VII. — A rOURVILLE
Seeaux, 99 juiliei 1690.
J'ay rendu compte au Roy de la lettre que vous m'avez ^rite le 17 de ce mois, et Sa Majesty continue d*approuver toute la conduite que vous avez eue depuis le combat qui a est^ donn^ le 1 0 , n'y ayant rien a ajouter k la fermet^ avec laquelle vous avez continue de poursuivre les ennemis. C'est cette fermet^ et cette envie de profiter de Tavantage que vous avez remport^ sur eux qui leur ont fait perdre le nombre considerable de vaisseaux quUls auroient sauv^ autrement, et qui ont rendu tons les peuples de la coste tesmoins de la victoire de Tarmee du Roy.
Et c'est aussy de la conduite que vous avez tenue en cette occasion si importante et glorieuse que je vous fais un compliment d'autant plus veritable que, outre la part que j y prends par la place oi!i je suis, on ne peut estre plus sensible que je le seray toujours a vos a vantages et a vostre gloire; mais, pour pousser k bout cette gloire et ces avantages, il ne faut pas croire que tout soit fait k pr^ent; vous ne faites que commencer, et c'est k cette heure qu^il faut recueillir le fruit de la victoire que vous avez remport^ sur les deux nations qui se pr^tendoient maistresses de la mer.
Pour y parvenir, il faut que vous vous mettiez au-dessus de la mani^re de penser naturelle k un homme qui commande une arm^e navale, qui, voyant plusieurs de ses vaisseaux incommode, vent les avoir tons en estat avant de se mettre en mer, et se laisse mesme quelquefois un peu tenter par la commodity plus grande qu il trouveroit dans les rades du royaume, tant pour luy que pour ceux qui sont sous son commandement. . .
(Arch, de la Mar. Dep4ehee de Ul mmr. de Pvntmt, 1690, fol. lai.)
tE MARQUIS DE SEIGNELAY.