‹ Lettres inédits, mises en ordreChapitre 2 sur 5 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

p. 1^^ et suiv., ont surtout fourni un nombre considérable de documents; mais, malgré rimportance de ces publications, ils s'y trouvent comme perdus. Par le fait même de leur caractère spécial , ces recueils ne peuvent , en effet , parvenir entre les mains du plus grand nombre des lecteurs. L'Académie de Caen ayant jugé à propos de faire réimprimer ces pièces, et nous ayant chargé de les rassembler, nous nous somoaes consciencieusement occupé de ce travail, en nous aidant des renseignements qu'a bien voulu nous communiquer M. Hauréau, qui, il y a peu de temps, était encore conservateur des manuscrits de la Bibliothèque Nationale , et a procuré aux Comités historiques une partie des lettres reproduites ici. Elles sont extraites d'un des portefeuilles de Baluze. Ces lettres, jointes à V Instruction de F, Malherbe à son fils y éditée en 18^6, par M. Ph. de Chennevières , sont le complément nécessaire des œuvres du restaurateur de la poésie française.

FAC-SIMILI DB DEUX tlONATUBBS DB MALHBBBB.

Ce« deux figuaturet sont inédites; on en connaît encore quatre autres, inab elles ont été fréquemment reproduites.

A Madame de MUlherbe (f }.

J'ay bien de la peine à vous escrire ceste lettre, mon cher cœur, et je m'assure que vous n^en aurez pas moins à la lire. Imaginez vous^ mon âme « la plus triste et la plus pitoyable nouvelle que je sçauroys TOUS mander, vous Tentendrez par ceste lettre. Ma chère fille et la vôstre, nostre belle Jordaine (2), n'est plus au monde. Je fonds en larmes en vous escrivant ces parolles; mais il faut que Je les escrive, et faut, mon coeur, que vous ayez l'amertume de les lire. Je possédois ceste fille avec une perpétuelle crainte , et m'estoit advis, si j'estois une heure sans la voir, qu'il y avoit un siècle que je ne l'avois veue. Je suis» mon cceur, hors de ceste apréhension ; mais j'en suis sorty d'une façon cruelle et digne de regrès » s'il en feust jamais une bien cruelle et bien regretable. Je m'estois proposé de vous consoler ; mais comment le ferois-je> estant désolé comme je suis? Recevez cest ofilce d'un autre, mon cœur, car, de moy, je ne puis

si peu me représenter cest objet et me resouvenir que je n'a y plus ma très chère fille , que je ne perde toutes les considérations qui me devroient donner quelque patience , et ne haysse tout ce qui me peut diminuer ma douleur. J'ay aymé uniquement ma fille; j'en veux aymer le regret uniquement. Le mal qui me Ta ostée ne m'ostera pas le contentement que j'ay de m'en affliger. Mais que fais je? ma chère âme; je medevrois contenter de ne vous consoler point , sans vous donner par ces discours si tristes et si mélencoliques , sugect de vous attrister dadvantage. A la nouveaulté de cest accident 9 un de mes plus profonds ennuys^ et qui donnoit h mon âme des atteintes plus vives et plus sensibles, c'estolt que vous n'estiez avecques moy pour m'ayder à pleurer à mon aise » sçachant bien que vous seule qui m'esgalez en intérest» me pouviez esgaller en affliction. Pleust à Dieu , mon cher cœur , que cela eust esté I je seroys rellevé de ceste peyne de vous escrire de si déplorables nouvelles, et vous hors de ce premier estonnement qui fait {qu*il) faut que les âmes les plus roides et les plus dures sentent au premier assaut que leur donne ceste douleur. Mais puisqu'il en faut sortir, et que vous différer davantage ceste lamentable histoire , c'est différer voslre résolution, je vous diray que le dimanche, etc. , etc. (3).

NOTES

(1) La BifolioUièqi^ Nationale ne possède qu'une copie ancienne de celle lettre (M. B. EAt;i(Éii})« (2, Jordainc de Malherbe, née le 22 septembre 1591, morte

de la peste le 23 juin 1599. Son épitaphe, drcs^ par Malherbe, -se trouve dans le recueil de la Bibliothèque Nationale. Voici cette épitaphe restée inédite jusqu'à aujourd'hui :

Passant, sy tu n'as quelque souspir à me donner, faiï ion chemin; je ne i* appelle point. Mais tu t'arrestes, et semblés garder la multitude de ces funestes objets ; ton imagination est dispozée à quelque pityé : à la bonne heure. Je te \ay dire qui parle à toy : c'est Jordaine de Malherbe, fille unique de François de Malherbe et de Magdaleine de Carriolis , et née de cette province. Tu sçais la noblesse et Tantiquité des Malherbe de Sainct-Agnan : mon père est au rang de ceux qui sont connus de son siècle et peut-être les futurs n'ignoreront point qu'il a vescu. Ma mère est fille de M. Louis de Carriolis. cons. du Roy en son conseil xl'Estat et président depuis au Parlement de Provence. C'est assex de mon parentage. La vanité n'habite point aux lieux où je suys. U est raisonnable que je te dye quelque chose de mes austres quallités naturelles, des tray du visaige, de la proportion de la taille et de la disposition de toutes les parties du

corps. m'avoit donné de quoy les remembrer. Mon esprit et mon

ingénue sembloit excéder la portée de mon âge ; mou humilité m*avoit acquis la bonne grâce de ceux à qui ie devois du respect, et ma douce conversation la bienveillance amicale de tout le monde. Que me xestoit^il à desiier? Rien. Je pouvois vivre heureuse, si j'eusse pu vivre. Mais il estoit escrit , loin de moi, dans le livre du ciel : je n'avois esté donnée que pour estre ostée et n'estois rendue au monde que pour en sourtir le neufviesme mois de ma huitiesme année. Je fus blessée de deux pestes et de six charbons , qui dans trois jours m'eurent envoyée où tu me voys. Mon mal commença le dimanche , à sept heures du matin , il finit et me finit le mercredy du suivant , environ deux heures aprei minuit. Veux-tu sçavoir que fist mon père au conflict de ceste maladye ; tout jusqu'à la témérité. Sa piesté fust inexpugnable aux conseils que ses amis lui donnèrent de me quiter. Il me vist abandonnée de tout le monde et demeura seul auprez de moy. Je ne prins ni viande ni remède d'austres mains que des siennes. Je fus portée entre ses bras par tout où le chagrin me fist désirer d'aller. Que veux-tu que ie te dye ? La prudance ne lui montra poinct de perilz qu'il ne méprisât, ni l'amour d'offices qu'il ne me rendist. En fin il essaya tout, et tout lui fust inutile. Si la mort eust voulu céder ou pardonner, elle ne fust point venue aveé tant d'apareil. Ce qu'il fist alors, ce qu'il dist, ce qu'il devint, il faut que tu l'imagines; les paioRes ne

▼ont poiuct si avant. Mais que diras-tu de ce que ic n*oie rien dire de ma mère? La comprendras-tu du nombre de ceux que Taprefaension du danger fist retirer d^auprei de moy ? O , si tu le fais , que tu t^abuses 1 Combien estimes-tu qu* elle ait fait de plaintes de la fortune, pour luy avoir envié la gloire de me tesmoigner son affection en ce dernier besoin. De combien penses-tu qu*elle dust racheter la certitude de me perdre pour Tincertitùde de me sauver? Mais elle estoit en Provence où la coudiction de ses affaires Tavoit appelée assés de temps auparadvant Geste occasion la fist douloir plus tard , mais non plus modérément. Elle eust bien voulu regagner sur mon père Tadvantage qu*il avoit d'avoir esté le premier à me pleurer ; mais comme elle s' estoit opiniastrée à vaincre, il s*estoit opiniastré à n'estre point vaincu. Passant , tu serob bien aise que je t'entretinsse plus longtemps ; mais que te sçaurois-ie dire de grand d'une si petite vie? Je nasquis le 22 de septembre 1591, et décédai le 25 de juin 1599. Va-t-en donc et conte cbei toi que tu as veu la tombe de la fille la plus passionement aymée et la plus inconsolablement regretée qui fust iamais. Mon très cher père et ma très chère mère m*ont fait ce pitoyable présent. S*ils vivent , prie pour le soulagement de leur ennuy ; s'ils ont vescu , pour la rétribution de leur pieté.

La vanité avec laquelle Malherbe revient , dans cette épitaphe , sur l*antiquité de sa race , détruit le sentiment que Ton a éprouvé devant l'expression de douleur vraie de la lettre adressée à sa femme. Cette même vanité jette encore un même caractère de froideur surTépitaphe quMl composa, en 1587, pour la tombe de son premier fils, et que nous reproduisons d'après M. Roux- Alpheran qui Pa copiée d'un manuscrit, en grande partie de l'écriture d'Honoré d'Agut, conseiller an parlement d'Aix, et ami de Malherbe, comme on le peut voir par sa correspondance générale :

Passant I je suis mort, tu es mortel. Je suit à ma fin, tu t'en vas i la tienne et desjt tu n'as leu mot de ceste escriture que tu ne t'en sois approché d'un pas. Ce que je t'en dis n'est pas pour te renvoyer triste en ta maison : car à quel propos voudroi»-tu vivre avec autre condition que tout ce qui jamais a vcscu par le passé , qui vit k ceste heure et qui vivra jamais à l'advenir? Et puis seroit-il possible que devant moy tu n'eusses jamab vcu

d'autres exemples de mortalité? Torne tes yeux desça ; torne-ies de deU ; tu ne verras céans autre chose. Chascune de ces pierres couvre uo corps et les v6ides sont autant de niches qui ne fout qu*attendre les statues qui les doivent remplir au premier jour. Ce que je veux de toi , tu le demanderas aux autres , quant tu seras en Testai où je suis : c*est que tu me donnes autant de temps qu*il en faut pour lire en ce tableau ce que je te veux dire de ma vie. Elle feust courte ; l'histoire n'en sera gueres longue. Je nasquis en la ville d'Aix en Provence, le dimanche xxi de juillet , en Tannée mdxxgv, entre cinq à six heures du soyr. Monseigneur miirt d'amooolbsiib , frère naturel du Roy , gouverneur et lieutenant général pour sa majesté dans ce paSs , adsisté de madame Marthe Faurê dt Vercor* , femme de monsieur Loy$ de Carriolû , présidant au parlement, mon grand-père maternel, me (ist cest honneur de me tenir sur les fonts et de me donner son nom. Mon surnonv feust MAtBim du lieu de St.-Agnan , desquels Tantienne extraction ne veut autre tesmoignage que les hermines mouchettées qu^ils portent sans nombre en leurs armes. Ma mère & l'âge d'onxe mois me (ist apporter en ce pais et me condubit elle-mesme , non sans beaucoup de sollicitudes et d'incommodités. Enfin , comme si la nature ne m'eust donné les pieds que pour m'en aller au sépulcre , et la bouch« pour dire k mes parens Tadieu pitoyable d'une «i longue séparation , à grand peine avois»je commencé de m'en servir que Tusaige m'en feust osté par une mort précipitée , et mes yeux qui n'avoyent veu la lumière que deux ans trois moys et sept jours, le mercredy xxiix d'octobre mdxxcvii » environ dix heures du soyr, demeurèrent enveloppés d'une obscurité qui seroit éternelle sans Tespérance du jour du jugement. Dieu sçait de quelle affection et diligence les moyens de ma guérison feurent recherchés I Combien de remèdes feurent essayés en terre et combien de vœux adressés au ciel 1 Mais enfin toute$ demeurant inutiles , il fallut obéyr à la nécessité en cest accident si funeste et si déplorable. riuKço» mon père et magdalaihe ma mère se procurant une triste consolation par le moyen d'un objet qui leur représente la souvenance perpétuelle de ce qu'ils ont aymé si chèrement, et faisant le dernier office à celui duquel , si la mort eust considéré les âges , ils le devoyent recevoir , m'ont avee des larmes qui ne seicheront jamais, posé ce lamentable monument, passant , ne cherche rien de certain en Tincertitude du monde I Dis les belles parolles à mon ombre : asperges mes cendres et t'en va.

Qu'eût (lit Malherbe, s'il eût vu un de ses plus zélés biographes.

M. Roux-Alpheran lui-même, metlrc en doute l'autUenlicilé de sa filiatiou. et baser ce doute justement sur Tempressement que le poêle meta tout propos pour Taflirmer ? Qu'eût-il dit surtout s'il etkt pu lire ce passage d'un manuscrit sur la Noblesse Normande très-répaudd peu d'années après sa mort : « Les Malherbe dont « estoit le poète viennent de paisans de Missy^ dont l'un d'eux « s'establit à Caën et y fut tanneur, dont on voit encore la maison « en la paroisse Estienue (sic), du tanneor sortit Guillaume Malherbe advocat, père de François Malherbe, conseiller au présidial, qui « trouva moyen de s'enter sur les Malherbes du Bouillon dont il « estoit allié, et contrefist l'arrest de 1519 où il se fist employer, et passa ensuite devant les commissaires en 1598. Aiant depuis été « inquétés par les de la Rivière de Missy, en ibhO ils obtinrent un « arrest de maintenue par le crédit des jésuites chez qui estoit le « père Malherbe, et par de l'argent. Ce François qui establit le « premier cette noblesse fut père d'Eleazard, aussy conseiller à Caên, « et de François le grand poète. D'Eleazard sortit un autre Eleazard, « pareillement conseiller , qui a laissé plusieurs enfans; le poêle, « l'illustre, n'eut qu'un flis. »

(3) Ici s*arrête la copie de la Bibliotli^que Nationale ( M. B. Havbéau).

Lettre à IM. Wàhrî de Peiresc (i).

Monsieur,

Je vous supplye de mettre cette lettre dans le paquet que vous baillerez à monsieur du Mas (2), et m'envoyer la résolution du billet que je laissay hier au soir à votre homme pour vous bailler. Je vous remercie de vos belles et bonnes prunes^ et prie Dieu qu'il me tienne sain pour vous servir (3).

NOTES

(1) Peiresc ( Nicolas Claude Fabri dç } , conseiller au parlemenl de Provence, Tun des plus savants antiquaires du XVIi«. siècle, né au château de Beaugencier, en Provence, en 1580, mort en 1637. C^est à lui que sont adressées les lettres qui composent le t II, de Tédition de Malherbe, donnée par M. Biaise en 1822. Celles que nous donnons comme lui ayant été écrites, ont été omises par cet éditeur, bien qu'elles fissent partie du manuscrit de la Bibliothèque Nationale qu'il a reproduit.

(2) Ce i^ersomiage nous est inconnu.

(3) CebUlet ne porte ni date ni signature, il devait être joint à une lettre qu'il serait difikile d'indiquer (Revue de Bibliographie),

4n mi^iiie.

Fontainebleau , 2 octobre 1000.

Monsieur 9

Je ne veux pas payer les effets dont vous m'avez tesmoigné vostre bienveillance^ en vous offirsuit la mienne avecque des paroles ; mais puis que pour ceste heure la fortune ne me donne point de moyen de faire autre chose, si veux je que vous ayez quelque gage des promesses que je vous ay faites de me souvenir tant que je vivray de l'honneur que j'ay receu de vous en toute sorte d'offices^ où l'occasion s'est présentée de m'obliger. Geste lettre m'en servira 5 s'il vous plaist^ attendant que quelque meilleur se mette en sa place , et vous l'accepterez avecque vostre courtoisie accoustumée. J'escris tousjours, etc.... (1).

NOTE

(1) Ce début de lettre avoit été omis dans TédUioii de M. Biaise, t. II , p. 3 ( voyez cette édition ) , et dans celle de M. Parelle , Paris, 1825, t. II, p. ibi ( Bev. de Bib. ).

An même.

A Fontainebleau, ce mardi 10'. d'octobre 1606.

Monsieur,

Je veux que vous voyiez le dé^r qae j'ay de me conserver en vostre souvenance et par conséquent en vostre bonne grâce, et puis que je ne le puys faire autrement , pour le moins veux Je que le papier me rende ce bon office. Je vous escrivis, etc.. (1).

NOTE

(1) Ce commencement est omis dans l'éd. de M* Biaise, t II, p. 7 (voyeE cette édition).

An même.

A Paris, ce 8 décembre 1607 (1).

Ce me seroit un crime capital de ne vous escrire point par cette ocasion; mais pour cela vous n'aurez point de nouvelles, car il est minuit sonnée. Mons. le premier Président, à qui j'escris tout ce que nous en avons^ vous en fera part. Il me suffit que par ces trois lignes je vous tesmoigne qu'il me souvient des obligations que je vous ay> et que je désire que vous continuiez de m'aimer. Si je ne le puys mériter d'autre façon , au moins sera ce en vous en priant et animant de toute mon affection. Faites le donc. Monsieur, et me con* servez en voz bonnes grâces comme vostre plus humble et plus affectionné serviteur.

Fr. Demalerbe.

M. du Moustier (2) a commencé le troisième portrait; aussy tost qu'il sera achevé vous le recevrez avecque les deux autres (3) , vous l'avez fort obligé par ce que vous luy avez envoyé. Tout son désir est de vous contenter en ceste ocasion et vous servir en toutes où

il en aura le moyen. M. du Perrier (sic) (4) m'excusera pour cette fois; je luy baise bien humblement les mains et suis son serviteur.

NOTES

(1) Ms. Peiresc de la Bibl. Nat. — Malherbe n'a pas indiqué Tannée, mais elle est au dos de la lettre (Revue de Bibliog.),

(2) MM. Miller et Aubenas qui, les premiers, ont reproduit cette leUre dans la Revue de Bibliographie , ont écrit à tort db Monstibr ; cet artiste est nommé du Mousthier dans la xiiii*. lettre de Téd. de M. Biaise, t. II, p. &d. — C*est le fameux Daniel du Moustier qui mourut en 1631 après avoir peint les portraits de la plupart de^ personnages célèbres des cours de François !•'., Henry IV et Louis XIII. Il a fait quelques vers assez bons, qu'on trouve dans les recueils 4u temps ; il assistoit aux petites conférences de Malherbe et le voyait presque tous les jours. Dans quelques-unes de ses lettres le poète rappelle mon compère a J'ai envoyé votre lettre à votre compère et au mien b dit-il à Peiresc dans sa lettre cxxxvi.

(3) Malherbe parle de ces portraits dans la xxiii*. lettre de Téd. de M. Biaise : « J'oubliois à vous dire que le sieur du Moustier est si f content de vous , qu'il n'est pas possible de plus : il vous eust t envoyé le portrait de M. le premier Président , et à M. du Perrier f celui de M. le cardinal du Perron ; mais il attend que le mien « soit achevé, ce qui sera. Dieu aidant, cette semaine prochaine. « Pour les deux autres, je vous reponds qu'ils sont faits, car il « me les a apportés à voir; mais pour ce qu'il dit qu'ils se gàteroient « d'être roulés 9 et qu'il les veut envoyer étendus comme ils sont « dans une cassette, il veut attendre qu'ils soient tous trois ensemble; « je l'en solliciterai , en sorte que vous serez content.... »

On connaît à Caen deux portraits de Malherbe, l'un appartenant à M. P.-Â. Lair , et représentant le poète loi*squ'il était encore dans la vigueur de l'âge ; l'autre déposé dans la Bibliothèque publique de la ville , et qui le représente dans sa vieillesse. Ni l'un ni l'autre ne sont signés; mais, après avoir confronté le dernier avec celui signé du Moustier dans les éditions des œuvres de Malherbe de

i«80 et i6di, nous croyons pouvoir affirmer que ce portrait est authentique» et que la viUe de Gaen possède un original, ou l*un des originaux (il y en eut probablement plusieurs) de du Moustier. (à) Les différentes éditions de Mallierbe écriTentDu Perrier, du Perier ou Duperrier. La femille Duperrier Dumouriez , qui prétend descendre de Tami de Malherbe, a conservé cette dernière orthographe.

Monsieur (1),

Je viens d'arriver de la ville et jusqu'à ceste heure il ue m'estoit point souvenu d'escrire en Provence^ si bien que je n'ay eu loisir que d'escrire un mot à ma femme y que je vous envoyé pour mettre > s'il vous plaist , en vostre paquet* Vous ferez mes excuses à M. de Peresq. Par la première commodité je luy payeray l'usure de ce retardement. Bonsoir^ monsieur. Je vous baise bien humblement les mains et à M. de Gazan (2).

NOTES

(1) Ms. PisiresCi Bibl. Nat. -^ Ce billet qui» cpmme on le Yoit» a'est pdnt adressé h Peiresc, n'a pas de date; mais il doit être à peu près 4e la même époque que la lettre précé^enie ( Revue de Bibliog. )•

(2) Nous n'avons trouvé aucun détail sur ce gentilhomme.

A M. de Pelresc.

A Paris, ce 20 avril 1608.

Puisque vous avez ici M. de Valavez , vostre frère , il me deschargera de vous escrire les uouvelles. Il est assez curieux pour s'en aquitter dignement, et certainement je ne croy pas qu'il soyt bien aisé de vous rien mander qui en vaille la peine. Gela me garde d'escrire à M. le premier Président II y a trois ou quatre Jours que le voyage de Provence fut résolu à Fontainebleau. Mais avecque tout cela je ne le croy non plus qu'auparavant. Je voudroys bien que la Court m'y menast; nous verrons ce qui en sera. Continuez de m'aimer, je vous en supplye. Monsieur, et de me tenir pour vostre très humble et très affectionné serviteur (1).

Fr. Demalerbe.

NOTE

(1) Ms. Peiresc, Bib. JimU — (Revue de Bibliog,).

An même.

12 janvier 1609 (1).

Si jusques à ceste heure je me suys plaint légèrement de vostre silence, c'est à ceste heure que je le puys faire à bon escient. J'estoys résolu de m'en revenger et ne vous escrire de six mois, j'eusse dit de six ans si je pensoys que ma vie pust aller jusques là. Mais le porteur qui appartient à un de mes amis bien intime et bien particulier m'a mis hors de colère pour ce que, pour le vous recommander, il a fallu que j'aye rompu mon serment. Il n'a pas afaire de vous, mais de M. vostre père« à cause que son procès est aux Comptes. Je vous supplye, Monsieur, qu'il connolsse que vous m'aimez. Je sçay bien ce qui en est; mais je prens plaisir que les obligations que je vous ay soient publiées, afin que ce me soit d'autant plus de suget de penser à les aquitter. Je ne vous en sçauroys avoir une plus chère que cestecy. Adjoustez la donc aux précédentes. Je vous escriray plus au long par le premier; par ceste voye vous n'aurez

que VOS trois ou quatre lignes. Je suys tousiQurs vostre très humble serviteur.

Malerbe.

NOTE

(1) Ms. Peiresc, Bibl. NaU— f Revue de Bibliog,),

LETTRES INÉINITËS. 25

An même.

Monsieur (1) ,

J'avoys oublié à voas dire que je fis moy mesme porter la lettre que vous m'aviez recommandée h Torfevre de la iMaque. Si tost qu'il en vit le dessus, il me dit que c'estoit de son filz et me promit de luy faire responce. A cesle heure comme j'ay esté sur le point de clorre mon paquet, je Tay envoyé avertir. Il a dit qu'il avoit escrit trois fois depuys la lettre que je luy rendis. Le sire Beys (2) me vient d'envoyer une lettre que vous trouverez enclose dans ce paquet, avec une autre de M. du Moustier (3) qui a esté très content de ce que vous luy avez envoyé. Boii^our , Monsieur, ma letre est d'hier au soir et ce billet est d'aujourd'huy 28 de juin 1609, jour de saint Jean.

Votre très humble serviteur , Fr. Demalerbe.

NOTES

(1) Ms. Peiresc — ( Revue de Bibliog.).

(2) Celaient ce même personnage el le précédent qui servaient le plus souvent d'intermédiaires à Malherbe et à Peiresc dans leur correspondance.

(3) Voir la note de la lettre v, p. 19. .

An même.

A Paris, ce.... juillet 1609.

Monsieur (1),

Depays vous avoir escril celle que vous recevrez par ceste mesme-voye» j'ay receu ce matin sur les onze heures ung paquet que vous m'adressez pour M. Cenami et une lettre pour M. de Valavez. J'ay porté Tun et l'autre incontinant chez M. Marc« au quel II a laissé charge de tout ce qui le concerne , et de là Je m'en suys allé chez le sieur de Prédesëgle (2); je ne l'ay point trouvé; mais j'ay laissé à ses gentz le nom de mon logis par escrit , et leur ay dit qu'Uz m'envoyassent la responce demain au matin ; ce qu'ilz m'ont promis faire. Asseurez vous , Monsieur , que partout où je pourray quelque chose pour vostre contentement vous me trouverez disposé comme vostre très humble et plus affectionné serviteur.

Fr. Demalerbe.

NOTES

(1) Il y a plusieurs mots déchirés. — Ms. Peiresc, Bibl. Nat. — (Revue de BibL),

(2) A Texceplion de M. de Valavez , frère de Peiresc , les personnages cités dans ce billet nous sont inconnus; leurs noms apparaissent deux ou trois fois dans les correspondances de Malherbe.

LETTRES INÉDl'IES. 27

An même.

A Paris ce X*. janvier 1610.

Monsieur ,

Il y a cioq ou six jours que je vous escrivys tout ce que nous avions de nouvelles , au moins tout ce dont il me souvint Ce qui me resta lors, et ce qui depuys est survenu ^ vous le verrez en un mémoire que j'en envoyé à M. le premier Président (1) ; et le ferez voir^s'il vous plaist^à M. le président Gariolis (2), qui par mesme moyen vous communiquera quelque autre particularité que j'ay mise dans sa lettre. Il n'est pas possible que je rescrive tant de fois une mesme chose. Vous m'en dispenserez , s'il vous plaist. Monsieur, et m'aimerez touslours comme vostre plus bumble et plus affectionné serviteur.

Malherbe»

Je vous prie me faire ce bien, de baiser bien humblement les mains h M. le président de la Gepède (3) , et luy faire part de ce que je vous escris. C'est une amitié que la sienne, que je tiens extrêmement chère , et que je veux conserver par toutes sortes de

tesmofgnages de mon affection. Je luy escrivys par ma dernière depesciie. Gela me gardera de l'importuner par celtecy (4).

NOTES

(1) Voir la note de la lettre i¥, p. 83.

(2) Parent de la femme de Malherbe.

(3) Ami de Malherbe et de Peiresc; premier président à la Chambre des comptes d^Aix.

(U) Ms. Peiresc, Bib. Nat — (Revue de Bibliog.).

xir.

An même.

Monsieur ,

Ce mot n'est que pour vous adresser la lettre de Monsieur Prédesegle. Il a esté diligent à faire la responce; je le veux estre aussy à la vous envoyer. Adieu, Monsieur , je suys avecque raffection accoustumée vostre très humble serviteur.

Je vous avoys escrit que j'escriroys à messieurs noz premiers présidents (1) quand j'auroys leurs responces. Je les ay eues depuys et leur escris par cette voye; mais c'est si en haste que vous ne laisserez pas , s'il vous plaist , de leur faire part de ce que je vous escris (2).

NOTES

(1) Du Vaîr et de la Cépède. — Voir la noie 3 de la lellre xi, p. 28 , et la note de la lettre xv , p. 33.

(2) Ce billet n*a point de date, mais il est placé dans le manuscrit Peiresc entre deux lettres du mois de janvier 1610 (Revue de BibL ),

An ménie.

Mars 16i 2(1).

MONSIKUi; ,

Vous avez résolu avec M", voz enfans de ra'accabler d'obligations. C'est bien à la vérité quelque sorte d'injure » mais eir est trop douce pour m'en plaindre. Seulement regretteray-je que par quelque service je ne puisse rayer une seule de tant de faveurs par lesquelles vous me tesmoignez journellement vostre amitié. Accroissez la gloire de vostre courtoisie, et continuez de m'aimer sans espérance quelconque de ressentiment. Aussy feray-je beaucoup si je puis aller jusques à la reconnoissance. J'espère presque l'un aussi peu que l'autre, mais si ne laisseray-je pas de me juger digne que vous me teniez tonsiours pour vostre serviteur très tiumble et très affectionné , puisque en mon ame je me reconnoys tel aussy véritablement que personne à qui vous donniez ceste qualité. ,

NOTE

(i) Ms, Peiresc, Bib. Nal.— Celte date n'est pas de la main de Malherbe (Revue de Bibliog.),

LETTBES INÉDITES. 31

Monsieur (1) ,

Je suys le plus retenu que je puys à vous importuner, mais vous sçavez que, dans les délibérations grandes et petites, la nécessité est une raison à laquelle il n'y a point de réplique. Il y a environ trois ans qu'il vous plut me faire expédier un don de quelque nombre de places de maisons à bastir dans Fenceinte du port de Toulon (2). Il fut oublyé d'y employer le droit de lots et ventes, qui est^ à mon avis, ce que l'on appelle direct. Je vous supplye très humblement. Monsieur, pour couper chemin à ceux qui m'y voudroient troubler, de m'en vouloir accorder la gratifGcation entière, et, en la déclaration qui vous en sera présentée, me tesmoigner que vous voulez que je continue de faire estât de vostre protection , comme je continue. Monsieur, et continuerai toute ma vie d'estre

Votre très humble et très affectionné serviteur.

NOTES

(1) Cette lettre imprimée sans date par M. Hauréau, doit être, ainsi que la suivante, de 1618. L'une et Fautre sont évidemment adressées à Peiresc ou à La Cépède.

(3; « Au mois de juin 1615, Malherbe , alors gentilhomme ordi-

a naire de la chambre du Roi, présenta un placet à Sa Majesté, ten- « dant à obtenir, en pur don , un terrain où il se proposait de faire « bâtir des maisons sur les deux côtés du port de Toulon. Les con- « suis de cette ville s^opposèrent vivement à cette concession ; mais « 4es trésoriers généraux de France ayant reconnu que le projet de « Malherbe était utile, le Roi, par un brevet signé de sa main et daté a 4u dernier juin 1617, lui fit don des places de vingt-deux maisons « qui pouvaient être bâties dans Tenclos de la darsine (*) du port de « Toulon, d*un et d'autre côté, à la charge, lorsqu'elles seraient tt bâties , d'une censé annuelle de deux écus par maison , et des « droits seigneuriaux , en cas d'aliénation, au profit de Sa Majesté. « Ce brevet fut suivi de lettres patentes du Roi, adressées aux cours t souveraines de Provence, où elles furent enregistrées au mois d*avril tt 1618, malgré les nouvelles oppositions des consuls de Toulon. M. Âlpheran (Recfierches sur Malherbe ,p, 30) a donné de longs et « curieux détails sur cette affaire, sans toutefois pouvoir décider si « Malherbe a fait construire lui-même, en vertu de cette concession, « les maisons qui bordent les quais du port de Toulon (Revue de Bibliog. p. 283 ).

(*) Darsb ou Darsinb , petit bassin. — La partie d^un port de mer la plus avancée dans la ville , bordée d'un quai et fermée d'une chaîne , qui sert à

retirer les bâtiments de mer » et à tenir à flot les bfttiments désarmés

Sur l'océan , ces lieux retirés du grand port où les navires sont plus en assurance , s'appellent paradis , chambre , battin f Dictionnaire de TrhouxJ.

Monsieur 5

Toutes les foys qae j'ay désiré quelque chose , j'en ay eu de sy mauvais succès que je m'estois résolu de ne désirer jamais rien; mais il n'y a remedde. Je feray encore cest essey de ma fortune , quant ce né seroit que pour vous vérifier ce qui se dit communément ^ que i'espéransse est le dernier abitdont il faut se dépouiller : sy je me suis trompé ce ne sera pas sans excuse» puisque ce sera sur la promesse que vous m'avez fait de la faveur de M. le Garde des Sceaux (1) et de la vostre. Il n'y a gueres d'aparensse que l'on travaille aux penssions. Je vous ay veu sy prompt et sy franc à m'ofifrir ceste offre que je n'oserois estre cérémonieux à vous en réquérir. Sy en ceste occasion , il vous faut dire quelque chose à mon avantage» je ne croy point que ma vanité soit déraisonnable de vous assurer que vous n'en rougirez point. Et pour le moins aurez vous travaillé pour un des hommes du monde qui a le plus d'envye de vous témoigner qu'il est et sera tant qu'il vivra, etc.

NOTE

(i) Ce garde des sceaux était Guillaume du Vair, premier président du parlement de Provence jusqu'en 1616 et avec qui Malherbe avait, lorsquMl habitait Ain, formé une liaison assez étroite ; c'est lui que Malherbe, dans sa correspondance, appelle si souvent « M. le premier Président » sans auUre désignation.

3/i MALHERBE.

Monsieur (1),

L'ane des choses da monde que je fais le plus mal voloDtyers ., c'est d'importaner ceux à qui je ne puis faire service. Mais que ferois-je en cette occasion? Une pauvre damoîselle affligée a besoing de vostre protection et me supplye de vous la demander pour elle. Seroys-je sy dur et sy mal gracleuxMe luy refuser cest office? Je ne saurois» Monsieur, et mesmes, ayant la connoissance que j'ay de vostre courtoisye> qui saura bien considérer le mouvement que j'ay en ceste prière. Combien il est mal aisé de n'estre point esmeu en l'afliction d'une parente comme elle m'est 1 Je ne vous dys rien du fait, car vous le savez assez. Il me suffit de vous assurer que les obligacions qu'elle vous aura me toucheront comme sy elles estoient faictes à moy mesme» et me rendront satisfait des offres qu'il vous a piu me faire de vostre amytié, laquelle ne me sauroit estre tesmoignée en meilleur suject. Je vous en conjure. Monsieur, et vous supplie de vouloir me tenir en vos bonnes grasses, comme, etc

Vous usez trop de cérémonie en mon endroit et ne connoissez comme je sers volontiers mes amis. L'afection

avec laquelle j'embrasseray vostre affaire vous tesmoignera que vous y devés aller avec plus de liberté. Je n'ay point rhonueur de vous conoistre , mais la

recommandation que m'en fait M'. me seront {sic)

des solliciteurs assés diligents pour me faire aporter, en ce qui sera de vostre contentement ^ tout ce qui sera de mon pouvoyr. Je regreteray extrêmement le défaut que peut-estre mon peu de crédit vous y fera trouver 9 mais au moins ^ y verrez-vous, s'il plaistà Dieu, assés clair pour me donner la qualité de, etc., etc.

NOTE

(1) M. Hauréau qui copiait les minutes ou brouillons même des lettres de Malherbe a , sans doute par suite du peu d*ordre du manuscrit, confondu ce fragment de correspondance et le suivant sous une même rubrique. Nous avons cru devoir les diviser, parce qu'ils ne sont évidemment pas écrits à la même personne. Il serait difficile de deviner à qui ils étaient destinés; le ton cérémonieux du premier ne permet même pas de supposer quMl fût adressé à Peiresc ou à La Cépède, correspondants habituels du poète.

Belle et chère cousine (i]>

J'endare de vos belles paroles^ par ce qu'elles viennent de vous que j'aime et que j'bonore comme je doy; mais^ je ne les approuve pas pour ce qu'elles s'addressent à moy , qui suys trop à vous pour estre traité avecque ces superfluités. Trêves de tout cela , s'il vous plaisty chère cousine : reservez votre bien dire à quelque ocasion où il vous sera plus nécessaire. Ce qui s'escrit avecque vérité se doit escrire sans artifice; je m'en vas vous en monstrer l'exemple : s'il vous est agréable 5 vous le suivrez.

J^ay receu vostre lettre du deuxiesme de ce moys : ce ne m'a esté rien de nouveau que vostre homme face ce qu'il fait ; il ne me trompera point. Vous sçavez ce que je vous en ay tousjours dit : j'y persiste. Nous verrons Mons. d'Ëstricy et moy de tirer de madame de Longueville la lettre que vous désirez; peut-estre le voudra-t-elle bien faire» mais .c'est assavoir si ce sera avec fruit Je suys d'advis que^ pour nous donner suget de luy faire cette requeste^ vous m'envoyiez une lettre pour elle où vous ferez bien la piteuse. Ce sera là que vostre esloquence ne sera point mal à propos; car il faudra que» pour donner du poids h ce qu'elle escrira^ elle escrive de sa main; et je scay bien que ce

n'est pas chose à quoy ceste sorte de gens se dispose trop facilement. Quand vons ferez des recommandations, 00 à M', de Beanmont, ou à Mons'. d'Estricy, faites vos compliments un pen plus cérémonieux , afin que je leur puisse monstrer vos lettres, et que, par vostre honnesteté, ilz connoissent qu'ilz n'ont point mal employé leur courtoisie (2). Et quand mesme vous leur voudriez escrire un petit mot , je ne croy pas qu'il fust mal à propos pour vous. Tout aossy tost que j'ay receu vostre lettre, je m'en allay moy-même porter celle de madamoyselle de la Houssaye. Elle me doit demain bailler sa responce; mais vous ne l'aurez que par la première commodité , parce que j'auroys peur que le messager ne fust party. C'est une bonne femme et qui vous aime bien. Au demeurant, ma chère cousine, vous ne me faites mention que de deux de mes lettres. Il y en a une troisième; mais je crois que lorsque vous m'escrivistes , vous ne l'aviez point encores. receue. Je suis résolu pour n'y estre point trompé de tenir registre de la despense que cela coûte.

Mons'. de M ontbazon est en Bretagne, aux Estats, d'oîr il ne reviendra pour le plutost qu'à la fin du moys prochain. Mons'. de Nonneau y est avec luL Je Iny garderay vostre lettre pour son retour. Je vous baUleray encore un autre advis> que vous avez mis en vostre lettre M"*', de Longueuille après M', de Montbazon. Mais cela m'a empesché de monstrer vostre lettre à M'. d'Estricy. Il y a des personnes qui se piquent légèrement. Voilà pourquoi il est bon d'aviser à tout. Tassin » le messager , est celuy qui m'a rendu vostre lettre. Je vous prie que je sache sy vous la luy

avez fait bailler à Gaen , ou s'il est passé par le lieu où voos estes. Je vous feray tousjours tenir mes lettres par la mesme voye que jusqu'à ceste heure 5 si vous ne le commandez autrement. La semaine qui entrera lundy^ ne se passera point que l'affaire de M. I^e Marié ne soit faite , si elle se doit faire. J'y feray comme en chose qui me touche ^ ou, pour mieux dire 9 comme en chose qui m'est recwnmandée par la personne du monde qui a le plus de pouvoir sur moy.

Adieu > belle et chère cousine , je vous prie de baiser bien humblement les mains à M', mon cousin 5 votre oncle, et à M. de Ranville (3). Ite verront icy tous deux que je suys leur très humble serviteur.

NOTES

(i) Nous croyoDS que cette cousine est Marie Malherbe, fllle de Jacques Mallierbe, sieur du Bouillon, de la paroisse St-Sauveur de Caen, épouse de Pierre Blouet, sieur de Than, citée dans un manuscrit sur la noblesse que possède la Bibliothèque publique de Caen (M9s, de Qnens).

(î) L'importance de ce passage est réelle en ce qu'on y reU^ve, encore une fois, Fesprit minutiensement pointilleux dont on a pu juger par tout ce qui reste de Malherbe, notanunent par son Instruction d ton fiU.

(3) Baillehache, sieur de Banville.— Tous les autres noms contenus dans celte lettre sont ou trop historiques, ou trop peu importants, pour que nous ayons cru devoir leur consacrer une note spéciale.

xvm.

Ain

Obère gousinb^

Aiant à tous tesmoigner le désir que J'ay et que J'anray tonte ma vie d'estre enfermé en vostre mémoire ^ Je me snis extrêmement resjouy que ce porteur m'ait offert la comodité de m'y remettre. Ceux qui sont heureux montrent leur affection par les effets, les maliteureux comme moy sont réduits aux parolles. Louez-moy de vouloyr beaucoup et me plaignez de ne pouvoir rien.

kÙ MALHERBE.

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