‹ Lettres inédites du général Fontbonne ae représentant du peuple Saint-PrixChapitre 7 sur 9 · DES ALPES ET U'ITALIK · texte numérisé non relu

DES ALPES ET U'ITALIK

Liberté .'. Émlilt

Au Quartier-Général de Saint-Rème le 25 Vendémiaire l'an 4« de la République Française, une et indivisible.

Le Général Divisionnaire Fontbonne,

Commandant la côte de. T Armée d'Italie,

au Représentant du Peuple Saint Prix.

je t'écrirai tous les jours, mon cher ami, jusqu'à ce que je saclie de tes nouvelles ; comment peux-tu me laisser dans la plus insuportable incertitude, au moment de ta réélection et des mouvements qui agitent Paris ; tu sais, mon cher St. Prix, combien mon cœur t'est tendrement attaché et tu le mortifies par ta paresseuse insouciance; c'est pourtant bientôt fait d'écrire je me porte bien, j'espère bien ou mal de telle ou telle chose.

Certes, je répugne autant que toi d'écrire, mais quand c'est à toi, c'est pour moi un plaisir, un besoin ; au nom de l'amitié calme mes inquiétudes, quand ce serait que pour te délivrer de mon importunité ; Cependant j'aime, à croire que mon affection ne t'est pas indifférente.

Il n'est arrivé de saillant dans cette partie de l'Italie dépuis la lettre que je t'écrivis des avant postes ou je te détaillais la manièrcmeurtrière dont nous avions repoussé l'attaque d'un ennemi infiniment supérieur en nombre.

La troupe est pleine de courage, mais elle manque de

tout ; l'officier surtout est réduit à la plus affreuse misère, dans un pais ou les assignats ne valent rien et on ne peut pas forcer de les prendre ; la Convention devrait bien prendre en quelque considération l'extrême détresse et l'on peut dire d'avillissement ou sont réduits ses plus intrépides défenseurs, on ne cesse de dire L'armée d'Italie a bien mérité de la Pairie, puisquelle a bien mérité elle a donc droit d'être traitée selon son mérite et d'optenir du moins les premiers besoins de la vie.

Les officiers Généraux qui ont quelque chose de chèz-eux se ruinent, les autres font pitié car nous sommes dans un païs ou notre traitement est absolument nul. Au reste le p.nïs est charmant, par malheur on n'y peut pas vivre de l'air du tems, c'est grand domage. j'ai écri à Gamon qu'elle était la déplorable position des officiers dans cette armée en l'engageant à nous faire passer dans celle des Alpes, d'autant qu'il arrive ici une quantité prodigieuse d'officiers Généraux qu'on sera forcé de faire refluer ailleurs; tire Gamon de son indolence à cet effet.

j'ai écri dernièrement à notre ami Chaix, j'attends des nouvelles de son fils qui a reçu l'ordre de s'y rendre en personne — adieu, mon cher St. Prix je t'embrasse de tout mon cœur comme je t'aime.

FONTBONNE.

Mes honneurs aux titons.

ARMEE DES ALPES Liberté .-. Égalité.

ET D'iTALIE — — ^»~

Au Quartier-Général d'Oneille le 4 Brumaire l'an 4« de la République Française, une et indivisible.

Le Général Divisionnaire Fontbonne

Commandant la côte de l'aile droite de V Armée d'Italie, au Représentant du peuple St. Prix,

mon amitié est bien impatiente de recevoir de tes nouvelles, mon cher St-Prix, tu sais les vœux que je fais pour tout ce qui peut concourrir à ton bonheur et combien je désire qu'ils soient accomplis.

Nous voici au moment des réélections ne me laisse donc plus dans l'inquiétude sur événement aussi intéressant ; quelque soit le résultat du sort il ne saurait rien diminuer à mon amitié; tu es fait pour remplir dignement toutes les fonctions honnorables et je souhaite ardemment que la Loyauté et les vertus qui te distinguent soient utilisées en te continuant des pouvoirs que tu as exercé sans reproches et toujours d'une manière prononcée pour la justice et la bienfaisance, dans un tems désastreux ou la probité et le courage étaient des motifs d'anathême et de proscription : Lorsque tu es sorti sans tache du plus rigoureux creuset ou la vertu puisse passer, puisque tu n'as pas balance entre l'incarcération et l'amort ou l'oubli de tes devoirs de légts-

lateurs ; ce serait un vrai deuil pour tous les honnêtes gens de ne pas te voir occuper une place que tu as su illustrer.

tire moi donc vite d'inquiétude et de peine, mon cher ami, et quelle que soient nos positions embélissons les de tous les charmes de l'amitié.

je me donne tout entier à mon métier et je suis assez heureux pour bien exécuter les opérations dont on me charge, je t'embrasse de tout mon cœur. Bois à ma santé avec l'ami Chaix.

Salut et fraternité

FONTBONNE.

(P. s.) Mille choses affectueuses à la famille Titon et celle de St. Sulpice. Si tu vois la charmante Cavenagh rappelle moi à son souvenir, je n'ai rien vu encore d'aussi joli qu'elle.

j'oubliais de te dire que Peyre qui a dîné aujourd'huy chez moi te fait mille compliments, je lui ai rendu grand service en lui faisant prêter quarante mille francs en numéraire par une de mes connaissances pour subvenir aux be.soins urgents de l'armée, car nous manquons de tout, excepté de courage.

ARMEE Liberté Évalué.

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