M. LE CONSEILLER TRONCHIN, A VOLTAIRE
Jeadi, •septeBBbrelT?!.
Une très-grande dame * belle comme le jour, souverainement aimable, et qui laisse sa grandeur à la porte des particuliers qu*elle fait Thonneur de visiter, veut bien achever d'immortaliser les Délices en y acceptant un dtner après demain * samedi. Il faut vite informer le seigneur
1 La dueheise d« Wlrtemberg.
* Le conteiller Tronchin a joint la note suivante :« Voltaire n'arriva « aux Délices qa'aprèsledincr. Madame la duchesse devait en partir « pour Paris ; ses voitures étalent prêtes, et pendant que nia femme « s'entretenait avec Voltaire, madame la duchesse me prenant sous le « bras, me dit : Venei, Je ne veux point dire adieu au bon vieillard. Mais « bientôt nous vîmes Voltaire accourir. Elle lui sauta au cou, et tous « deux, sans se rien dire, se tenaient embrassés, fondant en larmes.
• J'eus de la peine à terminer cette scène attendrissante, en reUrant t madame la duchesse et la faisant entrer dans sa voiture. Voltaire Ta*
• vait vue enfant, et elle avait conservé beaucoup d'amitié pour lui. « Voltaire m'avait quelquefois représenté le roi de Prusse eomme
de Ferney qu'elle y désire son papa et la bonne nièce; ils n'ont pas besoin qu'on leur apprenne la valeur d'un tel désir, ni combien il platt à Philémon et Baucis.
A M. MARIN
tS oetobre.
Je vous avoue, mon cher monsieur, que je n*avais pas pensé qu'un service d'ami pût avoir des conséquences si désagréables. Il me parait que Taffaire de madame Goezman et de M. de Beaumarchais ne devait vous compromettre en aucune façon, ni vous ni H. d'Arnaud. Voilà la première fois qu'on a été inquiété pour avoir voulu apaiser une querelle et étouffer un procès.
Je pense que rien n'est plus étranger à ce procès que les deux incidents qu'on appelle épisodes. Le véritable fond de l'affaire est précisément ce qu'on ne dit pas dans les mémoires , ce qu'on fait soupçonner à tout le public et ce qui ne regarde nullement, à mon gré, ni vous ni M. d'Arnaud.
Je trouve que M. de Beaumarchais pouvait se passer de vous compromettre tous deux.
Je suis très-affligé de cette tracasserie qu'on vous fait de gaieté de cœur. J'en suis fâché pour L'Épine, qui me parait un honnête homme, et qui est fort utile aux manufactures de montres que j'ai établies à Ferney. Il m'a paru sage, laborieux et pacifique. S'il pouvait
« étaot d*an caractère timide ; jMmaginais que ce ne pouvait être que « du roi à Voltaire, en fait de littérature. Je rapportai à madame la « duchesse sa nièce le propos de Voltaire ; elle me le confirma , et « non-seulement dans le sens que je l'avais pris, mais dans la manière « de se présenter à ea cour. >
contribuer à étouffer cette affaire, je crois que ce serait uoe très-bonne action.
Je TOUS prie de ne me laisser rien ignorer de toute cette aTcnture. Vous savez combien je m'intéresse à tout ce qui vous touche. J*ose dire que je m'intéresse aussi à la gloire du parlement de Paris, qui est attaquée dans le sujet de la pièce dont vous faites un épisode.
On m*a mandé que les Du Jonquay avaient osé pré* senter requête au conseil contre Tarrêt du parlement qui les condamne à des peines trop douces. Cette démarche me parait aussi étrange pour le moins que cet épisode, qui vous compromet dans une cause qui vous est absolument étrangère.
Adieu, mon cher ami, je vous suis aussi attaché que je vous suis inutile.
AU MÊME
À Ferney, 17 novembre.
On m'a encore assuré, mon cher monsieur, que l'affaire dont il est question n'a et n'aura aucun rapport aux horloges et aux cadrans. Au reste, on mande de Paris des choses si singulières que je n'en crois aucune. Je ne croirai que ce que vous me manderez.
Voulez-vous bien avoir la bonté de faire parvenir ce petit paquet à madame Du Deffant ?
Je cherche pour vous ce Taureau qui ne mérite pas d'être cherché; je suis retombé si malade à l'entrée de l'hiver que je ne retrouve rien ; mais je retrouve bien aisément tous les sentiments qui m'attachent à vous.
ir. U8
8fM »WPL£llBHT (tn»).
AU MEME
J*ai retrouyé les cornes du Taureau; mais je n'ai pu retrouTer encore sa queue. Je suis dans mon lit depuis près de quinze jours, mon cher ami; je n'ai pu meUre aucun ordre dans le tas énorme de mes paperasses.
Ne manquez pas, je vous en conjure, de m*instruire de votre épisode dans la comédie de madame Gœzman.
Youlea-vous bien avoir la bonté de faire passer ces deux petits paquets à leur adresse? Votre, ete.
AU MÊME
Ferney, 1 i décembre.
Le courrier part ; je n'ai que le temps, mon cher monsieur, de vous remercier de vos mémoires. Il y a longtemps que vous devez avoir reçu la Tactique.
Le Taureau blanc court et ne m'a laissé que ses cornes. Je n'ai pas retrouvé quatre feuilles de cette mauvaise plaisanterie. Je souffre ; je fais contre quatrevingts ans bon cœur.
J'espère, pour ma consolation, que cette maudite affaire finira bientôt. J'entends la maudite affaire de Beaumarchais; car il y a mille autres affaires maudites dans ce monde. Heureux qui en est loin!
A M. LE MARQUIS DE CONDORCET
24 décembre.
Vous m'avez fait passer, monsieur , un quart d*heure bien agréable; cela ne m'arrive pas souvent. J'aime
mieux i^oir Alexis Fontaine ' dans votre ouvrage qu'eu original. Je l'ai entrevu autrefois ; il fit un voyage de ^a terre à Paris sur un àne, comme les prophètes juifs; son portemanteau était tout chargé d*XX que ces prophètes ne connaissaient pas. Vous tirez aurum ex stercore Ennii. Bernard de Fontenelle en tirait quelquefois du clinquant. Vous nourrissez et vous embellissez la sécheresse du sujet par une morale noble et profonde qui doit faire une grande impression ^ qui ne corrigera ni Fréron, ni Clément, ni Sabaiier, mais qui enchantera tous les honnêtes gens
Ce qui m'étonne, c'est que Fontaine aimât Racine. C'est le plus bel éloge qu'on ait jamais donné à ce grand poète. J'ai connu dans mon enfance un chimiste nommé La Ligerie; c'est de lui que nous vient la poudre des Chartreux. On le mena un jour k Phèdre; il se mit à rire à la première scène et s'en alla à la deuxième. L'aventure de Fontaine et de son avocat me parait beaucoup plus plaisante. Si vous avez besoin de votre copie, monsieur, je vous la renverrai en vous demandant la permission d'en faire une pour moi, qui ne sortira pas de mes mains.
Je ne sais si vous avez fait de nouvelles découvertes en mathématiques; j'ignore même si on peut en faire de grandes ; mais il me semble que vous en faites dans le cœur humain, ce qui me parait tout aussi difficile.
Le mauvais plaisant de Grenoble, qui s'était un peu égayé sur les comètes, est bien obligé au grand philosophe, quel qu'il soit, d'avoir daigné prendre le parti
* be l'Académie des ftcirnces, malhématlclen, mort en P71.
de ses oreilles contre d'autres oreilles. Continuez, monsieur, h protéger la raison, qui est toujours persécutée en plus d'un genre. Le petit troupeau des gens qui ^nseat n'en peut plus. Vous savez qu'il y a des gens piïi5s«ûts qui ressemblent au docteur Balouard. Ce ^locteur ne voulut jamais d'autre valet que le balourd ^rleqwin, parce qu'il s'imaginait qu'Arlequin ne pourrait jamais découvrir ses turpitudes, et il se trompa : des gens d'esprit l'auraient beaucoup mieux servi qu'un sol. Puissiez- vous, avec d' Alembert, détromper le docteur Balouard ! Peut-être à vous deux formerezvous un nouveau siècle. Je quitterai bientôt le mien en vous regrettant tous deux, et en emportant dans le néant ma très-respectueuse amitié pour vous. A M. MARIN.
30 déoembre.
En voici bien d'une autre! L'affaire de M. de Goezman tourne assez mal; mais je suis toujours pour ce que j'en ai dit. Il ne me paraît pas possible que vous soyez le moins du monde inquiété pour cette tracasserie. Beaumarchais a plus d'esprit que le Bedlam de Londres et les petites maisons de Paris réunis. Il faut qu*il ait eu le diable au corps de vous mêler dans ce procès auquel vous êtes si étranger. Il n'avait qu'à s'en tenir à certaine minute de Le Jay, corrigée de la main de M. Goezman. Il semble qu'il cherche des ennemis et qu'il aime à se battre seul contre une armée. Je me flatte que cette maudite affaire n'altère point votre tranquillité.
Je vous prie, mon cher monsieur, de vouloir bien avoir la bonté de faire parvenir l'incluse à M. de La
Harpe ; il est plus à plaindre que tous ceux qui ont des procès; car il n'a pas de quoi en avoir un.
Je vous supplie de vouloir bien me mander le résultat de la tracasserie que Beaumarchais vous a faite ; il vous doit assurément une réparation.
A M. LE MARQUIS DE CONDORCET
A Fernej, 25 fémer 1774.
Le vieux malade, monsieur, plus vieux et plus malade que jamais, presque aussi sourd que La Condamine, presque aussi aveugle que madame Du Deffant, vous écrit tout uniment par la poste, comme vous Tavez voulu, et comme vous avez eu raison de le vouloir. La voie dont il se servait ' était trop dangereuse. Vous me l'avez dit, et je l'ai bien prouvé.
Je vous dois mille remerciements. J'en ai dit quelque chose à votre digne confrère en secrétariat; mais je n'ai pas osé lui expliquer tout le problème. Je me flatte qu'il est aussi bien instruit que vous, et qu'il a trouvé réquation tout d'un coup.
Voilà de ces choses qu'on ne devrait pas attendre dans la république des lettres. Que d mfamies dans cette république I II faut espérer que les deux secrétaires unis mettront tout sur un meilleur pied. Je suis un peu victime des brigands soi-disant lettrés; mais Je me console avec vous.
Le quatrième mémoire de Beaumarchais ne laisse pas de donner de grandes lumières sur des choses dont vous m'aviez déjà parlé, et dont je vous prierais de m'instruire, si vos occupations vous le permettaient.
> Marin.
Ce Beaumarchais justifia bJea les défiances que to^ aviez. MàlheureusemeaiJ'aieu trop de coaâance.^txa surcroît depeiae, il faut que ]e me taise. Cela gèQ!t beaucoup, ^uaud on a de quoi parler et qu'on aime à
parler.
fie vous gênez pas, je vous en prie, avec moi, si vous aveî quelque chose à m'apprendre touchant Thooime |
dont vous vous êtes si justement défié. 1
Il me semhle que La Condamlne vous a laissé un i
beau canevas à remplir. On dit qu*il est mort d*une ma- i
nièreantiphilosôphique, en se mettant entre les mains d*un charlatan qui Ta tué. Je sais bien que tous les I
hommes meurent entre les mains des charlatans , I
soit empiriques, soit autres. I
Dieu me préserve de tous ces gens-là ! Je serai bien- '
tôt dans le cas.
Adieu, monsieur; jouissez en paix de la vie, de votre réputation et de votre vertu.
Si vous me faites l'honneur de m^écrire, je vous prie d'adresser vos lettres à Gex. Ratoii.
AU MÊME
flt «ngoste.
Je ne vous écris aujourd'hui, monsieur le secrétaire, ni sur les sciences et les beaux-arts, qui commencent à vous devoir beaucoup, ni sur la liberté de conscience, dont on a voulu dépouiller ces beaux-arts qui ne peuvent exister sans elle.
Vous avez rempli mon cœur d'une sainte joie, quand vous m'avez mandé que le roi avait répondu aux pervers qui lui disaient que M. Turgot est encyclopédiste: « 11 est honnête homme et éclairé, cela me suffit. »
Sftvez-vou8 que les rois et les beaux esprits se ren^ contrent? Savez-vous, et M. Bertrand ' sait-il que le poêle Kien-long, empereur de la Chine, en avait dit autant il y a quelques années? Avez-vous lu, dans le 33* recueil des prétendues i^//re« édifiantes et curieuses ^ la lettre d'un Jésuite imbécile nommé Benoit à un fri« pon de Jésuite nommé Dugad? Il y est dit en propres roots qu*un ministre d*État accusant un mandarin d*être chrétien, Tempereur lui dit : <x La province estelle mécontente de lui? — Non. — Rend-il la justice avec impartialité? — Oui. — A-l-il manqué à quelque devoir de son état? — Non. — Est-il bon père de famille? — Oui. — Eh bienl pourquoi Tinquiéter pour une bagatelle ? »
Si vous voyez M. Turgot, faites-lui ce conte.
Je vous envoie la copie d'une requête que j'ai barbouillée pour tous les ministres. 11 n'y a que le roi à qui je n'en ai pas envoyé. Je souhaite passionnément quecette requâtesoit présentée au conseil de commerce, dans lequel M. Turgot pourrait avoir une voix prépondérante. J'ai du moins la consolation de voir que, malgré les grands hommes, tels que Fréron, Clément et Sabatier, Ferney est devenu, depuis que vous ne l'avez vu, un lieu assez considérable, qui n'est pas indigne de l'attention du ministère. Il y a non-seulement d'assez grandes maisons de pierre de taille pour les manufactures, mais des maisons de plaisance trèsjolies qui orneraient Saint-Cloud et Meudou. Tout cela va rentrer dans le néant d'où je l'ai tiré, si le ministère nous abandonne. Je suis peut-être le seul fondateur
' D'Alembert.
000 SUPPLÉMSMT (1175).
de manufactures qui n'ait pas demandé de l'argent au gouvernement. Je ne lui demande que d'écouter son propre intérêt. Je vous en fais juges, vous et M. Bertrand.
Je voudrais bien venir vous consulter tous deux sur une affaire qui vous intéressera davantage, et que je vais entreprendre. J'invoque Dieu et vous pour réussir. Il s'agit de la bonne cause ; vous la soutiendrez toujours avec Bertrand. Je m'incline devant vous deux.
A M. LE MINISTRE DE LA MARINE (m. de sartîtos).
AFerney, le l«r fémer 1775.
Monseigneur, madame de Saint-Julien m'a mandé que je pouvais prendre la liberté de mettre ce petit paquet sous votre enveloppe. Permettez-moi de profiter de cette occasion pour avoir l'honneur de vous dire que j'ai fondé à Ferney une colonie assez florissante, capable de vous servir à moitié meilleur marché que les marchands du roi, s'il est vrai que vouliez faire des présents de montres à la turque aux princes de la côte de Barbarie, et s'il est vrai aussi qu'on veuille diminuer à Versailles les dépenses inutiles.
S'il y avait quelque probabilité à tout cela, vous n'auriez, monseigneur, qu'à me donner vos ordres; ils seraient exécutés avec la plus grande promptitude dans mon hameau, dont j'ai eu le bonheur de faire une ville pour laquelle je vous demande votre protection.
Je suis avec un profond respect, monseigneur, etc.
SUPPLÉMEMT. 60i
BfÉMOIRE POUR OLYMPIE'.
A M. D*AB6SIITÂL.
1* Si on retranche quelque chose au 4* acte, qui est beaucoup trop court, il ne lui restera presque rien.
2* Quand on a averti Cassandre en présence d*0lympie qu'Antigone est entré en armes, quand Cassandre est sorti pour le combattre, il faut absolument qu'Olympie apprenne à la fin de cet acte ce qui est arrivé, parce que le lieu du combat est trop près pour qu*elle n'en ait pas des nouvelles, parce que le spectateur en attend, parce que tout presse, parce qu'il est ridicule, dans une telle situation, de finir un acte par un monologue sur l'amour. Si elle quitte le théâtre, où va-t-elle? Sort-elle pour aller voir les combattants? Cela serait absurde. Est-ce pour aller chez sa mère? Rien de plus plat. Ce serait un moyen sûr de n'avoir ni un quatrième acte, ni un cinquième.
3"* Quand on lui apporte les nouvelles de ce combat, si on se contente de lui dire qu'on est aux mains, elle
' Ce mémoire de Voltaire et la réplique du comte d*Argental, publiés ici pour la première fois, se rapportent malheureusement à une pièce dont il n'est resté que quelques beaux vers. Mais cette dlscotsion, qui renferme d'ailleurs d'excellents principes dramatiques» n*a pas paru sans intérêt. On y voit le travail intérieur du cabinet de l'écriTain, comment il composait et corrigeait, ainsi que le Jugement et la franchise de ses critiques familiers. On remarquerai par exemple » a?ee quelle force de conviction et quelle liberté de paroles, malgré i'autorité de tant de succès, Ils condamnent d'avance les scènes froides et U poésie débile d'O^imifito.
60i SDFPLÉNBirr.
le savait déjà ; la terreur n'augmente pas, et tout ce qui ne Taugmente pas la diminue.
4^ L'hiérophante étant le seul homme qui peut lui parler, il serait ridicule qu'il s*écartftt de Statira et des combattants pour n'apprendre rien de nouveau à Olympie. Il faut donc qu'il lui annonce une nouvelle, et que cette nouvelle soit plus frappante que tout ce qui s'est passé.
5"* L'hiérophante ne peut se rendre auprès d'Olympie que dans le cas où Statira mourante le prie de lui amener sa fille, car il faut une raison terrible pour que ce grand-prêtre quille son poste.
6^ Si Statira n'a pas arrêté la fureur des deux princes en se donnant à leurs yeux un coup de poignard, il n'y a aucune raison pour laquelle ces deux rivaux ne continuent pas de combattre» et la victoire de l'un ou de l'autre étant alors décidée, le vainqueur devient le maître absolu d'Olympie et du temple. Il n'y a plus de cinquième acte. Le vainqueur enlève Olympie; elle se tue, si elle.veut; mais il n'y a plus de tragédie, parce qu'il n'y a plus de suspension.
Si on porte au cinquième acte le combat des deux rivaux et la mort de Statira, il est impraticable, il est contre toute vraisemblance que dans l'instant même ces deux princes demandent sa fille en mariage. On n'a pas même le temps de préparer le bûcher de la mère; tout se ferait avec une précipitation ridicule et révoltante. Il faut absolument, entre le quatrième et lé cinquième, entre la mort de Statira et la proposition du mariage, un intervalle qu'on peut supposer de quel* ques heures, sans quoi ce cinquième acte parattrail )^
SUPPUMCNT: 608
comble de Fabsurdité. Il est si odieux, si horrible dé proposer un mariage à une fille dont la mère vient de se tuer dans Ilnstant marne, qu*on ne conçoit pas oom* ment une telle idée peut se présenter.
Les empressements des deux amants, le jour même de la mort de Statira , ont déjà quelque chose de si étrange, que si le grand-prétre n*avaitpas par ses dis** cours diminué cette horreur» elle ne serait pas tolé*^ rable. Mais si, dans le moment même où Ton suppose qu*01ympie apprendrait la mort de sa mère, le grandprôtre lui parlait de songer à prendre un mari, cette proposition, alors si déplacée, serait sifflée de tout lé monde. Mais il n*est pas contre la bienséance que ce grand-prétre, au quatrième acte, lui dise simplement ce que sa mère, qui n*est pas encore morte, lui recommande.
1^ 11 parait donc d*une nécessité absolue que Sta» tira meure à la fin du quatrième, et qu^Olympie ait le temps de prendre sa résolution entre le quatrième et le cinquième.
8* Cette résolution de se jeter dans le bûcher de sa mère ne peut être prise qu'avec un peu de temps; il faut au moins laisser celui des funérailles. Mais figurez-vous l'effet insupportable que ferait ici une action trop pressée : «Votre mère vient de se tuer dans le moment; épousez vite Cassandre ou Antigone» Nous allons brûler voire mère tout d'un temps. » — En vérité, un tel arrangement épouvante.
9** On dira peut-être qu'on peut faire mourir Statira entre le quatrième et le cinquième, et c'est précisément ce que j'ai fait; elle se donne le coup de poignard au
604 SUPPUÎMENT.
quatrième. Olympie, qui court à elle, la trouve encore vivante ; elle meurt dans ses bras, elle lui recommande d*épouser Antigone. C*est cet ordre d'épouser Antigone qui fait le fondement du cinquième et qui le rend vraisemblable.
10" Il ne faut pas croire que le spectacle d*01ympie en deuil, au milieu des prêtresses en habit blanc, soit une chose à négliger. Ceux qui ont vu jouer la pièce ont trouvé le contraste très-attendrissant.
11'' Pour envisager la chose de tous les sens, songez qu'au cinquième acte, ou bien Ton apprend la mort de Statira à sa fille, ou bien elle la sait déjà; si elle la sait, il n'y a rien à changer à la pièce : c'est ainsi que je l'ai faite; si on la lui apprend, reste-t-elle sur le théâtre ou s'enva-t-elle? Sicile reste, quelle horreur! quel défout de bienséance d'écouter ses deux amants? Si elle s'en va, quel prétexte aurait-elle de revenir? Qui occuperait le théâtre en son absence? Qui écouterait-on? Pourrait*eUe quitter le corps de sa mère, dès qu'une fois elle serait près de ce corps? Reviendrait-elle chercher ses amants? Qu'aurait-elle à leur dire? Il faut que ses amants lui parlent malgré elle, mais non pas qu'eUe vienne les chercher.
Que conclure de tout cet examen? Qu'il faut se contenter de retravailler quelques vers qui ne sont pas assez bien faits, que le cinquième acte doit subsister tel qu'il est, et que, s'il fait à Paris la moitié seulement de Teifet qu'il a produit ailleurs, on ne doit pas être mécontent.