D ITALIE
Au duartier Général de Savone le 19 pluviôse de l'an 4» de la République Française, une et indivisible.
FoNTBONNE, Général de Division
Commandant celle de la côte de l'Armée d'Italie
à son ami le Représentant du Peuple St. Prix,
membre du Conseil des Cinq-Cents.
J'arrive de Nice, mon cher Saint-Prix, ou j'ai été chargé par le Général en chef Scherer de la réorganisation géné-
(i) Député de la Corse.
(2) Ce post-scriptura est d'une autre écriture.
raie de l'armée; c'est en vain que je me suis défendu d'une mission aussi importante et aussi délicate; mais il a falu céder et je vai tacher de justifier la prévention obligeante du Général en chef qui aurait pu trouver quoi qu'il en dise quelque général divisionnaire plus intelligent et plus trituré que moi dans cette partie.
j'ai été assez heureux que d'être applaudi de la manière la plus flateuse sur mes opérations, j'espérais que cela m'aurait mérité quelque relâche, mais me voici emploie de nouveau dans la mission la plus difficile; j'espère que je surmonterai les difficultés.
je n'ai pas le temps d'écrire à Chaix, je pars pour les avant postes, que je vai commencer d'opérer, et d'une à l'autre je parcourrai toutes les divisions de l'armée.
conserve moi ton amitié, mon cher S' Prix, tache de m'envoier à l'armée des Alpes pour me restaurer un peu, et veille à mes intérêts à Paris tandis que je me consacre tout entier au service de la patrie.
tu sais combien tes lettres me font plaisir, n'en sois pas aussi avare adresse les au quartier Général à Nice au Général divisionnaire fontbonne charge de la réorganisation de l'armée d'Italie.
Rappelle moi à l'amitié des aimables Titons, je vois par ta lettre combien tu leur est dévoué et que la jeune personne est toujours la plus aimable des belles à tes yeux; elle sera heureuse si elle te rend la justice que méritent la fidélité et la délicatesse de tes sentiments; je n'ai point oublié la jolie adelaïde Cavagnac dis-lui combien je me réjouis de son bonheur, le mien eut été complet en amour si elle m'avait distingué de la foule de ses adorateurs, je t'embrasse de toute mon âme comme je t'aime.
FONTBONNE.
ARMÉE Liberté Egalité.
BT d'iTALIE -.,.^- — .^.^ -^—v^»—
Au Quartier-Général de Savone le 23 pluviôse l'an 4< de la République Française, une et indivisible.
FoNTBONNE, Général de Division
commandant celle de la côte de V Armée d'Italie, chargé de la réorganisation de la même armée
a son ami Saint Prix Représentant du peuple membre du conseil des joo.
C'est en m'entretenant un instant avec toi, mon cher Saint Prix, que je me délasse le plus agréablement des fatigues extrêmes de l'opération importante et difficile dont je suis chargé je ne puis t'exprimer à quel point je suis endoloré de licencier momentanément quantité d'excellents officiers au quels il ne reste de ressources que dans le prix dû à leur courage; je fais tout ce qu'il est en moi pour leur adoucir la nécessité; mais j'aurais bien désiré qu'un autre que moi eut été chargé de cette mission, tu sens bien que je réunis tous mes moiens pour justifier la confiance dont on m'a honnoré;
je suis très satisfait du frère de Gamon, mon aide de Camp il pense délicatement et il travaille avec goût et faci-
litéje ne puis que me louer aussi du jeune Chaix, j'ai envoie à son Père notre ami commun un mémoire pour demander de l'avancement pour un aussi brave et aussi intelligent militaire, je suis tellement accablé de Besogne que je ne puis me livrer au plaisir d'écrire à notre ami Cliaix, mais je saisirai avec ardeur toutes les occasions d'être agréable à son fils.
Buvez quelques fois à ma santé, mes bon amis.
je te recommande mes intérêts a Paris tandis que je me dévoue sans reserve au service de mon Pais.
donne moi de tes nouvelles, mon cher Saint Prix, tu sais qu'une des plus douces pensées de mon ame est d'être souvent assuré de ton amitié.
Salut et fraternité
FONTBONNE
Rappelle moi au souvenir des aimables Titons et à celui de la jolie Adélaïde Cavagnac.
Au Quartier Général de la Pietra, le 12 Ventôse 4' année Rep""^.
FoNTBONNE Général div"
chargé de la réorganisation de l'armée d'Italie à son ami S' Prix membre du conseil des cinq cens.
je suis tellement accablé d'occupations, mon cher S' Prix, que j'ai chargé Gamon de t'accuser réception de ton obligeante lettre du 16 pluviôse.
j'ai appris avec un plaisir extrême la nouvelle du placement de notre ami Chaix et la satisfaction de la famille Cavegnac, je te sai un gré infini de l'intérêt que tu veux bien leur continuer, d'autant que si tu y trouves quelques douceurs elles serviront d'une manière agréable à te faire souvenir de moi : j'envie le sort de l'heureux époux de la céleste adelaïde, je n'ai rien vu en ma vie d'aussi joli et d'aussi parfaitement à mon gré, dis le lui bien de ma part.
Mais je suis tellement surchargé de besogne que je n'ai pas le tems de m'occuper des belles; a force de broyer du noir toutes mes idées sont rembrunies, il n'y a que tes lettres qui conservent la faculté admirable de dilater mon cœur.
cette armée qui était déjà trop abbondante en Corses vat en être farcie d'autant que l'arrivée de leur Compatriote Salliceti les y attire de toutes part, de manière que tous les gens de sac et de corde qui ne jouissant d'aucune considération dans cette isle l'ont quittée pour venir intriguer en france vont avoir toute la confiance et tous les pouvoirs, et nous allons être en butte aux Chicanes, aux dénonciations et aux stratagèmes de la nation la plus astucieuse, la plus perfide et la plus intrigante du monde connu : L'arrivée de Salliceti a été un deuil général pour tous les français qui connaissent sa prévention en faveur des gens de son païs et les moiens infinis qu'il a de bien la colorer; enfin c'est une calamité publique et nous nous attendons tous à quelque coup de jarnac.
C'est bien apresent que je désire plus que jamais d'aller à l'armée des Alpes, car la confiance dont je suis investi, la satisfaction qu'ont témoigné de mes opérations les Généraux en chef et les autres représentants sont des raisons puissantes pour que Salliceti cherche a me nuire et pour cela il n'a besoin que d'écrire ce qui lui passera dans la tète ; ces idées
sont désolantes, surtout quand on est attaché à son métier et qu'on s'y consacre sans reserves, mon opération prent la meilleure tournure et je suis parvenu à composer mes nouveaux cadres des officiers les plus propres a supporter les fatigues de la guerre et a propager dans leurs Corps l'harmonie, la discipline et l'instruction trop longiems négligées et si nécessaires a assurer les succès, le Général d'armée Scherer parait enchanté du résultat de mon travail; mais il n'est pis à l'abri lui même des machinations de Salliceti. Voila cependant le sort précaires des plus excellents détfenseurs de la Patrie ; j'ai ouï dire, non sans douleur, que le brave, que l'admirable Général Kellerman qui a battu l'ennemi partout et dont les savantes dispositions ont assuré nos derniers succès a été remercié pour faire plaisir à un jeune Corse (0 '^^ ^'^^^ ^^P^ ^"s : voila une manœuvre de Salliceti et quand un militaire blanchi sous le harnais qui réunissait au plus haut degré tous les talents d'un Général et toutes les qualités d'un Citoyen vertueux est culbuté par l'intrigue, ma foi tout le monde doit trembler.
tes lettres m'apporteront quelques consolations, car nous regardons Salliceti comme un nouvel attila et chacun voudrait se mettre hors de sa portée, les premiers seront les plus adroits et les plus heureux.
L'opération importante et indispensable dont l'exécution m'est confiée entraînant la suppression provisoire d'environ 4000 officiers pour cette armée seulement dont la plus part n'ont aucune ressource j'ai cru devoir provoquer la sollici-
(i) Ce jeune Corse, le futur empereur Napoléon, ne fut peut-être pas étranger à la mort du général Fontbonne. C'est du moins une tradition venant du Représentant du Peuple Saint-Prix, et conservée dans sa famille.
tude du ministre de la Guerre en leur faveur et comme il est essentiel que ma lettre ne soit pas confondue, je te prie de la lui remettre toi môme, tu auras une occasion de le prévenir en ma faveur d'autant qu'en remplisant la tache qui m'est imposée j'ai en vérité surpassé mes forces et j'ai concourru puissement a donner à l'armée un ensemble et une source de moiens, dont je n'aurais pas cru la possibilité.
je te prie de dire mille et mille choses aflfectueuses de ma part à chaix.
j'ai promis au brave Peyre de lui écrire comme je ne sai pas s'il est des cinq cens ou des anciens je te prie de mettre l'adresse et de faire tenir la lettre.
je t'embrasse, mon cher S' Prix, de toute mon âme comme je t'aime.
FONTBONNE.
Rappelle moi au souvenir des aimables Titons; le jeune Chaix se porte a merveille, je l'ai laissé à Port Maurice ou j'ai besoin d'un homme de confiance pour m'instruire de la manière dont sont exécutes mes ordres dans ma division. Gamon te fait ses empressés compliments il se plaint du silence de son frère.
Au Quartier Général de Nice le 5 Germinal de l'an 4« de la République Française, une et indivisible.
FoNTBONNE Général de Division
Commandant celle de la Côte de r Armée d'Italie, chargé de la réorganisation de l'armée.
au Représentant du Peuple 5' Prix membre du conseil des joo.
tu seras plus indigné que surpris, mon cher S' Prix en apprenant que j'ai reçu du ministre de la guerre l'invitation de demander incessemment ma retraite et l'ordre de cesser mes fonctions; comme c'est un coup de jarnac de ceux qui n'ont pu ny me corrompre, ny m'engnger à partager leurs dilapidations, j'ai reçu cette nouvelle avec la sérénité de la vertu, je répons au Ministre de la guerre que n'ayant point provoqué ma retraite et réunissant encore le désir et les moiens de servir ma Patrie je lui demandais justice sur les effets d'une noirceur révoltante et que l'attendais avec la confiance qu'excite une conduite irréprochable je te charge, mon ami, de lui remettre toi même ma lettre ci incluse et de lui représenter avec la chaleur qui t'anime toute l'attrocité des menées qu'on a mis en usage pour me deservir auprès de lui ; j'ai contrarié tant de coquins que je ne sai d'où part le coup; mais je soupçonne fort le Représentant Ritter commissaire du Gouvernement dont Peire et Maisse connaissent les principes sous tous les rapports.
mon crime est d'avoir fait ouvrir les yeux au Gouvernement sur les ressources considérables qui exsistaient dans la Valée d'Oneille qui avaient toujours étées la proie des dilapidateurs, les quels s'entendaient avec ceux dont la charge était de les réprimer.
si j'avais voulu partager le Gâteau je serais en place et en faveur ici mais je serais indigne de ton amitié et de l'estime des gens de bien, j'ai fait à ma Patrie tous les sacrifices possibles hormis celui de la vertu toutes les puissances humaines ne sauraient m'en ravir la douce recompense que j'éprouve en descendant au fond de mon cœur.
je partirai d'ici sur mes chevaux et j'irai a petites journées de manière que je trouverai ta réponse à Etoile; tu me diras le parti que j'ai à prendre car je suis résolu de provoquer fortement en personne l'examen severe de ma conduite qui ne peut tourner qu'à mon avantage.
Peyre et Maisse attesteront avec empressement à quel point ma conduite a étée irréprochable et l'utilité de mes services.
Si tu pouvais m'éviter la dépense du voyage de Paris tu me rendrais d'autant plus service que j'ai mangé pour me soutenir le peu de numéraire qui me restait; mais je suis décidé à tout sacrifier pour optenir justice, dans la confiance intime de ton zèle et de celui de tes amis à seconder la cause de la vertu opprimée.
j'emmènerai le jeune Chaix comme secrétaire, ne voulant pas l'abbandonner a l'incertitude de son sort dans cette armée ou il resterait dénué de tout.
Gamon vient avec moi, reveille l'énergie de son frère le Représentant je suis bien persuadé de la bonté de son coeur; mais son insouciance me donne de l'inquiétude.
Martel, membre des anciens, et Chiape se réuniront à
toi, ainsi je compte fermement que tu m'annonceras l'heureux résultat de tes soins obligeants.
j'ai chargé ton Collègue Gamon d'une lettre pour le directoire a peu près dans le genre de celle que je te prie de rendre au Ministre de la guerre, vous vous concerterez ensemble sur les moiens les plus prompts d'écarter l'iniquité qui pèse sur moi.
j'ignore quel est mon délateur et de quoi on m'inculpe, mais je suis bien loin de mériter aucun reproche, j'ai rempU toutes mes missions avec succès et je quitte cette armée le cœur pur et les mains nettes, bien des gens d'importance n'en diront pas autant, j'ai dans l'idée que tout ceci aboutira a me placer à l'armée des Alpes ou j'avais bien raison de désirer passer quand je voiais combien j'étais mal assorti, j'attends ta réponse a Etoile, elle décidera ma conduite
ultérieure.
Salut et amitié
FONTBONNE
.\RMEE
DES ALPES ET d'itALIE
Liberté
Eoalilé
Alexandre L. Fontbonne,
Général de Division.
a son ami S' Prix
Au Quartier-Général de Nice le 8 Germinal l'an 4' de la République Française, une et indivisible.
je ne doutais pas, mon cher S' Prix, de l'ardeur avec laquelle tu prendrais mes intérêts contre l'attroce iniquité
dont je suis victime, si l'homme irréprochable qui a dignement et utilement servi peut faire entendre la vérité, j'optiendrai une prompte justice. Comment peut on me condamner sans motif sur la dénonciation vague d'un proconsul méprisable dont j'ai déconcerté les projets de rapine. Peyre et Maisse t'expHqueront cette noire énigme, car ils connaissent le vil personnage en question.
après avoir rempli avec succès les missions délicates et pénibles dont j'ai été chargé; au moment ou les connaisseurs applaudissaient à la manière avantageuse dont j'ai opéré la réorganisation de l'armée; lorsque je défie l'animosité même d'articuler un reproche fondé contre moi, je me trouve traité en coupable; je le suis en effet si l'homme probe qui a prouvé en même tems son amour pour la Patrie, son désintéressement et ses connaissances militaires doit être reprouvé.
imagine toi, mon cher S' Prix, que tout antier a mes devoirs, pénétré de l'ardent désir de mériter la confiance dont j'étais investi, je ne prenais pas un moment de relâche, lie bien après m'etre abime de fatigue, après avoir surmonté' les plus grandes difficultés et être ^orti le cœur pur et les mains nettes d'une expédition ou j'aurais pu sans me compromettre tirer plus de cent mille francs en numéraire; lorsque je suis le premier qui aie fait tirer parti au Gouvernement des revenus immenses de la Valée d'Oneille je me vois disgracié tandisque les fripons sont en faveur et se disent les patriotes par excellence... ces idées me font bouillir le sang.
oui? l'on me rendra justice foutre parce que je suis irréprochable, et si je mérite quelque chose ce sont des éloges, tu m'aimes bien, mon cher S' Prix, mais si savais avec quelle délicatesse avec qu'elle énergie je me suis rendu utile à mon pais, tu t'applaudirais de ton ami.
ma tête est trop montée, l'indignation est à son comble, mais mon Patriotisme n'en est point attiédi, c'est moi qui suis vraiment Républicain puisque j'ai tout sacrifié à ma patrie et que je l'aime malgré les vexations que m'ont attiré la loyauté de mes services.
j'ai reçu une lettre infiniment obligente de Gamon, il prend chaudement parti pour la cause de la Vertu indignement opprimée ; tu lui remettra une lettre qui" contient ma pétition au directoire, une lettre détaillée pour le Citoyen Carnot, etc. une lettre de l'adjoint Martel à son père, un certificat de Scherer, vous lirez le tout ensemble je m'en repose entièrement sur vous.
Tout à toi
FONTBONNE.
mille amitiés à Chaix j'emmène son fils comme secrétaire, j'ai reçu une lettre de ton aimable sœur en faveur d'un compatriote que j'ai pris plaisir d'obliger écris moi a Etoile et ditte moi la marche que je dois suivre.
ARMÉE DES ALPES Liberté Egalité
ET d'iTALIE ---»-'-^-' -----,-.^^
Alexandre L. Fontbonne
Général de Division
au Représentant du Peuple 5' Prix membre du conseil des cinq cens.
Au Quartier Général de Nice le 12 Germinal l'an 4» de la République Française, une et indivisible.
je t'envoie ci joint, mon cher S' Prix, un Certificat du Général chef de l'état major de l'armée que tu auras la bonté de joindre à celui du Général d'armée Scherer (i) que j'ai fait passer avant hier à Gamon; tu veras par ces pièces si j'ai mérité l'attroce injustice dont je suis victime; s'il le faut, je produirai avec grand plaisir toute ma correspondance, et je demanderai qu'il soit nommé des commissaires éclairés et impartiaux pour venir scruter ma conduite et celle du scélérat fripon qui non content d'avoir pillé et désorganisé cette armée et l'esprit public qu'il a tache de corrompre, porte l'audace jusqu'à vouloir noircir, l'homme incoruptible auquel il ne peut faire d'autre reproche que d'avoir pris à cœur l'intérêt du soldat et celui du Gouvernement.
(1) Voir ces deu& certificats à la lin de la Biographie du général.
Peyre te mettra au fait des principes et des projets odieux de ce coquin. Réclame justice en mon nom avec toute l'énergie d'un Républicain qui a bien rempli ses devoirs; si j'ai mérité le suffrage de mes chefs et l'estime de tous, pourquoy donne ton croyance à un vil intrigant; voilà un abbus qui crie vengeance ; mais je compte fermement sur la justice du Gouvernement; sans quoy, j'aurais balafré le lâche qui sert des armes empoisonnées de la calomnie, pour servir ses basses passions.
Puisqu'on n'a aucun reproche a me faire ; puisqu'il est prouvé que j'ai utilement servi mon pais, les Loix que j'invoqucnt doivent me garantir contre les noires machinations du crime.
tout mon mal vient d'avoir fait tirer parti des revenus de la Valée d'Oneille sur les quels il avait jette un dévolu. Peyre le sait bien, tache d'avoir la preuve matérielle de sa dénonciation et je le ferai honteusement chasser du corps Législatif, car j'ai pris mon parti, et loin que ce revers non mérité, abbatte mon courage, il redouble mon énergie.
communique malettreà Gamon, remet celle pour Peyre, montre lui mes certificats, et concertes vous ensemble pour me tirer de l'oppression.
Salut et amitié.
FONTBON'NK
écris moi a Etoile et tiens moi avisé.
Huit jours après, Fontbonne mourait assassiné dans la forêt de Lestrelle.
Cet assassinat est toujours resté enveloppé d'un impénétrable mystère. M. Henry-Louis de Fontbonne, petit-fils du général, a entendu dire à M. de Bonnefons, beau-frère de ce dernier et qui l'accompagnait dans la forêt de Lestrelle, que l'essieu de la voiture où se trouvait Fontbonne s'étant brisé en route, celui-ci expédia ses gens dans un village voisin pour y chercher les moyens de réparer cet accident. Quand ils revinrent, ils trouvèrent le général mort : une balle lui avait traversé le cou. Cet assassinat fut considéré comme ayant la passion politique pour mobile. En second lieu, voici une relation concernant cette mort tragique, écrite par le juge de paix Raimond (ci-devant Lacépède, heutenant de vaisseau), au représentant du peuple Saint- Prix. Malheureusement, le début en est égaré, et il ne nous' reste que les trois dernières pages. On y verra comment Bonnefons et Chaix, secrétaire du général, furent soupçonnés de cet assassinat, dont ils se justifièrent ensuite, mais jamais les vrais coupables ne furent connus. La succession rapide de la mise à la retraite, de la cessation de fonctions et de l'assassinat du général, les faux indices perfidement disposés autour de ce forfait, prouvent cependant jusqu'à l'évidence que de puissants envieux furent les instigateurs de ce crime.
« Vous devez vous rappeler, écrit le juge de paix Raimond, que Bonnefond et Chaix me déclarèrent qu'on avoit volé au général ses deux pistolets, ses deux montres et les clefs de sa cassette. Le 22 au matin, laservante de l'auberge
OÙ couchèrent ces jeunes gens, en rangeant leur chambre, s'apperçut que le ciel de lit d'indienne s'affaissoit sous le poids de quelque chose, elle y porta un balais de crin et en fit tomber trois petites clefs, qui me furent portées, et qui se trouvèrent être celles de la cassette du général Fontbonne.
« 11 est bon de vous observer que la chambre où couchèrent Chaix et Bonnefond est à deux lits; que l'un de ces lits fut occupé pendant quelques heures le jour de l'assassinat par ce courrier Génois dont je vous ai parlé plus haut, mais qui partit à 4 heures du matin, laissant les deux jeunes gens endormis dans l'autre; qu'ils ont gardé la clef de cette chambre toute la journée du 21 jusqu'au moment de leur arrestation, et que c'est sur le ciel de lit qu'a occupé le Génois qu'ont été trouvées les clefs de la cassette. Ayant donc reconnu ces clefs, je me décidai conjointement avec le commandant de la place de faire des perquisitions dans la même chambre, après m'être assuré que personne n'y avoit couché depuis Bonnefond et Chaix, effectivement je m'y transportai dans l'après-midi et ayant vuidé la paillasse du même lit, quel fut notre étonnement d'y trouver cachées les deux montres du général Fontbonne, mais me dires vous c'est peut-être ce courrier génois; je répondrai à cela que j'ai fait constater l'heure de l'arrivée et du départ de Lestrelles de ce courrier : qu'il n'a jamais dépassé le postillon et qu'ils ne sont pas même descendus de cheval lorsqu'ils ont rencontré le corps du général Fontbonne. Voilà, Citoyen représentant, ce qui me fit ouvrir les yeux et ce qui m'a engagé à ne point randre leur liberté à ces deux jeunes gens. Je continuai le 23 la procédure. J'interrogeai très longuement les citoyens Chaix et Bonnefond, qui conservèrent leur sang froid et le calme de
l'innocence pendant leur interrogatoire, mais qui ne purent s'empêcher d'être émus lorsque je leur représentai les clefs et les montres du général, et tous deux répondirent au même interrogat qu'ils voyoient d'où venoit le coup. Bonnefond inculpa fortement le représentant du peuple Ritter, ennemi juré à ce qu'il dit, du général Fonibonne et qui arriva à Fréjus le 21, lendemain de l'assassinat. 11 déclare dans sa réponse qu'il ne croit pas ce représentant coupable lui-même, mais qu'il peut avoir fait commettre ce crime. Chaix inculpe également Ritter et Salicety et nous les donne comme les ennemis du général Fontbonne, ainsi que quelques généraux de l'armée d'Italie. Il ne m'est pas permis d'approfondir jusqu'où peuvent aller les soupçons du beaufrère et du secrétaire du général Fontbonne : c'est au Tribunal militaire à Nice auquel j'ai renvoyé ces deux prévenus à décider et à juger cette affaire. Ils m'ont paru désirer tous deux d'être jugés par ce tribunal et je n'ai point été éloigné de les satisfaire parce qu'ils sont militaires tous deux et qu'étant à Nice, ils pourront se procurer plus facilement des certificats de leur attachement constant pour leur général et leur père. Vous n'ignorez pas, Citoyen représentant, que notre devoir se borne à recueillir les indices d'un délit et à le constater. C'est ce que j'ai fait; il ne m'est pas permis d'assurer si ces jeunes gens sont les auteurs de ce crime; mais je puis vous assurer que les clefs et les montres trouvées ont noirci cette affaire, sans cependant nous donner la conviction intime nécessaire pour condamner un prévenu (i).
(i) L'innocence de Bonnefons et Chaix fut bientôt clairement établie mais des soupçons planèrent toujours sur Ritter et Salicetti. Ritter avait le plus grand intérêt à la disparition de Fontbonne, qui en parle sou-
« Je ne suis plus nanti de cette affaire, le tribunal militaire n'a fait jusqu'à présent aucune démarche, puisque je n'ai pas connaissance que les témoins aient été appelles. Le général Gautier-Kerveguen pourra vous donner des éclaircissemens sur les suites de la procédure et je ne crois pas qu'elle soit terminée de sitôt. J'ai fait passer votre lettre au citoyen Chaix à Nice par une voye sure après avoir fait apposer mon cachet et y avoir mis mon vu; ce que j'ai été obligé de faire pour qu'elle lui parvint.
« J'ai peut-être omis. Citoyen représentant, quelques détails mais je crois vous en avoir dit assès pour vous mettre au fait d'un événement qui prive la République d'un honnête homme et d'un bon général, d'après ce que j'en ai ouï dire. Je partage bien sincèrement l'affliction que procure cette perte à ses parents et à ses amis et n'ai jamais si bien senti les désagrémens de ma place que dans cette circonstance où elle m'a forcée à faire ce qui me répugnoit à ma sensibité et à ma délicatesse.
« Salut et fraternité,
« Raimond aîné, J. D. P.
« P. S. — On m'a assuré que le citoyen Casablanca,
vent dans dcrnicres lettres. 11 l'accuse de l'avoir calomnié auprès du ministre de la guerre. Résolu à se défendre, il déclare, huit jours environ avant son assassinat, que s'il peut se procurer la preuve matérielle de la dénonciation, il le fera honteusement chasser du corps législatif. Il est horrible de penser que l'assassin était un homme assez froidement sanguinaire et assez LAche pour tâcher, après son forfait, de disposer des indices trompeurs dans le but de détourner les soupçons et d'6ter injustement l'honneur et la vie au beau-frère et au secrétaire du général.
Corse et ancien officier de la marine est représentant du peuple ; si cela est, oserois-je vous prier de me rappeler dans son souvenir. Nous avons servi en même tems et peut-être me connaîtra-t-il mieux sous mon ancien nom de Lacépède, lieutenant de vaisseaux à Toulon. »