‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 33 sur 48 · DE M. BOUCHU A. M. LE MARQUIS ANTOINE DEFELQEIJ HES · texte numérisé non relu

DE M. BOUCHU A. M. LE MARQUIS ANTOINE DEFELQEIJ HES

A Grenoble, le 3 mars 1691,

C'est par vous, Monsieur, que j'apprends que les draps pour vostre livrée sont chez moy; la maladie de mon secrétaire, h qui on les a adressés en mon absence, est la cause du retardement de l'envoy qui vous en devoit estre fait ; mais ils partiront au premier jour, duquel vous serez averty , afin que vous pensiez aux Barbets comme pour vous.

M. de Pontillot m'a entretenu de vos desseins pour les fours, et je les avois sçuspar M. de Blenoy à l'égard des hôpitaux. Si vous aviez lu attentivement ma lettre sur ce sujet que vous dites qu il vous a montrée, vous auriez vu que je souhaite autant que personne d'oster les hôpitaux de Pignerol , mais que je crois toujours à propos de bien aérer, parfumer et reblanchir les lieux où les malades ont esté pendant la campagne dernière, soit qu'on en fasse un autre usage ou qu'on soit obligé de s'en servir encore pour celuy-là , ce qui dépendra de la seureté en laquelle on peut mettre l'Abbaye, dont vous estes beaucoup meilleur juge que moy.

Il est de la dernière conséquence de rassurer nos voituriers par des escortes et par des postes sur la route de Cézane à Pignerol , car quelques captures faites par les Barbets les ont si fort effrayés,

que je ne puis pas vous dire la difficulté qu'il y a de les obliger à marcher pour Pignerol. Ce sont ces difficultés et mille autres de toute nature que l'on surmonte quelquefois par le poulmon, mais sans blasphème certainement, et tout au contraire avec le tempérament dans lequel l'Évangile connoît une colère qui n'est point péché.

Les PP. chartreux que M. le marquis de Louvois protège crient miséricorde sur une somme de \ 000 livres qu'ils disent que vous demandez à une de leurs maisons de Piémont.

M. de La Hoguette1 me mande que les ville et château de Montmélian ont esté bien bombardés , bien canonnés et bien ruinés par conséquent, et que les ennemis y souffriront beaucoup ; cela n'estoit pas encore en cette situation quand M. de Catinat et moy quittasmes la partie; mais il est vray que nous laissasmes près de six cents bombes.

Il n'y a rien de si aisé à compter que 20 places de fourrages à 1 5 fr. chacune pendant 1 50 jours. Vous ne criez point assez contre le séjour de Pignerol pour que je ne croie pas que vostre équipage ne vit pas sur ce fourrage-là.

Mais parlons un peu de nos contributions. Elles ont esté certainement pendant février fort différentes de ce qu'elles avoient esté pendant jan-

1 Charles Fortin , marquis de La Hoguette , lieutenant général des années du lloi, tué à la bataille de la Marsaille en 1693.

3M LETTRES inédïtes

vier. Ranimez-vous un peu par le souvenir de cette course célèbre faite par un galant homme en Allemagne, qui valut tant au Roy, qu'on ne prit pas garde de si près aux soins qu il avoit pu donner à ses propres intérests1. «^

Je ne puis vous dire encore, Monsieur, quand jauray le plaisir et l'honneur de vous voir; mais, en vérité, j'en ay grande impatience.

DE M. LE MARQUIS DE CRENAN 2 A M. DE FEUQLIÈRES

A la citadelle de Casai, le 26 mars 1691.

Je ne sçay , mon ami , si on vous aura fait passer

1 Allusion à la course mentionnée plus haut ( voir la note 1 de la page 31 7), que fît M. de Feuquières à travers le pays ennemi pendant la campagne de 1688 en Allemagne, et qui fut fort productive au gouvernement et à M. de Feuquières lui-même. De retour à Paris, celuici fut mandé à Meudon par M. de Louvois, qui lui témoigna sa satisfaction de sa conduite. M. de Feuquières lui dit : « On vous aura sans « doute mandé , Monseigneur, que j'ai beaucoup gagrfé dans la course « que j'ai faite? » M. de Louvois lui répondit : « Qu'est-ce que cela fait ? a J'en suis bien aise ; à quoi cela monte-t-il ? — A 1 00 000 francs , re- « partit M. de Feuquières. — Je voudrois qu'il y en eût davantage , dit « M. de Louvois. — Quand ces bonnes gens, continua le marquis de « Feuquières , avoient compté sur la table les sommes auxquelles ils « avoient été imposés, ils mettoient une somme à part. Je leur dems « dois ce que c'étoit. — C'est pour Monsieur, » me disoient-ils. Je « mise dans ma poche. — Le ministre lui répondit : « Vous avez bien « fait. » — Le Roi ajouta une gratification de 12 000 livres au bénéfice particulier de M. de Feuquières pendant cette excursion qui avait rapporté trois à quatre millions.

2 Pierre de Perrien , marquis de Crenan , commandant pour le Roi à Casai, lieutenant général en 1693, mort en 1702.

DES FEUQUIÉRES. 345

ma réponse au mémoire qui m'a esté envoyé de votre part au sujet du cartel, à quoyje ne doute pas que vous n'ayez trouvé quelque remède depuis le temps, et que la justice de S. A. R. ne paroisse sur cela comme sur autre chose. Cependant, la charité pour les pauvres prisonniers me fait vous écrire celle-cy afin de sçavoir de vous-même ce qu'il y a à espérer pour eux ; >cette occasion me servira en mesme temps à vous demander des nouvelles de votre santé, — et1 t'asseurer que je seray toujours tout à tov.

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