DE M. ISA VC DE FEUQIÏIEBES A M. DE POMPONNE
lie 1" novembre 1673.
Je responds, Monsieur, à vostre lettre du 9 octobre , de Laon , qui m'apprend le prochain retour du Roy à Saint-Germain, dont je me réjouis infinin. . 19
ment et vous félicite. Je voudrois bien me pouvoir rencontrer à vostre passage à Pomponne ; mais ce sera, s'il plais t à Dieu, pour une autre fois. Cependant je me contenterai d'essayer de rendre ici le service que je dois à Sa Majesté , à quoy j'aurois peut-estre plus de plaisir si je voyois ma besogne , mais j'ai les yeux crevés par les irrésolutions que vous connoissez ; je me suis assez estendu là-dessus par mes dernières. C'est-à-dire, Monsieur, on convient de la debte , on ne refuse pas de la payer ; au contraire, on dit que, quand on ne devroit pas, on ne laisseroit pas de faire plus que je ne demande , et par son propre intérest , et par reconnoissance du beau et obligeant procédé de Sa Majesté; on le promet; les ordres, à ce qu'on dit, partent ou sont déjà partis, et avec tout cela, rien ; c'est la chanson du Ricochet qui recommence à toutes les conversations. Ne vous fiez donc plus , s'il vous plaist , Monsieur, à toutes les promesses dont je ne suis que le porteur. Je ne responds seulement pas des faits qu'on m'allègue avec serment ; comme, par exemple, on me jura hier que le régiment de Schaune devoit estre embarqué; n'en croyez rien, s'il vous plaist, jusques à ce que M. de Terlon vous le mande. Son témoignage ne vous doit pas estre suspect, car on l'accuse ici d'estre fort dur à croire du bien de la Suède, et encore plus à le publier.
La disparate du Chancelier, qui sera de six semaines, n'empeschera pas que je ne le sergentepar mes lettres , et que je ne presse vivement ici le collège de guerre; nous verrons ce qui en arrivera.
Je n'ai point de nouvelle de MM. Verjus et Podwils par ce dernier ordinaire; pourvu que l'un des deux réussisse, il y aura un corps bien considérable. Et peut-estre que c'est celte vue-là qui em- * pesche Montécuculli de s'esloigner en passant vers Coblentz , comme il semble qu'il le pourroit. Mais j'en parle comme un aveugle des couleurs.
On dit que Hemsius vient ici de Hollande. La compagnie seroit forte avec Staremberg, Nugnès et Ywl , et sept ou huit sénateurs des plus forts , car tous les autres sont sans application. Néanmoins, le Chancelier, tel que Dieu l'a fait, est pourtant le maistre; et si les autres l'emportent, ce sera qu'il le voudra bien ou pour l'intérest de son ministère ou pour le sien propre.
Le roy de Suède sera de retour dans huit jours. Il témoigne tant d'impatience de \oir les chevaux que ceux qui veulent faire leur cour prennent le devant pour lui en apporter des nouvelles, non-seulement les jeunes gens, mais Jan Stimbocke , qui est un des plus empressés auprès de ce prince, avec Mimbielke. Des Nos 1 gouverne bien son affaire ; je l'ai
L'écuyer qui avait amené les chevaux donnés par Louis XIV au roi de Suède Charles XI.
fort averti de ne jamais louer la magnificence , qui paroist assez , mais seulement tous les soins que le Roy a pris qui marquent F amitié de Sa Majesté, .l'appréhende comme le feu que des discours de magnificence ne fassent naistre la volonté de faire un présent à Sa Majesté. On ne me parle pourtant plus du cuivre qui y estoit destiné.
On a découvert ici de très-beau marbre.
DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Dresde, le 3 novembre 1673.
Monseigneur, j'ay reçu celle que Vostre Excellence m'a fait l'honneur de m'escrire de Calmar du 9 dupasse, etj'ay esté bien réjoui d'apprendre qu'on est enfin disposé à la cour de Suède de se déterminer touchant la conjoncture présente. Cependant cette lenteur ne fait guère de bien aux affaires du Roy en Allemagne. M. l'électeur de Saxe poursuit insensiblement son dessein , et il a entièrement donné les mains à l'envoy des troupes qu'il a promises à l'Empereur ; le despart en est fixé pour la fin de ce mois , et ce qu'il y a de plus remarquable est que le prince son fils en doit estre le conducteur. Je suis persuadé que si la Suède avoitfait
la moindre instance, Ton n'auroitpasfaitce pas-là. Il est probable que la mesme lenteur dont je viens de parler a donné lieu aux Impériaux d'entreprendre de passer le Rhin ; il est vrai que MM. les Suédois les pourront encore obliger à revenir sur leurs pas, s'ils entrent dans les Pays héréditaires. A moins de cela, je ne vois pas que nous puissions tirer de grands avantages de leur déclaration. J'espère que Vostre Excellence ne prendra pas en mauvaise part que je luy expose mes foibles sentiments ; je continueray de luy rendre compte de ce qui se passera en ces quartiers , estant toujours avec respect , Monseigneur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Chassan.
P. S. Après avoir signé cette lettre, j'ay reçu la dernière dépêche de Vostre Excellence, datée aussy de Calmar, du 14 du passé, par laquelle j'ay appris avec bien de la joye que M. de Graffenthal alloit estre envoyé icy, ce qu'il m'a confirmé aujourd'huy luy-mesme par un billet qu'il m'a escrit , selon lequel je fais mon compte qu'il sera icy dans la semaine prochaine : Dieu veuille qu'il y soit à temps ! J'informeray Vostre Excellence du succès. Cependant je la remercie très-humblement pour le tesmoignage qu'elle veut bien rendre à Sa Majesté à mon sujet; je recevray ce bon office comme une
marque bien réelle de son affection , que je tâcheray de mériter de plus en plus par mes services.
Puisque Voslre Excellence a un double du mesme chiffre que j'ay eu avec M. Courtin, je m'en serviray dorénavant.
DE M. LE MARQUIS DE FEUQUIERES AU ROI
8 novembre 1673.
Sire , la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de recevoir de Vostre Majesté est du 20 d'octobre; elle aura vu bientost après la mienne du 9, et ensuitte plusieurs autres où je n'estois pas trop assuré de l'effet des belles paroles du Grand Chancelier, jusques à celle que j'ai escrite à M. de Pomponne, qui est plus affirmative.
Le lendemain, Sire, le mesme secrétaire duquel je faisois mention, me donna très-à propos avis, par le sieur de la Piquetière son correspondant auprès de moy, que le colonel Vandernoot avait ordre de s'embarquer avec mille hommes de pied, et ce colonel vient de me dire présentement qu'il alloit toucher de l'argent et prendre les étoffes pour habiller les soldats. Ce qu'on disoit des autres troupes continue aussi; mais je m'en remets à M. de Terlon, qui est plus proche que moy du lieu de leur embarquement.
Vostre Majesté aura déjà vu quatre de mes lettres au Chancelier; je lui en escris une cinquième, puisque le roy de Suède m'a lui-mesme indiqué ce moyen de traitter les affaires, et que je n'en ai point d'autre, le sénateur Jan Guldenstiern , qui exerce la chancellerie, n'estant guère de nos amis, et n'y ayant personne ici en la relation de qui je me puisse assurer. Dès que ce prince sera arrivé , je lui ferai en forme la réquisition de la garantie des traittés, ainsi que Vostre Majesté me le commande.
Je n'ai point, Sire , esté surpris du tour que les ambassadeurs médiateurs ont fait. Ils ont tant d'envie de réussir que, si les Hollandois y correspondoient, je craindrois fort que Vostre Majesté n'en fut pas quitte pour l'équivalent deMaëstricht, principalement si Vostre Majesté ne leur témoigne point de mécontentement de cette obmission. Je ne crois pas aussi, Sire, que l'action des armes , en vertu de quelque précédent traitté que ce puisse estre, les empesche d'exercer leur médiation le plus longtemps qu'ils pourront. Ils espéreront y mieux réussir quand ils seront en estât de s'opposer aux secours d'Allemagne ; mais outre cette raison que nous leur avons apprise, ils désirent la paix de Hollande de toute façon et soutiendront que Vostre Majesté ne la sçauroit trop payer. Il y a longtemps que je m'en suis aperçu par plusieurs discours
et conjectures dont j'ai eu l'honneur de rendre compte à Vostre Majesté.
Le Chancelier m'a toujours parlé fort superficiellement du tiers-parti , et de la médiation des princes de l'Empire, que Vostre Majesté ne veut admettre que pour les seules affaires de l'Empire.
C'est, Sire, ce que je puis respondre à tous les articles de la lettre de Vostre Majesté, sur lesquels je me tiens préparé, affin d'en user selon sa volonté.
Ce que j'aurai l'honneur de lui dire de plus , c'est que le baron Yvvl m'a monstre une lettre en français, d'un secrétaire de son maistre, qui approuve tout ce qu'il m'a dit dans la conversation de Calmar, dont j'ai rendu compte à Vostre Majesté par ma lettre du 9 octobre ; et il m'a dit qu'encore qu'on parle de plusieurs trailtés, néanlmoins la vérité est que res est intégra et que son maistre est libre, mais que l'armement des Suédois l'obligeant à faire une despense extraordinaire pour son assurance, il avoit besoin d'amis qui l'aidassent. Et sur ce que je lui respondis, Sire, que les Suédois ne pouvoient pas attaquer le Danemark sans manquer doublement, voire triplement, à Vostre Majesté, à cause qu'ils ont accepté sa garantie pour le traitté de Copenhague , à cause qu'ils doivent à tous les intéressés en général et en particulier à Vostre Majesté la garantie de ceux de Westphalie et d'Aix-la-Chapelle, et qu'ils doivent de plus à Vostre Majesté
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l'exécution de celui de Stockholm, qui sont dès à présent des occupations suffisantes pour eux , il me répliqua que tout cela estoit vrai, et qu'on y pou- \oit adjouster encore la fidélité et la générosité de Vostre Majesté qui sont assez connues, mais que nonobstant, si les Suédois savisoient de prendre le change, comme ils ont fait d'autres fois, cependant que Vostre Majesté sera occupée ailleurs par la multitude de ses ennemis, il ne seroit peut-eslre pas en son pouvoir de les retenir. Je m'avisai, Sire, de lui dire : « Youdriez-vous donc vous engager dans nostre parti ? » Et il repartit : « Pourquoy non, puisque ce seroit nostre sûreté, et que nous sommes libres ? Mais vous avez promis aux Suédois de ne point contribuer à nous armer en Allemagne. » Enfin, Sire, il semble que tout l'embarras du Danemark ne vienne que du traitté de Stockholm.