DE M. DE SAINT-THOMAS2 AU MÊME
A Turin, le 27 avril 1691 .
Monsieur, les officiers qui estoient prisonniers de guerre à Pignerol se louent fort de vostre honnesteté , et je vous assure que vous aurez lieu d'en faire de même de la sincérité et de la bonne foy dont on agit icy. M. le marquis de Saint-George prm'a envoyé la réponse que luy a faite M. le marquis de Crenan, luy envoyant un mémoire de quelques prisonniers qu'il a à Casai, outre ceux dont vous avez vu le mémoire, qui sont à Ast. On luy en rendra deux qui sont à Verceil, qu'on pourroit
' Ces derniers mots seulement, avec la signature, sont de la main r de M. de Crenan.
2 Commandant à Turin pour le duc de Savoie.
3/if) LETTRES INÉDITES
justement refuser, puisque l'un est un nomnii' Sitvet, nalifdeMondovi, qui a servv de guide contre le service de S. A. R. , et que Tautre est un sergent qhi avoit tâché de débaucher des soldats de la garnison. Mais comme M. de Crenan les souhaite, le pre-w mier principalement, on a voulu plutost abonder que de se servir des justes raisons qu'on a de les refuser. L'ordre est donné pour tout faire rendre, et je vous enverray le reçu , outre que vous pourrez avoir souvent de ses nouvelles par la commodité des courriers qui commenceront à passer. Je vous supplie, en attendant, de vouloir bien gagner temps en faveur de M. Tarin, qui est arresté depuis environ sept à huit mois , le faisant revenir à Pignerol pour jouir du cartel.
Vous trouverez cy-joint le certificat de M. le comte d'Oseigne , qui ma assuré que le nommé Bianco de Barge est soldat dans sa compagnie.
J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait 1 honneur de m' écrire le 24, touchant les deux soldats qui étoient dans le nombre des vingt maistres qui ont escorté messieurs vos commissaires à Cumiane. Je me suis informé de plusieurs officiers qui ont servy en France , qui m'assurent qu'ils doivent estre regardés comme déserteurs, que le passe-port qu'ils avoient n'estoit que pour la sûreté de leur venue et de leur retour, et non pas pour garantir la fidélité des mesmes soldats qui dépendoient de vostre
choix; après quoy je ne doute point que vostre grande expérience sur tous les incidens qui peuvent arriver à la guerre et vostre probité ne vous fassent convenir de la justice qu'il y a de les considérer comme déserteurs.
Quant au trompette et au soldat de la compagnie de M. de Brugnier, j'ay pris le mesme soin de m'informer de la difficulté qu'il pou voit y avoir à l'égard ultérieur, et on m'a assuré qu'un trompette qui se retire avec le cheval doit estre considéré pour déserteur, qu'il est payé par le Roy comme les soldats , que le cheval est censé de la compagnie et non pas du capitaine , que si celui-cy fait quelque ménage , faisant monter un cheval de son équipage au trompette, c'est une affaire à part où nous ne devons pas entrer, et le trompette n'en est pas moins déserteur. Quant à celuy qu'on vous a représenté estre valet de M. de Brugnier, qui luy a volé un cheval, une personne, qui suppose en estre bien informée, m'a assuré que ce prétendu valet était un véritable soldat de la compagnie , qui a déserté avec le même cheval qu'il avoit accoutumé de monter passant en revue. Mais comme le cheval n estoit pas tombé entre les mains d'un particulier et qu'il étoit dans l'équipage de S. A. R. , Elle a ordonné qu'il soit rendu. L'homme qui étoit venu porte)' la lettre pour la contribution de la ville de Turin, qui a esté mis en liberté, le ramène.
Je vous assure par ces ligues que Mnl( Perraquin ne sera jamais recherchée et est entièrement déchargée de la caution quelle a prestée pour les trois prisonniers de Rive , si vous voulez bien en contre-change faire donner la liberté à un misérable nommé Caminade et à deux valets de campagne qui ont esté pris avec luy. Nos commissaires m'ont dit que cela étoit entendu.
Je vous envoyé trois passe-ports pour les trois courriers de S. M. , qui devront passer de Suze à Gènes pour y rester et porter les lettres à Rome. Je vous en envoyé un par le courrier qui doit venir à La Mothe le samedy et le lundy pour porter et reprendre les lettres de Pignerol à Casai. Je vous en envoyé aussi un pour le courrier qui devra venir de Casai à Rive, et, si vous voulez, par le premier courrier on l'enverra à M. de Crenan. Je vous en envoyé quatre autres pour les courriers ordinaires qui viendront de Lyon à Forest et de Briançon à Pignerol. Quand il vous plaira de menvoyer des passe-ports pour nos courriers qui iront recevoir et porter vos lettres une fois chaque semaine à Forest, trois fois chaque semaine à La Mothe et une fois chaque semaine à Rive , nos courriers commenceront d'aller à Forest et à La Mothe prendre les lettres de France; et pour les malles d'Espagne, qui doivent passer comme elles faisoient auparavant, il vous plaira aussi, confor-
mément à ce qui a été concerté avec M. Pajot, d'envoyer les passe-ports pour les ordinaires de Genève icy et d'icy à Milan, vous priant d'ordonner que les courriers qui doivent passer à Gènes viennent avec celuy de S. À. R. qui ira à Forest.
Comme M. de Crenan se plaignoit du long séjour de ses prisonniers à Ast, j'avois instruit M. le comte Maffei de toute la suite de cette affaire, dont il a informé M. de Crenan , afin que ce retardement ne fust pas imputé à nous seuls. M. de Crenan vous escrivoit la lettre cy-j ointe 1 sur ce sujet, qui n'est plus nécessaire à présent. Je ne laisse pas de vous l'envoyer , vous assurant que je tireray beaucoup de peine dans toutes les occasions où je ne pourray pas rencontrer vos satisfactions autant que je le souhaite, et vous marquer combien j'ay l'honneur d'estre, Monsieur, etc.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIERES A M. DE
SAINT-THOMAS
A Pignerol , le 30 avril 1691.
Monsieur, j'ay reçu la lettre que vous me fistes l'honneur de nVescrire du 27e d'avril, par laquelle vous me marquez que les officiers des troupes de S. A. R. que je vous ay renvoyés se louent des manières que j'ay eues pour eux. J'aurois été fort
1 Cette lettre ne se trouve pas dans la collection.
fasché d en avoir de dures pour des gens que je ne comptois pas contraindre par là à quitter le Service de S. A. R. pour entrer dans le nostre.
J'attends incessamment que vous m envoyiez le reçu de M. le marquis de Grenan, et qu en mesme temps vous me marquiez un jour pour que nos commissaires , en conséquence de la fin des eschanges , puissent faire leur compte, affin que celuy qui devra puisse payer et que cette affaire soit une fois terminée.
Vous me permettrez de vous dire, Monsieur, que dans le temps que vous m'assurez de vostre sincérité et bonne foy sur les affaires que nous aurons à traiter, il s'en passe une dans laquelle elle ne paroist pas, et que je veux croire sestre passée à vostre insçu. Le fait est que, dans le party où M. de Saltun a été tué , il y a deux dragons de sa compagnie, l'un nommé Dubuisson, qui est de Lille, l'autre le Romain, qui est de Rome, qui ne mont point esté rendus, sous prétexte qu'ils avoient précédemment déserté des troupes de S. A. ft. Cela ne se doit point, au moins à l'esgard de Dubuisson qui, estant sujet du Roy, ne peut pas estre regardé ni retenu dans vos troupes comme déserteur, lorsqu'il ne fait que rentrer dans le service de son prince. Ainsy, quand mesme vous me retiendriez le Romain , ce que honnestement on n'auroit pas dû faire, puisqu'il n'est sujet ni du Roy ni de
S. A. R., vous devez toujours me rendre Dubuisson qui est effectivement sujet du Roy. Je le réclame, et garderay icy le gendarme de M. d'Ozeigne et tous les autres prisonniers que je feray, si vous ne me rendez celuy-là qu'on retient injustement.
Comme leschange de la ratification du traité pour le passage des courriers se doit faire à Suze, et que les courriers de Lyon pour Rome la doivent apporter aujourd'huy ou demain à Suze, je vous renvoyé, Monsieur, les passe-ports que vous m'avez envoyés pour les courriers de Gènes et celuy de Lyon à Forest , gardant seulement icy les autres qui regardent Pignerol. J'en donne avis à M. le marquis du Plessis1, affin qu'il ne soit point inquiet des autres passe-ports, et luy mande qu'aussitost que ladite ratification luy sera arrivée , il fasse , par un exprès, avertir le sieur Pozanno pour qu'il se rende à Suze, affin d'y faire leschange des malles, passe-ports et ratification.
M. de Catinat a donné ordre pour la liberté de M. Tarin y que j'attends incessamment icy.
Je vous envoyé , Monsieur , un mémoire qui vous instruira à fond de l'affaire des deux cavaliers qui ont déserté des vingt qui estoient à l'escorte des commissaires. Vous verrez qu'ils ne peuvent estre
1 Henri-François de Rougé , chevalier, puis marquis du Plessis- Bellière, maréchal des camps et armées du Roi, mort en 1G92. Il commandait à Suze en 1691.
que voleurs. Le manteau que Ton a renvoyé n est point du tout celuy qui a esté volé, comme vous le Verrez par ledit mémoire. C est le commandant de Kivole qui l'a achepté 2 louis. Il J faut avoir bien envie d'avoir un manteau à bon marché pour faire sur ce sujet ce qu il a fait. Je vous renvoyé le manteau qu'il a renvoyé à la place de celuy qui a esté volé.
Je ne sçaispas quels sont les officiers , ayant servy en France, qui vous ont assuré, en vertu de leur expérience, que les deux cavaliers ne dévoient estre regardés que comme déserteurs. Il s en faut beaucoup qu'ils me persuadent, par cette décision, de leur grande capacité. Je ne vous redemande pas les hommes, car je les punirois comme voleurs ; mais si vous ne me rendez pas leurs équipages , je trouveray bien moyen de m'en ressentir'.
Quant au trompette de M. de Brugnier et à son valet, je ne vous dis point que le trompette ne soit déserteur; mais le cheval gris à longue queue, que vous ne me rendez point, est un cheval de monture de M. de Brugnier, qui n'a jamais passé en revue ni esté dans sa compagnie , ni sous le voleur qui la amené ni sous aucun autre cavalier, comme . vous le verrez par le certificat que je vous envoyé. Ainsy, Monsieur, si vous voulez que je puisse compter sur la bonne foy de vostre part, je vous prie de vouloir bien me la marquer par la justice que vous me rendrez sur ces deux articles.
Je feray sortir aujourd'hui le nomme Caminade et les deux autres qui estoient avec luy.
Si après l'entrevue des deux commis des postes à Suze, il reste quelque difficulté pour le libre passage des courriers de part et d'autre, vous n'aurez, Monsieur, qu'à me le faire sçavoir, et on y remédiera sur-le-champ. J'attends le reçu de M. de Crenan; sa lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, n'a pas besoin de response. Je suis, Monsieur, etc.
DE M. DE SAINT-THOMAS A M. LE MARQUIS ANTOINE
DE FEUQmÈRES.
A Turin, le 7 mai 1691.
Monsieur, je me donne l'honneur de respondre aux deux dernières lettres que vous avez pris la peine de m' écrire, et je commence par l'article des deux soldats qui ont déserté de l'escorte de MM. vos commissaires : vous me permettrez de vous dire que le passe-port de S. A. R. et de MM. Leonardi et Courageux ne peut servir que pour les garantir de tout ce qui peut dépendre de S. A. R. ou de ceux qui reconnoissent son autorité. Les officiers que j'ay consultés ne présument nullement donner des décisions; mais ils m'assurent qu'il ne se trouvera point d'exemple en France, en Flandre, en Allemagne et Catalogne, v. 23
35ft LETTRES INÉDITES
qu'un passe-port qui n est fait que pour la sûreté des soldats, doive empescher qu ils ne désertent s'ils veulent; jusques-là mesmeque, si toute l'escorte eust esté d'accord de déserter, elle Tauroit pu foire sans qu'il y eust de nostre costé aucune obligation ni convenance de rendre les soldats ni les équipages, qu'on n'a pas accoutumé de rendre quand les soldats désertent. Un vol particulier est une autre affaire; car si un déserteur vole quelque chose en désertant, on le doit rendre comme un vol d'une chose appartenant à un particulier; mais on ne rend pas son équipage, qui est de la compagnie. Ainsy, on a pris soin de retrouver le manteau, qui a esté remis au trompette porteur de cette lettre ; et sr vous voulez regarder cette affaire sans prévention , je suis persuadé que vous conviendrez facilement de cette maxime.
C'est du cheval qui a esté renvoyé à Pignerol que je vous ay écrit qu'on m'avoit assuré qu'il passoit en revue sous le soldat ou valet qui l'a mené icy. Quant au cheval que le trompette déserteur a volé , je vous assure qu'on a fait toutes les diligences possibles pour le retrouver; mais il a esté vendu à un marchand de Genève , qui n'est plus icy. On me dit qu'il l'a revendu à d'autres. Je vous assure qu'on usera d'une diligence exacte pour le recouvrer et que, si on en vient à bout, je vous le renverray.
Quand les prisonniers faits dans l'occasion où M. de Saltun a esté tué furent rendus, il n'y avoit qu'un déserteur dans les prisons ; l'autre y a esté conduit depuis. S. A. R. n'a retenu aucun François dans ses troupes malgré luy. Ceux qui ont soubaitté de se retirer en ont eu la permission sans difficulté ; mais ceux qui sont restés à sa solde et qui ont servy de leur bon gré ne peuvent pas déserter et ne pas estre considérés comme déserteurs , ce que je crois que vous trouverez raisonnable touchant le nommé Dubuisson. Pour le Romain, il y a tant de troupes étrangères en France, que vous ne disconviendrez pas qu'un estranger qui s'enrôle dans les troupes d'un prince ne doive estre considéré pour un déserteur s'il abandonne le service sans permission, et je suis persuadé que vous ne voudrez pas faire une représaille sur ce fondement.
On a tascbé de bonne foy de sçavoir si les soldats nommés dans les mémoires que le trompette m'a remis ont passé icy comme déserteurs, s'ils sont prisonniers ou s'ils ont pris party. Je vous assure qu'on n'a trouvé que le nom de deux qui ont déserté et ont tiré pais; je vous en envoyé le certificat de M. le marquis de Dronero ; et s'il en venoit quelqu'un des autres , je vous le ferois sçavoir. Je vous prie de me rendre justice, croyant que S. A. R. a ordonné à M. d'Ouchin de faire rendre à M. le marquis de Crenan les prisonniers de Casai,
quand je vous l'ay écrit , ce que je vous dis afin que vous ne soyiez point surpris de n'en avoir pas encore le reçu dudit M. de Crenan, qui ne peut pas tarder d'arriver, et il n'y a rien en cela de contraire à la droiture et à la bonne foy. S. A. R. a aussy ordonné depuis qu'on rendist à M. le marquis de Crenan 25 à 30 soldats environ qui ont esté faits prisonniers par un détachement des Allemands, proche Pontesture.
M. Tarin est arrivé, et je n'attends que les responses de M. Pajot de Lyon pour le passage des courriers, qui ne tient pas à nous. J'ai l'honneur d'estre, etc.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIERES A M. DE
SAINT-THOMAS
A Pignerol , le 1 0 mai 1 G9 1 .
Monsieur, je responds à la lettre du 7 que vous avez pris la peine de m'escrii e , par laquelle il m'est aisé de voir que le cartel, quoique couché dans des termes fort clairs, ne laissera pas d'avoir souvent à souffrir des interprétations. Celles que vous faites sur les nommés Dubuisson et le Romain ne trouveront assurément point d'exemple, au moins dans la personne de Dubuisson , sujet du Roy. Je n'ay point insisté sur le Romain, quoique, comme je vous l'ay marqué, n'estant sujet ni du Roy ni de
DES FEUQUIÈRËS. 357
S. A. R. , je fusse fort en droit de le répéter; mais pour Dubuisson, que je réclame encore comme prisonnier de guerre, si vous ne me le rendez point, je m'en ressouviendray assurément à la première occasion.
J'ay reçu une lettre de M. de Crenan du 7, et je vous envoyé la copie de la lettre que M. le baron d'Oucliin luy escrit, partie aussi de Moncalve du 7 au matin , par laquelle vous verrez que la parole de S. A. R. que vous m'avez donnée de faire remettre à Casai les prisonniers faits sur cette garnison dès le jour mesme que ceux cl cy ont esté renvoyés, n'a pas encore esté exée ée ou au moins ne Festoit pas le 7 au soir. Ce n'c stpit pas là establir la bonne foy et la sûreté qu'on doit adjouter aux paroles données. Je vous envoyé ce trompette exprès pour me plaindre à vous de ce manque de parole et pour vous prier de me dire une fois bien positivement si à F advenir il faudra que je prenne des mesures pour n'estre plus surpris de cette manière. Une affaire comme celle-là qui ne règle que le jour du retour de quelques prisonniers en exécution d'un cartel signé et ratifié , ne méritoit pas qu'on voulust pour cela manquer de parole. Jusqu'à ce que vous m'ayez bien éclaircy ce fait, je ne veux pas croire que la faute en vienne de vostre costé, et j'aime mieux croire que l'avarice de M. le baron d'Oucliin, que M. de Crenan me
mande avoir demande 200 escus à M. deMessy, a causé l'inexécution des paroles données. 11 me semble pourtant qu'un aussy petit intérest ne devoit point paroistre en cette occasion où il s'agissoit de l'exécution d'une affaire concertée sur des paroles données de la part de S. A. R. J'attends par le retour de mon trompette non-seulement une assurance positive du retour des prisonniers de Casai dans leur garnison et le reçu de M. de Crenan, mais aussy que vous me marquiez un jour où nos commissaires puissent s'assembler pour régler les comptes avant l'ouverture de la campagne, et que vous m'envoyiez en mesme temps les passeports nécessaires pour leurs personnes et escortes.
M. le marquis du Plessis, qui commande à Suze, fera sçavoir à Veillane l'arrivée des passeports poulies courriers de Casai qu'on avoit renvoyés à la cour, à cause des longueurs que vous aviez apportées à cette affaire. J'ay l'honneur d'estre, etc.
DE M. DE SAINT-THOMAS A M. LE MARQUIS ANTOINE DE
A Turin, le 12 mai 1691.
Monsieur, j'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire hier touchant la surprise où vous estes de n'avoir encore point le reçu de M. le
marquis de Crenan à Y égard des prisonniers qui ont esté faits sur sa garnison. Je vous avoue que j'en suis également surpris, nepouvantm'imaginerquelle peut estre la cause de ce retardement. Vous ne devez nullement douter que S. À. R. n'ait envoyé ordre à M. le baron d'Ouchin de rendre lesdits prisonniers lorsque je vous Fay mandé. Comme M. d'Ouchin a désiré depuis d'avoir une copie du cartel, on la luy a d'abord envoyée, ce qui me fait croire qu'il aura fait rendre présentement ces prisonniers , et que vous ne tarderez pas à en recevoir le reçu de M. de Crenan. S. A. R. ne laisse
pourtant pas d'en escrire de nouveau à M. le baron d'Ouchin , et de manière à trancher toutes les longueurs. Dès que ce reçu sera arrivé , nous prendrons le jour que vous trouverez à propos pour régler les comptes des rançons des prisonniers qui ont esté rendus de part et d'autre.
A l'égard du nommé Dubuisson, des officiers bien instruits des règles de la guerre m'assurent qu'il doit estre regardé comme déserteur , et qu'ayant esté engagé dans les troupes de S. A. R. desquelles il a déserté , s'il retombe sous son autorité, rien ne le peut exempter en justice du crime de désertion. On a suspendu pourtant de le chastier, et si vous jugez à propos qu'il soit biend'establir pour les uns et pour les autres qu'on doive rendre les prisonniers do guerre , quand mesme ils
auraient déserté de l'armée par les troupes de laquelle ils seront faits prisonniers, S. A. R. y donnera les mains pour se conformer en cela à vostre satisfaction. J'av l'honneur d'estre, etc.
DU MÊME AU MEME
A Turin, le 12 mai 1691.
Monsieur, j'ay reçu , avec la lettre que vous avez bien voulu m'escrire , le cheval que le dragon déserteur du régiment de M. le prince Eugène avoit volé à son camarade. Je reconnois, comme je dois, la manière obligeante dont vous avez agy en cela , vous assurant que je lascheray soigneusement d'y respondre en toutes les occasions, et que j'ay l'honneur d'estre, etc.
DU MEME AU MEME
A Turin, le 12 mai 1691.
Monsieur, depuis les deux lettres que je me suis donné l'honneur de vous escrire aujourd'huy, j'en ay reçu une de M. le baron d'Ouchin avec le reçu de M. le marquis de Grenan des prisonniers qu'on lui a rendus. Vous trouverez ce reçu cy-joint avec une lettre pour M. le marquis de Louvois et une pour vous. Je suis plus que nul autre, Monsieur, etc.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIÈRES A M. DE
SAINT- THOMAS
A Pignerol, le 15 mai 1691.
[; Monsieur, j'ay reçu les trois lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire , avec celle de M. le marquis de Crenan pour M. de Louvois , et le reçu des prisonniers de sa garnison , par lequel j'ay vu que M. le baron d'Ouchin s'estoit fait payer de leurs rançons , quoique je sois persuadé qu'à la fin des comptes vous nous redevrez. Avant que de traiter cet article, je commenceray, Monsieur, par respondre à vos trois lettres.
L'une accuse la réception de la jument que je vous ay renvoyée. 11 se trouvera tousjours de nostre costé une exécution régulière et exacte des choses convenues par le cartel. J'espère qu'il en sera de mesmes du costé des troupes de S. A. R.
L'autre lettre n'estant que pour accompagner celles de M. de Crenan , je passeray, Monsieur, à la troisième, qui mérite response à l'esgard de l'article de Dubuisson. Je persiste tellement à le redemander, que je suis obligé de vous avertir, Monsieur , que je m'en tiens si peu à la décision des officiers bien instruits des règles de la guerre , qui vous assurent qu'il doit estre regardé comme déserteur, que, si on le traitoit de mesme, je ne
pourrois pas me dispenser d'une très-exacte repivsaille du traitement qui luy seroit fait , sur les prisonniers que je ferois à ladvenir des troupes de S. A. R. ou de ses alliés.
Le nouvel article que vous proposez à insérer sur ce sujet est une chose sur laquelle je ne dois pas décider de mon chef. J'en ay escrit à M. de Louvois et à M. de Catinat, desquels je recevray les ordres. Mais cet article ne peut regarder que le Romain et les autres qui se trouveroient n'estre sujets ni du Roy ni de S. A. R. Car pour Dubuisson , qui est sujet du Roy et qui a esté fait prisonnier de guerre, il ne peut pas estre dans le mesme cas, et puisque vous vous opiniastrez à ne pas le rendre , il faudra que je me serve des moyens les plus convenables pour vous engager à une entière exécution du cartel, sans vous attacher aux décisions que vous m'alléguez , et je me rendray juge dans ma cause comme vous voulez l'estre dans la vostre.
Le tambour de dragons que je vous avois envoyé se plaint qu'on luy a volé son manteau auprès d'Orbassan. Si les trompettes et tambours ne sont pas en sûreté avec des passe-ports, le commerce sera difficile entre nous. En tout cas , la comté d'Orbassan luy en fournira tout au moins un neuf. Si vous voulez bien que nos commissaires se trouvent à Cumiane jeudy prochain ou tel autre jour qu'il vous plaira, ils finiront leurs comptes
DES FEUQUIÉRES. 363
pour les prisonniers et prendront des mesures pour que celuy qui devra paye incessamment. Vous trouverez cy-joints les passeports pour messieurs vos commissaires et leur escorte. Ayez la bonté de m'en renvoyer par le retour de mon trompette.
J'ay aussy fait faire le compte de ce que vous nous redevez pour les rançons : cela se monte à 6 343 liv. 8 s. 6 d. , monnoye de France. Si vous voulez bien que vos commissaires soient chargés de cette somme , ce sera une affaire entièrement finie.
J'ay l'honneur d'estre, etc.
DE M. DE SAINT-THOMAS A M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIERES
A Turin, le 15 mai 1691,
Monsieur, jay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire aujourd'huy. Je vous diray en response que les commissaires de S. A. R. se rendront jeudy prochain à Cumiane comme vous me le marquez, et ils parleront aux vostres de l'affaire de Dubuisson pour voir à s'entendre et establir une règle fixe en terminant le compte des rançons. Vous trouverez cy-joint le passeport pour messieurs vos commissaires. Les voleurs de grand chemin ne se font pas scrupule de perdre le respect aux passeports; il n'est pas juste pourtant
36/i LETTRES INÉDITES
que le tambour de dragons que vous aviez envoyé en souffre. Je vous prie de me marquer ce que vous jugez qu'on luy donne pour le garantir de perte; on le fera; et si Ton peut trouver les criminels de ce vol, ils seront punis dune manière exemplaire. J'ay l'honneur d'estre, etc.