‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 45 sur 405 · AU MËBiE · texte numérisé non relu

AU MËBiE

srérrier.

Je reçus hier la lettre du 3 février de mon cher ange, après avoir fait partir ma réponse à la lettre du 2. Je suppose toujours que les deux exemplaires adressés à M. le duc de Praslin lui sont parvenus.

Les dernières additions que j'ai envoyées à mon ange et à M. de Thibouville peuvent servir aisément à rendre les deux exemplaires complets et corrects; mais , pour abondance de précautions, voici encore un exemplaire nouveau, bien exactement revu; lequel pourra servir de modèle pour les autres; il part à l'adresse de M. le duc de Praslin.

Je ne saurais être de l'avis de mon ange sur ce vers

d'Obéide, dans la scène avec son père, au cinquième acte:

Bile m'a plus coûté que vous ne pouves croire.

Cela ne veut dire autre chose pour ce père, sinon qu*il en a coûté beaucoup d*efforls à une jeune personne, élevée à la cour, pour venir s^ensevelir dans des désefts; mais, pour le spectateur, cela veut dire qu'elle aime Alhamare. Si j'avais le malheur de céder à cette critique, j*6terais tout le piquant et tout l'intérêt de cette scène.

J'ai fait humainement ce que j'ai pu. Il ne faut pas demander à un artiste plus qu'il ne peut faire; il y a un terme à tout; personne ne peut travailler que suivant ses forces. Voici le temps de copier les rftles et de les apprendre; il n*y a plus ni à reculer, ni a travailler. Je demande seulement qu'on joue la Jeune Indienne avec les Scythes. Je serai bien aise de donner cette marque d'attention à H. de Chamfort, qui est, dit-on, très-aimable et qui me témoigne beaucoup d'amitié ^

Si ces deux pièces sont bien jouées, elles vaudront de l'argent au tripot; elles donneront du plaisir à mes anges ; maië pour moi, je suis incapable de plaisir ; je ne le suis que de consolation, et ma plus grande est l'amitié dont mes anges m'honorent.

N. B. Dans le tracas horrible qui m'a accablé pendant un mois, je ne me suis jamais aperçu d'une faute d'impression au cinquième acte, page 64:

SoKame a4<41 appris que sa fille gu'tl aime.

^ V. la leUredn 1 1 février. (Envres eampièiei, t. 64.

90 LEÎTREB WâDITfiS

Il y àvidl datifi le tnantiicfit i

Sozame a-Ml appris que sa fille qui m'aime.

Il y a encore quel(iaes petits changements fort légers dans la copie ci-jointe.

N. B. Comment pouve2*Toud m*oatrager au point de me soutenir que ce vers t

Bile m*a plus coûté que tous ne pouvet croire, signifie : Mon père ^ f adore Aihamate et je ne le tnerai point t puisque le moment d*après elle dit :

Après ce coup terrible et qu'il me faut porter.... ce mot quil me faut porter ne rejette-t-il pas très-loin tous les soupçons que pourrait concevoir le père? D'ailleurs, quels soupçons pourrait-il avoir après les serments de sa fille? Vous tueriez ma pièce si vous ôtiez

Bile m'a plus coûté que vous ne pouvez croire.

Je sais bien qu'il y auf a quelques mouvements au y*" acte parmi les mal intentionnés du parterre; mais je vous réponds que le receveur de la comédie sera très<^ ooDtént de la pièce. Laissons dire Fréron et l'avocat Coquelet son approbateur et les soldats de Corbulon '^ s'il y en a encofei et qu*on sonne le boute-selle.

Mille tendres respects. Je ne sais point la demeure de M. le chevalier de CSiastellux; je prends la liberté d« voué adresser la lettre*

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