jambes sont enflés ; et sans ciela, il se servirait de ses jambes pour venir embrasser M. Tronchin au Palais-Royal.