‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 29 sur 50 · DE M. PERSODE DE MAIZERY A M. LE MARQUIS ISAAC · texte numérisé non relu

DE M. PERSODE DE MAIZERY A M. LE MARQUIS ISAAC

A Francfort, le 19 août 4673.

Monseigneur, j'envoye aujourd'huy une assez grande dépesche de la cour que Monseigneur de

avaient eu tort de compter sur les bonnes dispositions de l'évéque de Wurtzbourg, qui n'étaient qu'apparentes .

Pomponne m'a addressée pour M. de Bidal à Hambourg. Je ne double point qu'il n'y ait quelques lettres dans ce pacquet pour Vostre Excellence. Je prends en mesme temps l'occasion de dire à Vostre Excellence que M. de Turenne eust hier son pont achevé sur le Mayn, entre Séligstadt et Achaffembourg, que ce prince a déjà fait passer le chevalier d'Humières avec trois régiments de cavallerie en delà de ce fleuve, et qu'il y fait marcher cejourd'huy l'avant-garde de son armée avec une partie du canon et du bagage. J'eus avant-hier l'honneur de recevoir les visites de MM. les comtes de Guiche et de Louvigny , qui furent ravis de trouver le portraist de Monseigneur le duc leur père ' dans votre chambre bleue 2 . Je reçois tous les jours grandes caresses de tous les officiers de l'armée de M. de Turenne, qui viennent voir cette ville, où MM. les magistrats sont fort doux et ont permis, à ma demande au nom du Roy, qu'il y passast deux cents maistres, en quatre bandes, pour poursuivre des déserteurs de l'armée , qui , sous des officiers lorrains , passent à l'armée impériale, laquelle est aux environs d'Egre, où le rendez-vous général se doit tenir le 24 de ce

1 M. le maréchal duc de Gramont. Il avait été envoyé à la diète de Francfort en 1658.

2 La chambre que M. le marquis Isaac deFeuquières avait occupée lorsqu'il passa à Francfort pour se rendre en Suède.

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mois ; et Ton verra si l'Empereur fera descendre son armée vers le Rhin , car le bruit est par toutte l'Allemagne que cela se fera, quoyque je n'y acijouste point de foy, voyant le Rhin si bien garny, et que le Roy, qui y a trois ponts entre Rasle et Cologne, se tient avec sa cour à Nancy. M. de Vaubrun est, avec 10 000 hommes, à Philipsbourg où il a son pont, et M. de Fonville, proche d'Andernach ; ils doibvent joindre M. de Turenne en cas de besoin , et M. de Navailles est entre les frontières de T Alsace et de la Bourgogne, il n'y a que les armées navalles sous M. le prince Rupert { qui ne font pas ce qu'on espéroit d'elles; le temps se passe pour agir en mer dans la fin de ce mois. Ma petite famille se porte le mieux du monde et prie Dieu incessamment pour la prospérité de Vostre Excellence. Tout iroit au mieux pour le chef si la résidence étoit un jour récompensée de quelque pension pour en supporter les frais sans y mettre du sien , ce qu'il faut attendre avec patience de la grâce de vos recommandations, puisque je seray toutte ma vie, avec respect et zèle , Monseigneur, de Vostre Excellence le plus humble, plus obéissant et très-obligé serviteur,

Persode de Maizery.

1 11 avait succédé au duc d'York dans la charge d'amiral d'Angleterre.

DE M. LE MARQUIS ARNAULD DE POMPONNE A M. LE MAR- QUIS ISAAC DE FEUQU1ÈRES. *

A Nancy, le 23 août 1673.

Vous verrez, Monsieur, par la lettre du Roy quel est le sujet pour lequel S. M. a jugé de son service de vous dépescher ce courrier. Elle vous dira tant de choses sur les nouvelles publiques que je n'ay rien à y adjouster.

Je puis vous en dire de vostre famille, au moins de la partie que vous en avez en ce pays. Madame d'Orthe1 et Madame de Villeroy2 sont venues faire leur cour en cette ville et sont en fort bonne santé. Tous vos enfants y sont de mesme, c'est ce que je vous en puis dire, et l'Abbé est avec Faisné 3 à Utrecht. Pour ma famille, il en est de mesme, Dieu mercy, et sur les nouvelles que j'ay de Paris et de Port-Royal, où mon père4 est retourné, j'apprends que tout s'y porte bien.

J'ay acheté l'hostel de l'Hospital, c'est-à-dire que j'en suis un peu plus mal dans mes affaires, qui ne

1 Madeleine de Feuquières, sœur d'Isaac, épouse de Louis, baron d'Orthe; morte en 1681.

2 Jeanne de Feuquières, sœur d'Isaac, mariée en secondes noces à Jean de Montmorency, marquis de Villeroi; morte en 1695.

3 M. le marquis Antoine de Pas.

4 Arnauld d'Andilly.

sont bonnes que par l'espérance que le Roy aura la bonté de les rendre moins mauvaises.

Je vous ay desjà mandé l'eschange de département que j'ay fait avec M. de Louvois, qui m'a bien moins regardé que M. Colbert, qui y perd les fortifications d'Alsace et de Lorraine. J'ay conservé les Trois-Éveschés *j je crois que vous auriez esté fasché de m' avoir perdu.

DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS ISAAC

A Erfurt, le °25 août 1673.

Je me suis donné l'honneur de mander de Ratisbonne à Vostre Excellence que j'y avois trouvé des ordres de me rendre à l'assemblée qui se forme à Mulhausen de quelques cercles de l'Empire. MM. les députés de Ratisbonne m'assurèrent que cette assemblée se commenceroit le 22 du courant, ce qui m'obligea à passer icy le plus viste que je pus ; mais j'appris, en y arrivant, qu'il n'y avoit encore personne à Mulhausen , quoyqu'on y attendist tous les jours les députés qui dévoient y venir, et qui y avoient desjà tous arresté des logemens. Je pris là-dessus le party de ne point passer outre,

1 Metz , Toul et Verdun. M. de Feuquières était gouverneur de cette dernière ville.

mais d'attendre en cette ville que lesdits députes ou du moins la pluspart y fussent arrivés. J'y envoyay cependant un de mes gens, et pour m'y retenir un quartier et pour m'advertir de ce qui s'y feroit. J'apprends, par une lettre que je viens d'en recevoir, que lesdits députés s'y sont rendus pendant cette semaine, les uns après les autres, que M. le baron de Gbersdorff, qui est le directeur de l'assemblée au nom de M. l'électeur de Saxe , y est arrivé hier, et qu'il n'attend plus qu'après la venue du comte d'OEtingen, qui y sera de la part de l'Empereur, pour faire sa proposition. Il n'aura pas attendu longtemps, puisque ledit comte passa par icy bier la nuict en poste pour s'y rendre. Je fais estât de m'y en aller aussy demain. Je me donneray l'bonneur d'advertir Vostre Excellence de ce qui y viendra à ma connoissance. Vous aurez vu par mes précédentes quel langage on continue de parler à la cour de Mayence : on veut y estre tiède et ne faire ni bien ni mal ; il faudra voir combien cela durera. Il paroist, par la dernière dépescbe que j'ay reçue icy de la cour, qu'on y est assez satisfait de la déclaration que M. l'Électeur a donnée à M. le marquis d'Arcy et a moy de ne vouloir pas s'esloignerdes intérests et de l'amitié du Roy, quoyqu'il n'ait pas voulu entrer dans la garantie réciproque qui luy a esté proposée pour obliger l'Empereur à ne point envoyer des trouppes au secours des Hol-

landois , moyennant quoy le Roy seroit convié de rappeler aussy les siennes hors de F Empire. Je ne scais si les choses demeureront en cet estat-là au

cas que les trouppes impériales sortent de la Bohême et que les nostres enferment de tous costés , comme on y sera obligé, l'archevesché de Mayence. On commence d'estre assez persuadé par toute T Allemagne des forces que les Suédois ont présentement prêtes à marcher ; mais la pluspart du monde doute extrêmement qu'elles agissent en nostre faveur. Il n'est peut-estre pas désadvantageux que Ton en ait celte opinion , pourvu seulement que l'expérience nous fasse voir qu'elle n'est pas bien fondée. Je suis avec tout le zèle possible le très-humble et très-obéissant serviteur de Vostre Excellence,

l'abbé de Gravelle.

P. S. Je n'ay pu apprendre en mon passage que le colonel Kilmanseck ait esté ni à Nuremberg ni à Bamberg pour le sujet que j'ay marqué en ma précédente.

DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A M. LE MAR- QUIS ARNAULD DE POMPONNE. *

A Elsimhourg , le 28 août 1673.

Le roy de Suède est party ce matin et m'a fait dire que je pouvois faire aisément en un jour ce qu'il faisoit en deux pour aller à Malmoé et que je lui ferois plaisir de voir cette place. C'est à quoy je me divertiray.

Les trouppes que je vois icy sont belles et, ce qui me surprend, la cavalerie est bien montée. Ce petit voyage me coustera quelque chose; mais, en vérité, il estoit nécessaire. Espérons qu'il sera à propos que j^n fasse quelques autres; autrement le séjour d'un ambassadeur est bien inutile à Stockholm.

Feuquières.

DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES

A Dresde , le. 1er septembre 1673.

Monseigneur , j'ay reçu celle dont il a plu à Vostre Excellence de m'honorer du 5 du passé , par laquelle j'apprends son despart pour Schaune.

M. rélecteur de Saxe revint icy d'Egre avanthier; il ne fit que disner et repartit aussitost pour

aller visiter quelques forteresses qu'il a icy autour ; il en doit estre de retour demain, et je fais estât de le voir dimanche prochain. Cependant je ne sçais que trop qu'il s'est entièrement engagé dans le parti de l'Empereur, auquel il doit fournir dans un mois au plus tard deux mille hommes et un autre corps de dix mille dans trois mois. Il n'y a point de doute que cet engagement ne soit directement contraire aux traittés qu'il a conclus avec la France et avec la Suède, et aux dernières déclarations qu'il nous a données. M. Puffendorf , qui l'a vu à Egre avant qu'il signât aucune chose, le luy a bien sçu remonstrer; mais il n'a pu le destourner de faire ce mauvais pas, ni obliger non plus l'Empereur de retenir ses troupes en Bohême, moyennant quoy il offroit de s'employer pour négocier une suspension d'armes dans l'Empire. Je veux croire que la Suède, voyant ses offres rejeltées et M. l'électeur de Saxe, l'un de ses principaux alliés en Allemagne, n'avoir aucun esgard aux liaisons qu'il a avec elle, prendra d'autres mesures et s'appliquera enfin pour l'exécution de nostre traitté de Stockholm. L'occasion est belle pour prendre des quartiers chez ceux qui veulent de gayeté de cœur rompre la paix de Westphalie.

M. l'évesque de Bamberg, MM. les marquis de Bareith et d'Anspach , qui estoient aussy à Egre , ayant requis de leur chef l'Empereur de leur accor-

der un secours de 4 000 chevaux pour joindre aux troupes du cercle de Franconie, Sa Majesté Impériale a destaché pour ce sujet le général Sporch avec ce mesme nombre de troupes ; sur quoy il est à observer que ces trois princes n'ont parlé nonseulement que de leur chef, mais aussy que ledit sieur évesque de Bamberg s'est laissé entendre qu'ils n'en avoient pas commission dudit cercle; il est probable qu'ils n'ont considéré en cela que leur intérest particulier pour mettre leur propre territoire à couvert. Il est à craindre cependant que cet exemple ne donne occasion aux députés qui sont à l'assemblée de Mulhausen de prendre quelque résolution de mesme nature. Je suis avec respect, Monseigneur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,

Chassan.

DE MADAME LA MARQUISE DE SA1NT-CHAMOND A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.

A Pau , le S septembre 1673.

Vous avez raison , mon cher frère , de dire qu'il n'est pas raisonnable que nous soyons plus paresseux à nous escrire parce que nous sommes plus esloignés : ressouvenez-vous de cette réflexion pour vous corriger de vos fautes, et je commenceray dès

aujourd'huy à réparer les miennes en vous donnant de mes nouvelles et en continuant, pour le moins, tous les quinze jours. Je vais vous en dire une qui vous surprendra sans doute , c'est l'arrivée de M. le maréchal d'Àlbret ' en cette ville un des jours de cette semaine. Il vient descendre au chasteau , où, à l'heure qu'il est, je luy fais tendre un appartement. M. de Toulongeon le recevra sans doute honorablement et magnifiquement.

Maintenant je vous diray une chose vraye, qui est que mon frère2 souhaitte fort la paix et de passer doucement sa vie ; il est pourtant toujours fort engoué de Paris et délaisse fort Séméac, où je me plairois beaucoup s'il n'estoit si esloigné de tout ce qui peut me donner quelque consolation. Cachée ainsy, puis-je jamais espérer la satisfaction de vous voir, si ce n'est peut-estre une fois en la vie et pour une passade ? Vous voyez par là

i Charles Phcebus d'Albret , de la maison des rois de Navarre , maréchal de France en 1653, mort en 1676.

- M. le maréchal de Gramont commençait à sentir le besoin de se retirer de la cour, où il avait si longtemps vécu. Pourtant en cette même année !6T3, Madame de Scudéri écrivait au comte deBussy- Rabutin : « Le maréchal de Gramont est plus galant mille fois que nos a jeunes gens : cela me fait voir que ce qui s'en va vaut mieux que ce « qui vient. » Ce ne fut qu'en 1677 qu'il quitta tout à fait la cour où sa vieillesse l'avait rendu presque à charge : il se retira dans son gouvernement de Réarn , voulant , dit-il dans ses Mémoires , mettre un intervalle entre la vie et la mort, et mourut en 1678, âgé de 74 ans.

qu'il vaudroit autant s'enterrer toute vive. Cependant je ne vois point de fin à mon exil ; il est vray que je n'en importune personne.

Je suis toujours icy dans une très-méchante santé; j'ay des vapeurs que je n'avois eues de ma vie, et je ne doute point que cet air ne soit de beaucoup trop vif pour moy. Vostre fille y a quelquefois des fluxions sur les yeux; du reste elle se porte bien. Madame de Rébenac est depuis un mois chez son oncle, où elle s1 ennuyé un peu ; mais j'aime mieux que cela soit que si elle estoit sortie d'auprès de luy par son consentement, et quoy que Ton m'ait dit de sa part pour la faire revenir, je n'ay point voulu agir que comme je sçais que l'on doit prendre cet homme, qui me promit hier de me l'envoyer, pour qu'elle soit icy à l'arrivée de M. le maréchal d'Albret ; je voudrois que ce fust la vostre, mais il faut croire que Dieu fait tout pour le mieux ; je le supplie de vous conserver et tous vos enfans. J'ay bien peur pour ceux qui sont en mer. Vous sçavez, je crois, que ma sœur est à Saint- Ausony.

DE LA MEME AU MEME

Le dernier courrier me pressa si fort d'achever ma lettre que je ne pus vous respondre sur la demande de deux mille livres que vous a prié de me faire

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Madame la Maréchale { . Je le feray présentement en vous disant, mon cher frère, qu'il ne me peut arriver une plus grande joye que celle de la pouvoir obliger et servir. Non-seulement je luy offre ces deux mille livres, mais si j'avois esté à Paris, je lui aurois offert mes pierreries et ma vaisselle d'argent. Je me ressouviens très-bien qu'elle m'en a preste autresfois, que je luy ay bien rendu, il est vray, mais je ne puis oublier cette obligation. Je suis pourtant trèssurprise qu'elle ait bien voulu qu'on touchât au seul fonds que j'aye au monde. Pour le revenu, l'argent de ma cassette et mes bardes, à la bonne heure, cela se peut demander ; mais toucher à mon fonds, il me semble que ce devroit estre chose sacrée. Àinsy, mon cher frère, voyez, je vous supplie, que cela se puisse bientost remplacer, et que je puisse voir cette somme de quarante six mille escus en un lieu où elle me donne en conscience de quoy vivre. Si, pour faire un compte rond de deux mille cinq cents livres de rente, il falloit vous faire tenir quatre mille livres, je le pourrois faire sans incommodité; car l'on me doit deux mille livres à Saint-Chamond à la fin de ce mois, et je pourrois vous en envoyer deux autres mille , puisque l'on me doit plus que cela. Je vous advoue que j'ay une fort grande im-

4 Madame la maréchale de Gramont , belle-sœur de Madame de Saint-Chamond.

patience cle sçavoir mon bien estably et d'avoir réglé mes comptes.

Je reçois présentement vostre lettre du 19; mais il me semble que vous ne recevez point bien touttes les miennes. Gela me fascheroit plus que je ne seaurois vous dire; mandez-moy si c'est que l'adresse ne seroit pas bonne. Il faut bien qu'il y ait un paquet de perdu , puisque vous ne me faittes point mention d'une lettre que je vous ay envoyée de M. de Saint-Laurent qui doit bientost partir pour vous aller trouver. Adieu.

DE MADEMOISELLE CATHERINE DE PAS DE FEUQUIERES A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.

A Pau, le 5 septembre 1673.

Nous sommes arrivées depuis quinze jours en ce pays , mon cher papa, et M. le Comte1 a ouvert les Estats il y a huit jours; il se porte fort bien. Ma tante est aussy mieux qu'elle n'estoit. Je reçus une de vos lettres il n'y a pas longtemps, par où je vois que mon frère Jules est avec vous; j'en suis fort aise, mon cher papa, car je craignois qu'il n'y eus! personne de mes frères. Ma sœur n'est point encore icy, et elle n'y viendroit pas sans ma tante qui en a

1 M. le comte de Toulongeon.

prié M. le Sénéchal; c'est l'homme le plus extraordinaire qu'on ait jamais vu. Adieu, mon cher papa ; je vous prie de vous souvenir un peu de moy. Marton vous assure de ses respects.

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