DE MADAME LA MARQUISE DE FETQUIERES2 A M. GÉRARD
«T'ai reçu, Monsieur, vostre lettre de change. Vous m1 avez trouvée hien vive pour cette affaire; mais comme je lavois destinée à payer quelques petites debtes de fille , javois fort envie que cela fust finy. Je vous ay fait mander que M. de Feuquières se porte bien. Jen ay encore eu des nouvelles aujourdhuy : il est du costé de Dixmude. On n'a pu faire le siège de Nieuport3, parce que
* Charles de Montsauluin , comte de Montai, né en 1620, lieutenant général des armées du Roi en 1676, mort en 1690.
2 Marie-Madeleine-Thérèse-Geneviève de Monchy, dame d'Hocquincourt, mariée cette même année 1 695 à M. le marquis Antoine de Feuquières ; morte en 1 737 dans le monastère de Port-Royal , à l'âge de soixante-huit ans.
3 « On résolut de tenter le siège de Nieuport, dont on savoit que « la garnison étoit foihle. On marcha vers cette place ( on prit même
les ennemis y avoient l'ait entrer des trouppes , et que 1 on n'a pu s'emparer des escluses. J'espère que cette campagne se passera avec tranquillité ; du moins j'en ay bien envie.
Jauray soin de vous faire mander des nouvelles de M. de Feuquières s'il se passe quelque action ; car je vous sçay bon gré d'en estre inquiet.
DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIÈRES A M. GÉRARD. Au camp de Maria Oudenhoven , le 1 2 septembre 1 697 .
Je ne vous ay point escrit de cette campagne , parce qu'il ne s'est rien passé qui m'ait regardé valant la peine daller jusques à vous1. J'auray besoin, dans le commencement du mois prochain, dune
« une redoute qui faisoit la communication de cette ville avec « Dixmude ; mais apparemment qu'on ne fit pas assez de diligence ; « on se laissa prévenir par 12 bataillons, qui entrèrent dans cette « place. On se rabattit sur Dixmude et sur Deynse. » (De La Hodk , Hist. de Louis XI F,)
1 La prise d'Ath , qui eut lieu au mois de mai , fut le seul fait important de la campagne de Flandre en 1697. « Le reste delà campa- « gne , dit de La Hode , à quelques mouvements près qui ne se firent « que pour la commodité des fourrages et pour empêcher les contrite butions, on fut de part et d'autre presque aussi tranquille que si « l'on avoit cessé d'être ennemis.» — « A peine pouvoit-on reconnoître, « observe M. de Sismondi, le caractère d'une guerre qui jusqu'alors « avoit été si acharnée , dans les opérations de cette campagne aux « Pays-Bas. » Le 20 septembre, la France, l'Espagne , l'Angleterre et la Hollande signèrent la paix à Ryswick.
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somme de 1 200 livres à Paris; je vous prie d'en adresser une lettre de change à mon frère l'abbé, qui est chargé de cette affaire. C'est pour le loyer de ma maison. Ainsy , quand la lettre que vous enverriez ne seroit payable qu'à trois semaines ou un mois de vue, comme je tiens ma maison de l'hospital des Incurables, cela ne seroit pas une affaire pour eux. Bonjour, Monsieur, croyez-moy toujours tout à vous.
DE MADAME LA. MARQUISE DE FEUQUIÈRES A M. LE COMTE JULES DE FEUQUIÈRES.
A Feuquières , 1696.
J'ay reçu avec plaisir, mon cher frère, les marques de vostre souvenir. Je n'ay mandé au marquis de Flamanville i que ce que je vous ay marqué sur mes affaires , qui sont presque finies. Vous vous estiez mis en tête que je ne viendrois jamais icy : vous voyez que vous n'avez pas deviné juste. La comtesse peut vous dire que ma vivacité pour m'en aller pouvoit égaler l'empressement des femmes qui viennent à Paris. J'ay esté ravie de quitter tous mes gens d'affaires2. Je gouste avec plaisir la
1 Hervieu Bazan, marquis de Flamanville, bailli de tïotentin , marié à Agnès Mole et parent de Madame la marquise de Feuquières.
2 Madame la marquise de Feuquières s'occupait alors de la vente de la terre d'Hocquincourt, qui lui appartenait
tranquillité de la campagne, et ne pense pas qu'il y ait un Paris, .le trouve icy les promenades charmantes; j'y vais dès que le temps me le permet, et plus je les vois , plus j'y prends de goust. J'ay toujours eu beaucoup de monde; mais, quovque ce soit bonne compagnie , quelquefois je ne laisse pas de souhaitter de me trouver seule pour me promener à mon aise et pour lire, car j'a\ pris une vraie passion pour la lecture. Avec ce secours et le dégoust que mes affaires m'ont donné pour le monde, je passe mon temps très-agréablement. Voilà , mon cher frère , un long détail de mes occupations ; je vais mesme jusqu'à vous rendre compte de mes pensées.
M. vostre frère est icy depuis quelques jours. La paix a fort avancé son retour. Je voudrois que vous fussiez en lieu où elle fist le mesme effet1, je vous inviterois à venir icy, où nous serons jusqu'au mois de décembre. Mais les ratifications 2 que vous allez attendre m'ostent l'espérance de vous voir plus tost qu'à l'ordinaire.
1 M. le comte Jules de Feuquières était alors à Paris , colonel d'un régiment d'infanterie.
2 Les ratifications du traité de Ryswick. Elles furent échangées à la lin d'octobre.