‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 46 sur 405 · A M. DefiORDBS · texte numérisé non relu

A M. DefiORDBS

A Perney, 1 1 fétrief .

Vous m'avies of donné; monsieur, de vous renvoyer ' Les partlient de Cféliillon.

M VOLTAIRC (1717). 91

par le oocbe les deui mauvais ouvrage^ jésaitiqaesy dans lesquels il y a des aoeodoies curieuses, et qui founiiBsent beaucoup à Vart de profiter des mautais livres; mais il n*y a plus de coche y plus dé Toitures de Genève à Lyou f plus de communication. Ce qu'il y aurait de mieux à faire » à mon avis , serait d'acheter le nouvel exemplaire qu'on vous propose pour le rendre à votre dévote. Je le payerai très-volontiers, à la faveur d'une lettre de change que j'ai sur M. Scherer pour le payement des Rois.

Je crois que vous jugez très-bien M. Thomas en lui accordant de grandes idées et de grandes expressions.

Les troubles de Genève, les mesures que le gouvernement a prises, l'interruption de tout commerce, la rigueur intolérable de l'hiver, la disette où notre petit pays est réduit, m*ont rendu Ferney moins agréable qu'il n'était. J'espère, si je suis encore en vie Thiver prochain, le passer à Lyon auprès de vous, et ce sera pour moi une grande consolation. Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher confrère.

»34. - A M. DE TfflBOOVILLE.

44 fétrier.

Après avoir écrit à mes anges et à Le Kain, il m'est venu un scrupule, mon cher marquis, et ce scrupule est qu'Athamare ûe répond rien à ces deux vers d'Indatire:

Apprends à mieux juger de ce peuple éqiiltable, à toi sans doute et non moins respectable*

Je sais bien qu'il doit être pressé de lui parler d'O^

béide; mais il me semble aussi que la bienséance ihéàr traie eiige qu*Athamare ne laisse pas le discours dln^ datire sans réplique. Je crois qu'il conviendrait qu'il répondit ainsi :

Élève ta patrie et cherche à la vanter; C'est le recours du faible, on peut le supporter. Ma fierté, que permet la grandeur souveraine, Ne daig;ne pas ici lutter contre la tienne. Te crms-tu juste, au moins?

INDATIRB.

Oui, je puis m'en flatter...

Ces quatre vers me paraissent d'ailleurs nécessaires pour releyer Athamare.

Je viens de faire partir pour M. d*Argental, sous l'enveloppe de M. le duc de Praslin, un exemplaire où ces quatre vers se trouvent avec quelques autres corrections qui m*ont paru essentielles; je les recommande aux bontés de M. de Thibouville. Je suppose qu'il a bien voulu donner le rôle d'Obéide à mademoiselle Durancy, et qu'il voudra bien aussi lui donner ses conseils. Il me semble que ce rôle, joué avec la passion convenable, peut faire beaucoup d'honneur à l'actrice. Mais je défie tous les acteurs de jouer avec plus de sensibilité que mon cœur en ressent pour tous les soins que vous daignez prendre.

iSfétrier.

Mes chers anges sauront donc que dans cette nouvelle édition de la tragédie des Scythes y envoyée par

le dernier ordinaire à M. le duc de Praslin, il m'a paru manquer bien des choses, et que dès que je vous eus écrit que je n'y pouvais rien ajouter, j'y ajoutai surle-champ quatre vers. Voici à quelle occasion : dans la scène du quatrième acte , entre Athamare et Indalire, ce Scythe dit au prince :

Apprends à mieux juger de ce peuple équitable, Égal à toi sans doute et non moins respectable.

Athamare ne répond rien à cela; il est vrai qu'il est pressé de parler de sa demoiselle; mais il me parait nécessaire de confondre d'abord cette bravade. Je le fais donc répondre ainsi :

Élève ta patrie et cherche à la vanter; C'est le recours du iaible, on peut le supporter. Ha fierté, que permet la grandeur souveraine. Ne daigne pas ici lutter contre la tienne. Te crois-tu juste, au moins?

INDATUB.

Oui, je puis m'en flatter...

n y a encore un mot qui m'a paru trop rude, au deuxième acte. Hermodan, en voyant le repentir d' Athamare, dit :

Je me sens attendri d'un spectacle si rare.

Soxame répond :

Ta ne m'attendris point, malheureux Athamare I

Cela n'est pas juste, cela n'est pas honnête ; il doit lui dire:

Tu ne me séduis point, malheureux Athamarel

ft4 LETTHBâ HKDIÎW

Je recommande donc ces deux correciioiiB à vœ bontés angéliques; je you8 prie de les Caire porter sur l'exemplaire de Le Kaio et sur les autres. Il n'en coûte que la peine de coller quelques petits pains.

Après cette importunité, je yous demande une autre grâce : c*est d'envoyer un exemplaire t)ien corrigé à madame de Florian , qui n*eD fera pas un mauvais usage, et qui ne le laissera pas courir. Il pe serait pas mal qu'elle vit une répétition; elle s*y connaît , elle dit son mot net et court. Plus j'y pense , plus j*aime les Scythes. Je prie Dieu qu'ainsi soit de vous. Le sujet est heureux, ou je suis bien trompé; et le sujet fait tout.

Mille tendres respects.

K39. ^ AU MÛIB.

il Ban,

Mes anges et M. de Tbibouville sauront donc que M. d'Hermanche vient de jouer Athamare à Lausanne avec un très-grand succès; et qui est M. d'Hermanche? Un major suisse, qui a beaucoup d'esprit et qui a une femme très-aimable, laquelle a joué trè&-bien Obéide. Nous jouons sur le théâtre de Femey dans quatre jours; on donne les Scythes à Genève, on les donne à Lyon; messieurs de Paris, faites comme il vous plaira.

Je me suis aperçu qu'il y avait deux fois danff&rmt» en trois yers, page 13, dans le rOle d'Bermodan :

D'aucun soin dangereux la paix n*est altérée. Corrigez:

Jamais (te tristes seiiis la psipi n'ast altérés.

La franchise, qui règne en noe d^rta heureux, Fait mépriser ta cour et aee fera dangereux.

Acte quatrièni6y acëae de Teinbaucheur, il faut absolument 6ter ce vers s

Noua te traitons en frère, et ta férocité , Etc.

On dit beaucoup, au cinquième acte, que les Scythes sont féroces ; il ne faut pas qu*on dise, au quatrième acte, que les Persans sont féroces aussi. Voici comme nous avons corrigé :

Quoi! nous t'avons en paix reçu dans ma patrie. Ton accueil nous flattait, notre simplicité N'écoutait que les droits de rbospitalité, Et tu veux me forcer dans la même journée, etc.

M. de TbibouvUle est prié d^ajouter à toutes ses bontés celle de faire porter sur les rôles ces petites corrections.

J'ai envoyé h Le Kftin un résumé de tous les changements, aiin qu*il les confronte.

N. B. Il se pourrait qu'on crût que ce vers dans le premier act^

Dana le aecret du oœur ne puisse entretenir ^*. 537. — A M. LE COMTE DB ROCHBirORT.

16 Ban.

Je VOUS dois depuis longtemps une réponse, mon cher ami. J'amusais mes maux et ma décrépitude en faisant jouer les Scythes à Femey; mais sur la nou-

> Le reste de cette lettre manque.

Telle de rétat de madame la Dauphine', nous avons tout interrompu. Il n^est pas permis à un bon sujet de se donner des plaisirs, quand la cour est dans les alarmes, et peut-être dans le deuil.

Je TOUS supplie de faire mes tendres compliments à M. de Cheneviëres.

S'il y a quelque chose de nouveau, ayez la bonté de nous le mander; nous prions La.... de se souvenir toujours de nous.

U nuit.

Mes anges et M. de Thibouville verront ci-contre ma réponse à leurs lettres du 7 et du 9 mars : ma réponse est docilité et amendement. Quand \e sens la raison, je la suis; quand je peux corriger, je corrige. Gardez-vous bien de mettre

Uaooompagne aux combats et doit venger sa mort. (Acte II, scène dlndatîre et d'Obéîde.)

n ne s*agit point ici de ce que les femmes scythes doivent faire, mais de ce qu'elles savent faire; cela est fort différent. Votre doit venger sa mort montrerait la corde; il serait impertinent qu'au cinquième acte Obéide dit : moi je dois voils venger ! Vous gâteriez tout par ce léger changement.

J'ignore l'état de madame la Dauphine. Je n*ai pas voulu qu'on jouât publiquement la pièce chez moi, quand les spectacles sont fermés à Paris ; je ne la lais-

1 Marie-Joséphine de Saxe moumt le 13 mars 1767. Cette ?ertaeiise princesse est la mère de trois rois, Loals XVI, Louis XVHI et Charles X.

serai jouer que quand ils seront rouverts : je n'ai pas de peine à observer cette bienséance.

On me mande que Mole ne sera pas en état de jouer à Paris. Je ne crois pas qu*il faille donner son rôle au singe de Nicolet ^ Vous ferez tout comme il vous plaira, mes anges; mais que mademoiselle Durancy justifie la préférence que je lui ai donnée , préférence qui m'attire plus de tracasseries qu'il n'y a de mauvais vers dans les pièces que les Welches applaudissent. Moquez-vous des tracasseries , mes anges , et écrasez le mauvais goût.

Ayez la charité d'envoyer à l'ami Le Kain les corrections ci-contre.

Respect et tendresse.

Page 1