DE M. DE SAINT-ROMAIN A M. LE MARQUIS ISAAC
A Soleure, le 14 septembre 1673.
Je vois bien, Monsieur, par vostre lettre du 5 que l'armée autrichienne , mercenaire de la Hollande, toute grande et nombreuse qu'elle se fait, ne remplir apas T attente ni Y espérance des Provinces-Unies et qu'elle ne fera guère plus pour elles cette année que la précédente. Cependant j'attendray vos premières lettres et les suivantes avec grande impatience.
On a convoqué, en Suisse, une diète au M pour la défense et la sûreté du pays, et je partiray demain pour me rendre à Bade, où elle se tiendra. Le bruit est tousjours grand icy que le général Gaplière viendra en Brisgaw, pour passer de là en Alsace ou en Franche-Comté , s'il luy est possible. Les gazettes de la haute Allemagne font aller les troupes de l'Empereur, tant de l'armée du comte de Montécuculli et du corps de Caplière que de celuy qui est demeuré en Hongrie, à près de 1 00 000 hommes, et cela donne un juste sujet aux Suisses de s'assembler pour donner les ordres nécessaires à la conservation et à la défense de leur patrie. Tenez-moy, Monsieur, en vos bonnes grâces, et croyez, s'il vous plaist, que je suis tousjours entièrement à vous,
Saint-Romain.
DE M. COLBERT DE CROISSE, AMBASSADEUR A LONDRES, A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES.
A Londres , le 15 septembre 1673.
Monsieur, ce qu'il vous a plu m'escrire de la fer« meté du roy de Suède et de la ponctualité avec laquelle il veut exécuter le traité qu'il a avec le Roy nostre maistre, m'a fort servi à désabuser cette cour des bruits contraires que les Hollandois y respandoient, et a donné bien de la joye au roy d'Angleterre et à ses ministres, auxquels j'en ay fait part; car, quoyqu'ils fussent desjà persuadés , aussy bien que moy, de la sincérité des intentions de Sa Majesté de Suède, il leur importe, dans la conjoncture présente , d'avoir de quoy convaincre ceux qui en veulent faire craindre quelque changement.
Nostre flotte est à présent à l'embouchure de la Tamise, et la saison est trop avancée pour pouvoir recommencer un quatrième combat. Ainsy, je ne doute point qu'aussitost que les Hollandois auront désarmé leurs grands vaisseaux l'on n'en fasse de mesme icy. Le dernier combat avoit excité quelque différend entre les chefs, dont les partisans d'Hollande et d'Espagne ont tasché de se prévaloir; mais la prudence du roy d'Angleterre y a mis remède en donnant le commandement général de la flotte
à M. le comte d'Ossery, ce qui va restablir une parfaite intelligence dans nostre flotte, comme elle est tousjours entre le Roy nostre maistre et Sa Majesté Britannique. Je suis tousjours fort passionnément, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
CoLBERT.
DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Dresde, le 15 septembre 1673.
"Vostre Excellence m' ayant ordonné, par sa dernière, de luy escrire en billet et sans cérémonie, je commenceray à le pratiquer aujourd'huy pour luy rendre compte que F Empereur, voulant faciliter à M. Félecteur de Saxe l'envoy du premier secours de 2 000 hommes, a fait remettre icy une somme de 30 000 risdales , et , affin qu'elle ne soit pas divertie à d'autres usages, son ministre a desclaré en mesme temps qu'il ne la deslivreroit point que ledit secours ne fût en estât de marcher, si bien que, pour en haster le payement, M. l'Electeur, qui sembloit jusques icy ne se vouloir pas presser, est allé hier à Torgau et à Wittemberg pour choisir luymesme dans ces garnisons 1 000 fantassins qui sont destinés pour cette expédition , avec 600 chevaux
et 400 dragons. Cependant le cercle de la basse Saxe s'est déclaré par ses députés à l'assemblée de Mulhausen qu'il n'assistera point du tout les autres cercles qui joindront des troupes à l'armée impériale. Tout cela ne rebute pas, toutefois, M. l'électeur de Saxe, et il se met en estât, comme je viens de dire , d'exécuter ce qu'il a promis.
Le comte de Sternberg, qui va de la part de l'Empereur en Suède, passa hier par cette ville, et, après avoir disné avec Son Altesse Electorale , il continua sa route; j'ay cru en devoir donner part à Vostre Excellence, l'assurant que je suis tousjours avec respect son très-humble et très-obéissant serviteur,
Ghassan.
DE M. PERSODE DE MAIZERY A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.
A Francfort, le 19 septembre 1673.
Monseigneur, comme il ne s'est rien passé dans ce voisinage depuis que l'armée du Roy, sous Monseigneur de Turenne, s'est approchée de la ville de Wetzlar , je n'ay pas cru devoir importuner Yoslre Excellence de mes lettres; mais maintenant que l'armée de Sa Majesté est en vue de celle de l'Empereur depuis cinq jours environ, et que nostre brave général a présenté à deux diverses il. 17
fois la bataille à M. de Montécucully , il faut que mon silence cesse et que je vous donne le plaisir, Monseigneur, de voir une petite relation de ce qui s'est fait depuis le mouvement et la marche de nostre armée à la rencontre de celle de l1 Empereur, qui avoit publié partout qu'elle alloit repousser F armée de Monseigneur de Turenne en delà du Mayn et du Rhin, et avoit fait son compte d'aller faire ses bons quartiers d'hiver en Alsace, Bourgogne et Lorraine. Vous verrez, Monseigneur, jusques où leur bravoure est allée, pas plus loin qu'à Kissingen , d'où ils ne peuvent passer le Mayn ni retourner en Bohême que l'armée du Roy ne tombe sur eux, ce qui fera cognoistre en peu de jours la grande puissance de la maison d'Autriche n'eslre qu'en bravoure et non en effet; et j'espère de donner bientost des nouvelles à Vostre Excellence d'une grande victoire contre les troupes de l'Empereur si M. de Turenne les peut réduire à la nécessité de combattre, comme ce grand capitaine se le promet. Ma famille se recommande tousjours à l'honneur de vostre bienveillance, et prie Dieu pour la prospérité, santé et longue vie de Vostre Excellence. J'ay fait cognoistre à Monseigneur de Pompone et à Monseigneur de Louvois ce qu'estoient les advances que j'avois faites depuis une année en çà, pour le service du Roy , tant en ports de lettres qu'en frais faits pour les exprès et courriers extraordinaires.
L'on ne répond rien à mes remontrances : il faut faire silence et voir ce qu'il plaira au Roy de m'accorder, après qu'on aura esprouvé la fidélité de mon service et de mon zèle.
La cour est encore à Nancy, et, comme le Roy a fait renforcer l'armée de Trêves par 6 à 8 000 hommes de guerre, ceux de Coblentz appréhendent un siège. Voilà, Monseigneur, ce qui est digne de vostre curiosité. M. de Lorraine est toujours icy, en la grande maison rouge, vis-à-vis de celle de M. de Famars. On m'a voulu assurer que ce prince assiste ce pauvre affligé et qu'il luy a fait faire un accord avec ses créanciers, à perdre la moitié moyennant 40 pour cent comptant et les autres 10 pour cent à terme de trois ans, et que, pour cet effet, il faisoit ladvance de l'argent. Si cela est, c'est une trèsbonne action et cela luy fera sauver ses 20 000 escus. Dieu mercy, nous vivotions tousjours avec honneur , quoique nostre charge nous ait attiré plusieurs envieux et ennemys secrets. Que si le Roy nous faisoit payer nos advances et nous gratifioit d'une petite pension, tout iroit bien ; mais de tousjours advancer et ne rien retirer, cela met en arrière et rend triste. J'auray pourtant toute la patience possible, et me diray en tous lieux, jusques au dernier soupir de ma vie, Monseigneur, vostre plus humble, plus obéissant et plus obligé serviteur,
Persode de Maizery.
DE M. l'aBBÉ DE GRAVELLE A M. LE MARQl FS ISAAC DE FEUQUIÈRES.
A Mulhausen , le 23 septembre 1673.
Je me suis donné l'honneur de mander, par ma dernière, àVostre Excellence, que F envoyé de l'Empereur avoit fait sa proposition à cette assemblée et que j'espérois en avoir une copie; je l'ai eue, Monsieur. C'est une récrimination sanglante, plus forte et plus injurieuse qu'aucune qui ait encore paru de la part de l'Empereur. 11 y traite les escrits de mon frère à la Diettede mémoriaux scandaleux ; il dit que les ministres de la couronne de France débauchent les Électeurs et les Princes d'Allemagne, qu'ils les détournent de leurs serments et obligations envers l'Empereur et l'Empire, et d'ailleurs toutes les autres choses qui sont comprises dans les escrits présentés à laDiette et dans le mandement advocatoire, imprimés et envoyés partout. Il conclut sur tout cela à demander la jonction des troupes des trois cercles assemblés , à celles de son maistre , sur quoy il presse ces Messieurs de luy donner une prompte et favorable résolution. 11 joint à tout cela d'autres raisonnements plus efficaces. J'ay envoyé un courrier au Roy pour sçavoir si Sa Majesté trouvera à propos que je fasse une response à cette proposi-
lion ; j'espère qu'il ne tardera pas à revenir. Je vois cependant fort assidûment ces Messieurs, et ne manque pas de leur remontrer ce qui est de leur intérest, et de leur faire voir le but de l'Empereur et des Espagnols en cette expédition. Il me paroîtque la pluspart y font assez de réflexion et que j'ay lieu d'espérer que l'envoyé de l'Empereur n'obtiendra pas facilement Peffet qu'il poursuit avec tant de véhémence.
On commence à croire qu'il ne se fera rien icy avec le cercle de Franconie, qui malaisément portera les deux autres à le recevoir dans leur mission , à cause de lestât où il se trouve maintenant et qu'il a chez lui le siège de la guerre, à laquelle ils ne jugent pas à propos de prendre part. Et si cela se conclut tout à fait, ainsy qu'il semble qu'il est sur le point d'arriver, je pense que cette assemblée ne sera pas plus longue. On délibère cependant les après-midys sur la proposition de l'envoyé de l'Empereur et sur la response qu'on luy doit donner. Les nouvelles que j'ay données à l'assemblée que l'armée de l'Empereur recule devant la nostre , la fait encore , ce me semble, se presser davantage. Je suis cependant lousjours, Monsieur, le très-humble et très-obéissant serviteur de Yostre Excellence,
l'akbé ue Gravelle.
DU MEME AU MEME
A Mulhausen, le 28 septembre 1673.
J'ay mandé à Vostre Excellence, par ma dernière du 23 du courant, que les choses se disposoient icy à une séparation ; la résolution en a esté exécutée aussy subitement quelle a esté prise. Le résultat de l'assemblée a esté dressé et souscript entre les deux cercles de la haute et de la basse Saxe , et les responses de ladite assemblée à la proposition de Tenvoyé de l'Empereur et à la mienne nous furent données avant -hier, sur quoy une partie des députés se mirent en chemin pour s'en retourner, et le reste se dispose à partir aujourd'huy ou demain .
Le cercle de Franconie n'a pas été admis dans l'union des deux autres, à cause sans doute de. Testât où il se trouve aujourd'huy, embarrassé de deux puissantes armées et faisant le théâtre de la guerre. On n'a pas laissé de prendre un acte des propositions , des demandes et des offres que ledit cercle a faites, dont les deux autres se sont chargés de faire rapport à leurs maistres, et de luy en faire s( .avoir leurs résolutions , de sorte que voilà de la matière pour de nouvelles assemblées.
Le résultat de celle-ci ne porte , à ce qu'on m'a
dit, que la conclusion de quelques points qui estaient demeurés indécis dans la Diette tenue à Quedlimbourg entre les deux cercles de la haute et de la basse Saxe au commencement de cette année et d'assez peu d'importance ; aussy n'est-ce point la décision de ces points , laquelle auroit pu estre réglée dès la première session, qui a fait durer si longtemps ladite assemblée. L'intention de l'envoyé de l'Empereur et de ses adhérens estoit de porter hautement ces trois cercles à une conjonction d'armes^ et de les intéresser avec l'Empereur. Comme ils ont vu qu'ils ne pouvoient pas y réussir, ils ont pris un autre biais, qui estoit de tascher de désunir les trois cercles entre eux , croyant par cette voie oblique engager ceux des deux Saxes à prendre la protection de celuy de Franconie , ce qui auroit emporté, selon leur sens, par une conséquence comme infaillible, la conjonction desdits cercles avec l'Empereur, qu'ils auroient fait voir n'avoir aussy d'autre vue que cette mesme protection dudit cercle de Franconie ; et ils auroient obtenu leur but ; mais cet expédient ne leur a , Dieu mercy, pas mieux succédé que l'autre.
La response qu'on a donnée audit envoyé de l'Empereur est, en termes généraux, relative en quelque façon à celle quia esté donnée au comte de VVindisgratz à l'assemblée de Brunswick, et contient peu de chose de plus que ce que vous verrez dans
la copie de celle qui m'a este donnée, si ce n'est que ceux de Franconie déclarent sur la fin , pour eux en particulier, qu'ils croyent que leurs mandataires ne feront pas de difficultés de joindre leurs trouppes à celles de l'Empereur, sur ce qu'il assure qu'il n'en entre en Allemagne que pour la deffense de l'Empire , pourvu que les autres cercles fassent aussy la mesme chose. Le voisinage de l'armée impériale leur a fait sans doute adjouster cette clause qui ne paroist cependant pas d'une grande conséquence.
Je dépesche un courrier au Roy pour informer Sa Majesté de la séparation de cette assemblée et des circonstances qui l'ont accompagnée; dès qu'il sera expédié je me meltray aussy en chemin pour retourner à mon poste, où j'attendray doresnavant l'honneur des commandemens de Vostre Excellence. Je suis cependant tousjours son humble et très-obéissant serviteur,
L'ABBÉ DE Gr WELLE.
DE M. DE SAINT-ROMAIN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FELQUIERES
A Soleure, le 28 septembre 1673.
Les Suisses regardent avec grande constance ce grand mouvement et renouvellement de guerre, et font tousjours leur devoir pour la France. Ils m'ont
confirme clans leur Diette générale les bonnes résolutions de la précédente à l'esgard de la maison d'Autriche, et résolu neltement et tout d'une voix de ne donner le passage à aucune troupe pour la Franche-Comté et pour l'Alsace; et je me haste, Monsieur, de vous l'escriie , dans l'espérance que nos braves Suédois suivront ce bon exemple d'amitié et de bonne foi , et rompront avec la maison d'Autriche, qui nous attaque, comme ils s'y sont obligés par tant de traittés.
Sur l'avis qu'on a eu depuis la Diette qu'il venoit par le Tyrol quelques troupes vers le lac de Constance, les Suisses ont mis garnison à tous les passages du voisinage de Schaffouse, et s'il vient d'autres avis, on mettra d'autres troupes à tous les passages du Rhin et mesme dans les villes de Basic et Schaffouse; et, s'il en est besoin, tout le corps des troupes suisses, qui va à cinquante mille hommes de pied, s'avancera sur leur frontière. C'est, Monsieur, tout ce que j'ay à vous dire de la Suisse , qui est en bon chemin, s'il ne survient rien d'extraordinaire. Et j'attends, s'il vous plaist, des nouvelles de vos Suédois. Je sais bien que ceux que j'ay connus auroient esté ravis de l'occasion d'agrandir leurs Estats ; et qu'ils ne l'auroient pas manquée, je n'espère pas moins de ceux-ci.
Saint-Romain.
DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS 1SAAC
A Dresde, le 29 septembre 1673.
Je ne céleray point à Yostre Excellence que j'ay beaucoup d'impatience de sçavoir à quoy se détermineront enfin MM. les Suédois. Toute F Allemagne a les yeux sur eux, et les opinions y sont si partagées qu'on doute de tous costés touchant le party qu'ils embrasseront; pour moy, je me règleray tousjours sur vos advis.
Le courrier que j'avois dépesclié au Roy estant icy de retour depuis quelques jours, j'ay remonstré fortement toutes choses à M. l'électeur de Saxe, conformément aux ordres que j'ay reçus de Sa Majesté; il m'a esté respondu que ce quis'estoit traitté à Egre avec F Empereur ne concernoit que le repos de l'Empire, et que S. A. E. prétendoit demeurer en bonne amitié avec Sa Majesté; nous verrons comme elle s'y prendra. Pourvu qu'elle n'envoyé pas de troupes, tout ira bien; ce qui me fait croire qu'elle n'en a pas beaucoup d'envie, est que jusques icy il ne se fait aucune levée. Il n'est rien de si constant que M. l'électeur de Saxe se repent desjà des engagemens qu'il a pris avec l'Empereur, et qu'il désire passionnément de s'en pouvoir desbar-
rasser, jusques-là qq'il s'est laissé entendre qu'il verroit volontiers que le roy de Suède luy envoyas! promptement quelqu'un de ses ministres pour le dissuader de joindre ses troupes à l'armée impériale, affin d'avoir prétexte par là de n'exécuter pas son traitté avec l'Empereur; je m'assure que si Vostre Excellence a la bonté d'en faire quelque ouverture de delà, l'on y donnera facilement les mains, puisqu'il n'importe pas moins à la couronne de Suède qu'au Roy nostre maistre de retenir M. l'électeur de Saxe dans le bon parti. Comme ce prince a beaucoup de confiance à M. de Graffentbal, l'on juge qu'il seroit plus propre que pas un autre pour cette expédition.
Les cboses que j'escris à Vostre Excellence mériteroient bien d'estre chiffrées dans une telle conjoncture comme celle-cy ; je remets à sa volonté si elle trouveroit à propos de m'envoyer la copie de quelqu'un de ses chiffres, affin que je m'en puisse servir ; du reste, je la prie d'estre persuadée que je suis tousjoursson très-humble et très-obéissant serviteur,
Chassan.
P. S. Depuis cette lette escritte, j'ay appris que le ministre de l'Empereur avoit deslivré l'argent qu'il avoit entre les mains aux officiers qui doivent faire les levées -, elles consistent en quinze cents boni ■• mes ou environ ; ils ont pris six semaines de terme
pour les deslivrer, et M. l'Électeur s'est déclaré qu'il ne peut envoyer les deux mille hommes qu'il a promis que dans ce mesme temps, si bien que la cour de Suède aura tout le loisir de faire passer icy ledit sieur de Graffentlial avant qu'on entreprenne cette expédition ; je n'ay pas voulu différer de donner part de cela à Vostre Excellence.
DE M. PERSODE DE MAIZERY A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Francfort , le 3 octobre 1673.
Monseigneur, les Impériaux ayant fait construire un pont à Lorch commencent à descendre avec des partis pour Coblentz et pour icy. M. de Turenne se tient en ses postes qu'il a pris sur le Tauber, et maintient son pont d'Aschaffembourg, où il a logé mille chevaux, cinq cents dragons et mille hommes de pied, et qu'il fait fortifier. Une partie de son infanterie est logée dans Woertheim , Bischoffheim, Lauben et Marienthal , qu'il avoit espargnées , croyant que le bas cercle de Franconie ne prendroit point les armes contre le Roy ; mais comme ces Messieurs avec les deux évesques de Wurtzbourg et de Bamberg l'ont déçu contre leurs parolles et pro messes données , il a aussytost fait investir ces quatre villes sur le Tauber, où il a trouvé plus de cinquante mille septiers de bled et plus de cent mille
DES FEUQUIÈKES. 269
septiers d'avoine et deux mille muitls de vin qu'on ménage pour l'armée, et s'est campé à Weickheim, au delà du Tauber, à une heure de l'armée ennemie, dans l'attente qu'elle viendroit forcer une de ces places puisqu'ils se disent si braves et de plus de douze mille hommes plus forts que l'armée du Roy; mais s'ils ont refusé par deux diverses fois la bataille , ils ont encore eu la foiblesse de n'oser attaquer M. de T urémie ny aucun de ses postes; et comme ce grand général attend dans cinq à six jours un renfort de quatre mille chevaux et de six mille hommes de pied , il sera bien après en estât de les pousser hors de la Franconie et de chastier ces Messieurs du bas cercle et ces bons prélats d'avoir rompu leur neutralité si mal à propos; et maintenant Montécuculty , prévoyant ces choses, faict mine d'envoyer de grands destachements vers Coblentz et cette ville, pour obliger M. de Turenne à les fairesuivre ; mais ses ruses ne luy servirontque d'eschellons pour les faire perdre. Je fis venir avanthier un convoy de deux cents chevaux d' AschafFembourg pour conduire MM. le comte d'Oxenstiern, le baron de Bielk et autres vollontaires suédois, à l'armée de Monseigneur de Turenne. Je souhaite que la Suède se fasse bientost cognoistre nostre amie; il me semble qu'il est bientost temps. Je suis tousjours vostre plus humble serviteur ,
Persode de Maizery.