VIII. — AU MfeME
Versailles, i^'aoust 1690.
J'ay rendu comple au Roy du eoDtenu en vostre letire du 29 du mois pass^ et du m^moire que vous avez apostill^, des diffi^rentes entreprises que Sa Majest^ a estim^ pouvoir estre teni^es par son arm^e navale apr^ 1e gain de la bataille du 10 juillet; et comme les apostilles de ce m^moire m^ritent une r^ ponse precise sur tous Ie8 points qui y sont contenus, Sa Majesty m'ordonne d'entrer avec vous dans un detail exact sur ce sujet , afin de ne vous iaisser rien a douter de ses intentions sur i'employ de son arm^ navale pendant le reste de la campagne.
Par toutes les lettres qui me viennent de Hollande et par tous les avis seurs que nous avons d' Anglelerre , de Testat auquel sont tous les vaisseaux tant anglois que hollandois depuisle combat, vous pouvez estre certain que les ennemis ne pourront remettre ensemble une arm^ capable de se pr6>enter devant celle de Sa Majesty que vous commandez, avant le 8 ou le 10 septembre; et comme vous s^avez qu'il ne sera plus question de les aller chercher ni de demeurer mesme dans la Manche dans cette saison , vous aurez tout le temps d^ex^ cuter pendant le reste de ce mois les entreprises auxquelles I'arm^e peut estre occup^e, Sa Majesty consentant que vous ne retoumiez plus vers le Pas-de-Caiais pour y rien entreprendre , tant parce que la contrariety des vents et de la navigation pourroit consommer inutilement la meilleure partie de ce mois, que parce qu'on n'auroit plus le temps de rien entreprendre sur les costes de Hollande etqu^ainsy tout se r^duiroit a se presenter inutilement devant la Tamise pendant que les vaisseaux ennemis sont retir^ si avant qu il n'y a pas lieu de pouvoir rien tenter contre eux dans le peu de temps qu'on anroit pour le faire. Ainsy toutes vos vues doivent aller k Texecution de Tentreprise de Plymouth.
Je vous diray franchement que le Roy n*a point est^ satisfait de la mani^re dont vous en ^crivez. Vous s^avez que cette entreprise a est^ discut^e en presence de Sa Majeste pendant cet hyver; vous mesme n'y avez trouv^ aucune difficult^, par tous les plans qui ont est^ lev^s de ce port et par les rapports qui ont est^ faits par les pilotes. On a toujours jug^ que Tentreprise de brusler les vaisseaux dans le Catwater* cstoit tr^s-facile ; que celle de brusler les vaisseaux qui se trouveroient dans le port de Plymouth esloit plus difficile, mais qu'elie se pouvoit ays^ment faire avec des galores. Aussy Sa Majesty n*a jamais pu pr^voir lesdifficult^s que vous apportez a present pour rex^culion de ce projet, et elles sont d'autant plus fascheuses que jamais on n'a pu esp^rer rien de plus favorable que ce qui arrive h Theure qu'il. est. Killegrew est avec neuf ou dix vaisseaux de guerre dans un des costes du port; 1 5o ou 200 bastimens mar-
* Parlie orientalo du port dp Plymouth , deslin(?o ^ la marine marclumde.
Lii LMRODIJCTION (ANNEXES).
chaiids sont retir^ dans le Calwater, ei voas pourrez, apr^ avoir battu Tannee enneniie, aller bnisler ces vaisseaux de guerre, si vous trouvez Tenireprise possible, ou au moins vous rendre maistre des vaisseaux marchands et terminer par la et par la descente que vous proposez une campagne dont les conimencemens ont est^ si glorieux, et dans laquelie Sa Majesty ne pourroit s^empescher de voir qu'on a manqu^ de faire une pariie de ce qui estoit pralicable. Je me remets k ce que j'^cris sur cela par ordre du Roy k M. de Bonrepos ', et vous conjure d'apporter a cette entreprise toutes les facility que vous trouverez possibles.
Sa Majesty a approuv^ les raisons que vous avez eues pour ne point tenter de descente k Tisle de Wight, et cette r^olution est d'autant plus convenable que les autres descentes que vous proposez peuvent se faire avec plus de reputation pour les armes de Sa Majesty et plus de perte pour les ennemis.
( Areh. deia Mar. DipSch$$ de la mar. de Ponant, 1690, foi. 171.)