‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 49 sur 405 · A M. DESPREZ DE CRÀSSI · texte numérisé non relu

A M. DESPREZ DE CRÀSSI

A Feraey, 8 avril.

Monsieur, vous me pénétrez de joie en m*apprenant votre heureux succès; je me flatte que tout sera bientôt réglé à votre satisfaction. Vous méritiez bien assurément la justice qu'on vous a rendue. Personne ne s'intéressera jamais plus que moi à tous vos avantages. Je suis bien fâché que mon âge et ma mauvaise ^ santé m'empêchent de venir vous dire avec quels sentiments respectueux j'ai l'honneur d'être , monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

SMS. — A M. DE CHENEVIËRES.

llaTril.

Je ne doute pas, mon cher ami, que vous n'ayez fait parvenir ma lettre à M. le chevalier de Rochefort; je vous prie de lui dire combien je suis pénétré de ses bontés. Je crois qu'on lui adresse à présent ses lettres à l'hôtel de Puisieux à Paris ; mais je n'en auis paç

< CêtU dernière ligne est d^ sa main.

bien sûr. Ce dont je suis bien sûr, c'est que nous sommes toujours bloqués par vos troupes dans le pays dé Gex. Nous manquons de blé , et je suis très-embarrassé pour en faire venir; je manque d*argent avec lequel on achète du blé, et il faudra probablement que je fasse le voyage de Wirtemberg au mois de maiy pour aller arranger mes affaires avec la Chambre des finances de ce pays-là, sur lequel j*ai une grande partie de mon bien; après quoi je pourrai bien transplanter mes pénates à Lyon, jusqu'à ce que la guerre de Genève soit finie.

Nous avons passé tout à coup d'une grande abondance à une plus grande disette. J*ai eu grande raison de faire les Scythes y car je suis en Scythie. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Voici la réponse de M. de Chenevières :

(( M. le chevalier de Rochefort est à présent, mon « cher ami , à sa brigade , à Châlons en Champagne. « Je lui ai fait parvenir votre lettre à Paris avant son «c départ, et je vais lui communiquer votre dernière, a C'est un homme qui vous est bien attaché et qui « vous rend bien justice.

« J'ai lu les Scythes \ on ne saurait mettre cette « pièce en parallèle avec Zdire^ Alzircj Mcîhomei a et Mèrope ; mais on y trouve des traits qui caracté- « risent l'auteur. Bien des gens la critiquent ; mais « tous conviennent qu'il y a des beautés. Vous savez « que l'envie règne toujours encore plus sur le Paroi nasse qu'ailleurs. Je m'imagine voir la Gloire l'é- « craser d'une main et vous couronner de l'autre.

« 11 me parait que les troubles de Genève vous met-

IM tBTTRES UfËDmSS

« tent bien mal à votre aise : il faut pourtant ique c cela finisse. Ce qui me fèchè, c'est qu'ils dérangent « et reculent mon voyage et le plaisir que j'aurais dé tt vous embrasser, et de vous aller renouveler, ainsi k qu'à l'aimable nièce, les assurances de mon attache? « ment et de mon respect. »

tt44. ^ A M. DE BORDES.

"^ il vrrÛ.

Je suis dans la nouvelle Scylhie , mon cher monsieur, eL j'ai perdu toute idée de l'ancienne; je ne puis plus tenir au vent de bise et à votre éloignement. Les neiges qui m^entqurent me rendent aveugle; le vent me tue; les tracasseries de Genève m'ennuient; le blocus de mon petit pays me met à la gène. On m'a parlé d'une jolie maison sur la Saône, à une lieue de votre belle ville. Si je puis l'acheter sur la tète de madame Denis, à un prij^ convenable , je ferai le marché, et je partagerai mon temps entre Ferney et cette ipaison.

'Mandez-moi sur votre honneur, je vous en prie, §i TOUS avez eu aujourd'hui vendredi, 17 avril, up vent •«ffreux et de la oei^e?

Connaiss^S-vous V Anecdote sur JBélisaire * / si voi^ ne l'avez pas, je vous l'enverrai; et tant que je sere^ près de Gçnève, je me charge de vous fournir toutes les nouveautés ; vous n'aurez qu'à parler, Adieu, mop cher confrère. Yotre très-humble, etc.

< y. FaeétUs, eemrres complétas , T. 45.

DE VOLTAIRE (1767); WS

P45, — A M. LE CpVrE D'ARGENTAL.

14 iTrtl. .:

Mon àîvin ange, je ne puis empêcher la foule des éditions qu'on fjdt de ces pauvres Scyihes; et tout ce que je puis faire, c*est de fournir quelques chanj^e-* ments pour les rendre plu& tolérables. Je ne doute pas qu'après y avoir réfléchi, vous ne seûtiez combien^ une scène d'Obéide au premier acte serait inutile et froide; un monologue d^Obéide,- au commencement du second acte, serait encore pis. Il y a sans doule beaucoup plus d'art à développer son amour par degrés; j y ai mis toutes les nuances que ma faible palette m'a ]^ù fournir.

Je vous prie de vouloir bien faire corriger deux vers à la fin du quatrième acte; j'ôte ces trois«ci: \

Où 8uis-Je? Qu'a-t-il dit? Où me vois-je réduitet Dans quel abîme affreux, hélasl Tai-je conduite? Viens, je t'expliquerai ce mystère odieux.

eljemet^i^lapldce:

obAidb.

Qu'a-t-il dit? Que veut-on de cette Infortunée? - . 0 mon père! en quels lieux m'avefrvooa ameDée?

SOZAMB. \

Pourrai-je t'expliquer ce mystère odieux? etc.

Je V0U9 enverrai incessamment une édition rbiedi

complète, qui vous épargnera toutes^ les knportuoitéf:

dont je vous accable, et dont je vous demande pardon,!

.. le ne voia paa ce qui empêcherai^ Le jUÎQ de jouer.

104 LETTRES INtlMTES

au mois de mai cette pièce; et il me semble que le r61e d*lndatire n*est pas assez violeot pour faire mal à la poitrioe de Mole.

Vous m*avez flatté d*une nouvelle qui vaut bien le succès d'une tragédie , c'est qu'on allait fermer la boutique de Fréron.

Voici la copie de ma réponse à M. Coqueley ; je vous soumets prose et vers.

M. de Chabanon arrive au milieu de nos frimas.

Respect et tendresse.

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