‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 50 sur 405 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Après vous avoir écrit , mon cher ange , et vous avoir envoyé un exemplaire des Scythes^ corrigé à la main , je suis obligé de vous écrire encore. La nouvelle édition y à laquelle on travaille à Genève» sera achevée dans deux jours, et il a fallu envoyer la pièce telle qu'elle est en Hollande , pour prévenir l'édition qu'on y allait faire suivant celle de Paris. Me voilà donc engagé absolument à ne plus rien changer. On traduit cette pièce en italien et en hollandais. Les éditeurs et les traducteurs auraient trop de reproches à me £Edre, si je les gênais par de nouveaux changements.

Je vous dirai encore que plus je réfléchis sur l'idée de la nécessité d'un mariage en Scythie , et sur l'addition d'un monologue au deuxième acte, plus je trouve ces additions entièrement opposées au tragique. Tout ce qui n'est pas de convenance est froid; et ce monologue , dans lequel Obéide s'avouerait à

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elle-même son amour, tuerait eutièrement son rôle; il n*y aurait plus aucune gradation. Tout ce qu'elle dirait ensuite ne serait qu'une malheureuse répétition de ce qu'elle se serait déjà dit à elle-même. Je préfère à tous les monologues du monde ces quatre vers que TOUS et madame d'Argental m'avez conseillés :

Au parti que je prends je me suis condamnée. Va, si j'aime en secret les lieux où je suis née, Mon cœur doit s'en punir; il se doit imposer Un frein qui le retienne et quil n'ose briser, etc.

En un mot y je vous conjure d'engager le premier gentilhomme de la chambre à exiger de Mole une ou deux représentations; cela ne peut nuire à sa santé. Le rôle d'Indatire n'est point du tout violent , et il n'y a guère de principal rôle comique qui ne demande beaucoup plus d'action. Il serait fort triste et fort déplacé que Lacombe , à qui j'ai rendu service, refusât de sacrifier ce qui peut lui rester de son édition pour en faire une plus complète , surtout lorsqu'il ne lui en coûte que cent écus pour Le Kain. Je pense bien donner à Le Kain les cent autres écus , puisque^ en d'autres occasions, je lui ai donné cinq ou six fois davantage.

J'envoie à Le Kain, par cet ordinaire, un exemplaire conforme aux vôtres , à un ou deux vers près. J'ai oublié à la page 45 :

Ils vaincront avec moi. —Qui tourne id ses pas?

au lieu de :

Quel mortel tourne vers moi ses pas?

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Je crois aussi qu*à la page 73 il faut :

ConnaiBsez dans quel sang voua plongerex mes maina.

au lieu de :

vous a^fimeei met mains.

Je me jette à vos pieds et je vous demande mille pardons de tant de tourments ; mais je vous supplie que je vous aie Tobligation de la représentation que je demande aux comédiens, et de Tédition que je demande à Lacombe, édition d*ailleurs dont je lui achèterai deux cents exemplaires, pour envoyer aux académies dont je suis, et dans les pays étrangers. Je me mets à vos pieds, mon cher ange, toujours honteux de mes importunités , et toujours le plus importun des hommes.

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