‹ Lettres inédites des FeuquièresChapitre 31 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

DE MADAME DE POMPONNE A M. LE MARQUIS 1SAAC DE FEUQUIÈRES

A Paris, septembre 1673.

J'ay reçu , Monsieur, la lettre que vous m'avez escrite à Elsimbourg le 28 aoust. Je croyois vous avoir mandé la distribution que j'ay faite de vostre argent, et en vous disant que j'ay touché la demiannée, je vous donnois à entendre que les deux mois dont vous m'avez parlé y étoient compris ; car sans cela l'ordonnance n'estoit que de quatre mois.

Voilà une lettre de M. Cour tin qui ne sçavoit pas que son homme avoit reçu \ 000 fî\; il faudra l'achever de payer à la fin de l'année. Il y a encore 2 666 livres ; après cela, vous aurez un marchand de rubans et un passementier à payer, qui font encore 1 000 livres ; je renverray ces Messieurs à M. Fromont, à la fin de l'année, lorsque vous aurez renvoyé une procuration nouvelle.

Tous vos enfants se portent bien, nous en avons de tous des nouvelles toutes les semaines. Geluy qui est sur mer a escrit depuis peu ; il est fort en peine, car depuis qu'il est party, il n'a eu nulle nouvelle de personne : il faut que les lettres aient été perdues.

Mandez-moy un peu si vous ferez bien du ravage et quand vous commencerez, car il me semble qu'il

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est temps que vous fassiez vostre devoir ; tout le monde se remue assez pour que vous en fassiez autant, et nous vous attendons avec impatience; je ne crois pas que nous revoyions M. de Pomponne avant Noël ; je commence à m'en fort ennuyer, car d'estre toujours seule cela n'est pas plaisant.

Je crains que la poste ne parte ; c'est pourquoy vous n'aurez que cela pour cette fois. Je ne vois pas que la paix s'advance fort.

DE M. L'ABBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQUIS ISAAC

A Mulhausen , le 5 septembre 1673.

J'ay reçu la lettre que Vostre Excellence m'a fait l'honneur de m'escrire du 5 du passé , dont je luy rends très-humbles grâces. 11 est vray que M. l'électeur de Trêves aura tout le temps de se repentir de s'estre si fort précipité à prendre part aux grandes affaires. Il en a desjà assez de suject présentement ;, ainsy que vous le sçaurez par la connoissance qu'on vous donne d'ailleurs de ce qui se passe en ces quartiers-là. 11 est à croire qu'il sera bientost quitte de nos trouppes, puisque nous venons d'apprendre icy que les Impériaux sont en marche et qu'ils sont mesme desjà entrés dans l'Empire. M. de Turenne

2Lik LETTRES INÉDITES

ne tardera pas sans doute à leur aller au-devant, et je pense qu'en ce cas-là il sera suivy et soutenu de la cavallerie qui est dans l'archevesché de Trêves.

MM. de Bamberg ont eu icy advis par des exprès que lesdits Impériaux pilloient desjà leurs villages et leurs églises le \ cr du courant. On dit que le général Sporch prend le devant avec un corps de huit mille chevaux, et que M. de Montécucully le suit avec le reste de l'armée, qu'il commande, diton, avec un pouvoir fort absolu. Voilà ce qu'on sçait icy de celte affaire, que je quitte pour vous parler de celles de cette assemblée-cy.

Vous aurez vu par la lettre que je me suis donné l'honneur de vous escrire d'Erfurt que je m'en venois en cette ville ; j'y suis arrivé le 27 du passé. J'y trouvay desjà la pluspart des députés qui dévoient former cette assemblée, laquelle est ou plustost sera composée des trois cercles des deux Saxes et de Franconie. On disoit qu'on y en attendoit du roy de Danemark et de M. l'électeur de Trêves , mais ils ne paroissent pas.

Les ministres des deux premiers cercles ont disputé longtemps sur les préliminaires , sur lesquels s' estant enfin accordés, ils sont entrés depuis deux ou trois jours en matière. Le suject de leur consultation, à ce que j'apprends, est de régler quelques points qui sont demeurés indécis dans l'assemblée qui s'est tenue des deux mesmes cercles à Qued-

lirnbourg au commencement de cette année. Dès qu'ils seront d'accord entre eux j et non auparavant , les députés du cercle de Franconie seront admis à leurs conférences. Ils ne laissent pas cependant de se voir et de préparer les matières entre eux dans les visites qu'ils s'enlre-donnent. Il semble néantmoins que cette assemblée-cy ne prendra véritablement sa forme que lorsque lesdits trois cercles traitteront ensemble.

J'ay présenté, il y a deux jours, ma lettre de créance au directeur de ladite assemblée, qui est le député de M. l'électeur de Saxe, et j'ay ensuite fait notifier mon arrivée à tous ceux quy se trouvaient icy, dont quelques-uns ont desjà commencé à me donner la visite. Mais pour ma lettre de créance, on m'a fait dire quelle ne sera ouverte que lorsque les trois cercles seront assemblés.

M. le comte d'OEtingen, envoyé de l'Empereur, attend jusqu'à ce temps-là à faire sa proposition à ladite assemblée, et moy de mesme ; je me donneray l'honneur d'informer Vostre Excellence de ce qui se passera dans la suite. Je suis cependant avec tout le zèle possible son très-humble et très-obéissant serviteur,

l'abbé de Gravelle.

DE M. DE VERJUS * A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEU QUI ÈRES

A Berlin , le 6 septembre 1673.

Je suis bien aise, Monsieur, que vous soyez à la cour de Suède ; car j'espère que cela ne contribuera pas peu à y faire désormais prendre de bonnes résolutions, qui sont en vérité beaucoup plus nécessaires pour la réputation des Suédois que pour nostre secours. Beaucoup de gens regardent ce qui se passera de ce costé-là. Cependant, en ces sortes de choses, c'est un avantage d'aller viste : on trouve les gens engagés et les mesures prises quand on se déclare trop tard, et tel qui n'ose pas prendre un parti, s'il en voit un autre déclaré, s'y abandonne aisément parce qu'il ne voit rien au contraire. Vous verrez, Monsieur, la réponse que vous fera M. de Podwels sur le sujet dont vous luy avez écrit. J'en écrirois à son prince dès demain si je n'estois obligé, pour plusieurs considérations, d'attendre auparavant le retour de son premier ministre, qui est allé à nostre cour, d'où il reviendra bientost. Aussitost après , je feray là-dessus tout ce qui me sera possible.

' M. de Verjus, résident de France à Berlin.

Je ne m'étonne pas, Monsieur, du malin artifice de nos ennemis , que vous avez découvert ; car tous les jours j'en vois de nouveaux , et entre autres sur la mesme affaire, pour persuader que les Suédois nous abandonnent, qu'ils ont sous main de grandes intelligences avec nos ennemis et agissent de concert avec eux. Toute l'Allemagne est tous les jours pleine de nouveaux bruits sur ce sujet.

Je diray à M. d'Espence et à M. de Groseq ce que vous me mandez pour eux, et à M. le prince de Soultzbach , qui est encore en cette cour, ce que vous m'écrivez pour luy. Ils sont tous à Postdam , où je fus hier faire un tour. J'y trouvay S. A. E. mieux de sa goutte , d'ailleurs en fort bonne santé. Il réforme quelques-unes de ses troupes, mais il ne licencie que les officiers, et retient tous les soldats, qu'il met dans d'autres compagnies ou dans d'autres régimens.

Enfin, puisque l'Empereur l'a voulu, voici toute l'Allemagne en guerre. On dit que l'électeur de Saxe luy envoie trois régimens. Nous aurons bientost quelques nouvelles de ce costé-là, d'où je n'en ay point reçu par le dernier ordinaire. Bien des princes regardent ce que feront les Suédois, et il s'en trouve qui suivroient le mesme chemin, .le crois aussi que la paix de Hollande se fera, et MM. nos Plénipotentiaires m'en tesmoignent grande espérance ; on pourroit en assurer davantage si les

Espagnols n1 employaient pas tant d'artifices pour l'empescher. Voilà tout ce que je puis dite pour cette fois bien à la hasle à Vostre Excellence, si ce n'est quej'ay à lui renouveller les protestations du respect sincère avec lequel je suis, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

Verjus.

DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS DE FEUQUIÈRES

A Dresde, le 8 septembre 1673.

Monseigneur , Vostre Excellence aura vu par la précédente que je me suis donné l'honneur de luy escrire , les engagements que M. l'électeur de Saxe avoit faits avec l'Empereur à Egre. Lorsque je luy en ay demandé l'explication , je n'en ay pu tirer d'autre esclaircissement, si ce n'est qu'il n'avoit rien traitté que pour la deffense de l'Empire , à quoy il se trouvoit obligé comme Électeur. Les plaintes de M. l'électeur de Trêves n'ont pas peu contribué à le faire entrer dans ces nouvelles liaisons. J'observe toutefois qu'ils ne sçavent où ils en sont touchant les levées ; il ne vient aucune remise pour ce sujet, et jusques icy ce ne sont que projets sur le papier.

L'on se flatte tousjours que les Suédois, estant médiateurs, ne se mesleront point du tout dans la

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présente guerre , à quoy le ministre de l'Empereur qui réside icy adjouste que s'ils l'entreprennent, le roy de Danemark attaquera aussytost.

L'Empereur estoit arrivé à Prague samedy dernier; il en devoit partir aujourd'huy ou demain pour retourner à Vienne. Son armée estoit dès le 31 du passé à quatre lieues de Nuremberg.

Je viens de recevoir tout présentement celle que Vostre Excellence m'a fait l'honneur de m'escrire d'Elsimbourg , du 28 du passé, par laquelle j'ay appris avec bien de la joye que la Suède se détermine enfin à mettre la main à l'œuvre : l'occasion est belle et cette couronne pourra profiter de la conjoncture. Je suis avec respect, Monseigneur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-obéissant

serviteur,

Chassan.

DE M. DE FEUQiriÈRES A M. DE POMPONNE. *

AMalmoë, le 7 septembre 1673.

Je n'ay pas mal fait, Monsieur, de venir icy, puisque aussy bien il me l'auroit fallu faire. I Vous me devez les gants de l'hostel de l'Hospital, car j'en ay eu la première pensée; mais je croyois que vous auriez vendu le vostre auparavant, ou au moins que vous l'auriez très-bien loué. Savez-vous bien que j'ay peur, avec tous vos honneurs, que

vous ne tombiez dans ma maladie? Et si cela arrive au lieu où vous estes, elle seroit incurable.

Vostre dernier billet m'assure du bon estât de nos familles jusques à peu près ce temps -là. Il y a encore un combat naval tout nouveau, à ce qu'on dit à Copenhague. Mais , tant que le bonhomme 1 priera Dieu pour nous, il ne tombera pas un poil de nos testes; pourvu qu'il vive, nous serons tous riches. Travaille-t-il tousjours de même? Et à Angers, comment se porte-t-on 2 ?

Je ne crois pas du devoir de l'ambassadeur de mander les nouvelles comiques; c'est pourquoy je n'ay rien dit d'un scandale qui est arrivé, où le comte Lili, colonel des gardes, a part d'un costé et une fille brune de l'autre, laquelle, par scrupule et par respect, je ne nommerai pas autrement. 11 y a eu d'autres aventures, et M. Courtin n'est pas si dangereux qu'on pense, puisqu'il ne lui en est point arrivé.

.l'ay envoyé commission à M. Formont pour recevoir pour moy; je crois qu'il n'en sera pas fasché, car l'argent n'use jamais les doigts de ces Messieurslà. Pensez à M. Colbert pour le remercier des premiers six mois; mais, ma foy, j'ay bien besoin d'une autre petite complaisance pour cette caravane. J'ay

1 Arnauld d'Andilly, retiré à Port-Royal.

2 A Angers vivaient alors l'abbé de Saint- Nicolas, évêque d'Angers, et l'abbé Arnauld, dont l'un était oncle et l'autre frère de M. de Pomponne.

promis au Roy que je ne mettrois point d'argent en rente, et il m'a dit que je le servirois bien. Je souhaite que Sa Majesté rencontre aussi juste que moy et que cela se connoisse ex operibus.

Tous ceux qui ont esté à Copenhague ont esté régalés par M. de Terlon, qui fait admirablement bien rhonneur de la France. Je luy ay envoyé mon secrétaire, tant pour apprendre des nouvelles que pour luy faire connoistre ce qu'il devoit dire aux Danois pour ne me pas traverser, et cela estoit nécessaire.

Feuquières.

DE M. L A.BBÉ DE GRAVELLE A M. LE 3IARQUJS

A Mulhausen, le 12 septembre 1673.

J'av reçu la lettre que Vostre Excellence m'a fait Thonneur de nVescrire du 28 juillet. J'ay esté bien aise, Monsieur, de voir par vostre dernière lettre que la prétendue résolution du sénat de Suède, du 14 juin, étoit une chimère inventée par ceux qui voudroient sans doute que les choses fussent ainsy; ces mesmes gens-là publient encore en ces quartiers-cy et ailleurs, que Messieurs les Suédois n'attendent qu'un peu plus d'engagement des trouppes impériales avec les nostres, pour se déclarer en leur faveur. Vostre Excellence ménage trop bien les intérests du Roy à la cour où elle est, et

d'ailleurs ces Messieurs les Suédois cognoissent trop leur propre intérest pour qu'ils ne prennent pas le contre-pied de ce qu'on publie qu'ils veulent faire. Messieurs les ambassadeurs extraordinaires me mandent aussy de Cologne que Messieurs les médiateurs paraissent fort scandalisés de la conduite que tiennent les ambassadeurs de Hollande, et qu'ils assurent que le Roy leur maistre exécutera le dernier traitté qu'il a fait avec nous.

Les cercles des deux Saxes ayant finy ou du moins fort advancé les points sur lesquels ils délibéraient entre eux, ont enfin admis celuy de Franconie à leurs conférences , et ainsy voilà cette assemblée complette. Comme je n'attendois qu'après cela pour y exposer ma commission, je le fis hier aux termes dont vous serez, Monsieur, bientôt informé. Le Roy m'ordonne de plus, par une grande despesche que je reçus dimanche passé de Sa Majesté, de faire cognoistre à la mesme assemblée les raisons qui l'ont porté à se rendre maistre de la ville de Trêves et à prendre sous sa protection royale les dix villes impérialles d'Alsace, en y mettant garnison jusqu'à la fin des troubles qui s'excitent aujourd'huy en Allemagne , ce que j'exécuteray au premier jour, Sa Majesté ne me commandant de m'expliquer là-dessus de sa part que lorsque ces deux affaires commenceront à faire du bruit dans cette assemblée.

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Monsieur l'envoyé de l'Empereur a fait aussy ce matin sa proposition à la mesme assemblée. J'espère que j'auray lieu de vous mander, par le premier ordinaire, en quoy elle consistera.

Tout ce que nous sçavons icy de la marche des Impériaux est qu'ils estoient dans le territoire de Nuremberg le 6 de ce mois, et qu'on avoit peu de cognoissance du dessein de leur marche, les uns disant qu'ils alloient droit au Danube pour passer par la Souabe en Bourgogne, les autres qu'il n'y avoit que Sporch, avec un corps de cavalerie, qui prendroit cette route pour tirer après luy M. deTurenne et donner lieu, parla, au reste de l'armée impériale de gagner le pont de Coblenlz; d'autres, que Montécuculli, qui ne prétendoit pas en venir aux mains avec les nostres, n'avoit autre dessein que de se poster advantageusement près de Nuremberg, où il luv seroit aisé de faire subsister son armée et attendre la déclaration de cette assemblée-cy en leur faveur, et de plusieurs autres Estats de l'Empire dont ils ne prétendent pas moins que de faire déclarer le Roy ennemy. Ils espèrent que la conduite de nos armées, dans l'électorat de Trêves et en Alsace, contribuera beaucoup à leur faire obtenir le but où ils visent. Les choses néantmoins pourroient bien ne pas réussir tout à fait comme ils se le promettent. ,1e suis, cependant, très-humble et très-obéissant serviteur de Vostre Excellence ,

l'abbé de Gravelle.

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