‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 100 sur 246 · SEN ALLANT AU CANADA · texte numérisé non relu

SEN ALLANT AU CANADA

Paris, 1" may 1669.

La premiere chose que le sieur Gaudais doit consid^rer, c'est que devant revenir avec les mesmes vaisseaux sur lesquels il passera en Canada, et qui , vraysemblablement , n'y demeureront pas plus d un mois ou six semaines depuis le jour du d^barquement jusqu'^ celuy qulls mettront k la voile pour revenir en France, il est n^cessaire qu'il ayt une application particuli^re et continuelle pour tirer dans cet espace de temps les Eclaircissemens sur toutes les mati^res contenues en la pr^ente instruction.

* Voir n, Indtutrie, pi^ d° 87. quaiit^ de commissaire , pour prendre posses-

' Gaudais avail et^ envoy^ une prenoi^e sion de toute la Nouvelle-France au nom du fois au Canada , en 1 663, avec M. de Mdiy , en roi.

Premi^reaienl, il faut qu'il prenne une information exacte de la situation du pays, k combien de degr^s il est du p6le, de la longueur des jours et des nuits, de leur plus grande difference, des bonnes ou mauvaises qualit^s de Tair, de la r^gularit^ ou irregularity des saisons et comment ce pays est expos^.

Apr^s ces premieres connoissances , il sera h propos de s'^claircir soigneusement de la fertility de la terre , h quoy elle est propre ; quels bleds , semences ou legumes y viennent plus ays^ment; la quantity de terres labourables qu'il y a, celles que Ton y pourroit d^fricher dans un certain temps, et quelle culture Ton pourroit leur donner. Et, comme Testablissement que le Roy pretend faire audit pays depend en quelque fa{on de celuy qui a est^ fait par la compagnie qui s'estoit form^e pour cela, par la la permission du feu Roy, il sera bon de faire une description des trois habitations de Quebec, Montreal et des Trois-Rivi^res , du nombre de families qui les composent^ et combien il pent y avoir d'&mes, tant de Tun que deTautre sexe; a quoy particuli^rement les habitans s*appliquent: en quoy consiste. leur commerce, les moyens qu'ils ont de subsister et d'^lever leurs enfans.

Le sieur Gaudais estant inform^ que la principale chose qu'il faut examiner pour la manutention des colonies dudit pays et pour leur augmentation est de defricher la plus grande quantity de terres qu'il se pourra, et de faire en sorte que tous les habitans fran(ois soyent unis dans leurs demeures et qu'ils ne soyent pas ^loign^s les uns des autrcs d'une grande distance, parce que non-seulement ils ne peuvent s'assister pour toutes les choses qui regardent la culture de leurs terres, mais mesme sont exposes aux insultes des sauvages et particulierement des Iroquois, lesquels, par le moyen de cette separation , peuvent venir presque a convert dans les bois jusqu'aux habitations desdits Francois, les surprennent facilement, et, parce qu'ils ne peuvent estresecourus, les massacrent et d^sertent ainsy les habitations qui sont ^parses qui 9^ , qui 1^ ; il n'y a rien de si grande consequence que de travailler h reunir lesdits habitans en des corps de paroisses ou bourgades, et a les obliger h defricher leurs terres de proche en proche , aiin de s'entre-secourir au besoin.

Et, quoyque ce moyen soitle plus certain, il trouvera assurement, estant sur les lieux, que le peu de soin et de connoissance que la compagnie qui a cy-devant possede le pays en a eu , et I'avidite de ceux qui ont voulu s'y

^ Eo 1666, iiy avail, d la NouveJie-France, lation totale ^(ail de 6,3 1 a Ames. II y avail 3,/i 1 6 habilanls, don I i^ZUh hommes capabies i i«i 76 arpento de lerres cullivto el 9, 1 36 do porter les armes. L'annee suivante, ia popu- b^les A comes.

habituer, lesquels onl toujours demands des concessions de terres de grande estendue dans lesquelles ils se sont estabiis, ont donn^ lieu k cette separation d'habitations, qui se trouventfort ^loign^esles unesdes autres. Non-seulement les particuliers qui ont obtenu ces concessions n'ont pas este en estat d'en fa ire les d^frichemens, mais mesme ont donn^ grande facility aux Iroquois h leur couper la gorge, les massacrer et deserter presque toules lesdites habitations; et c'est ce qui a oblige le Roy de rendre Tarrest dont la copie est mise entre les mains du sieur Gaudais , ensemble de faire ^crire h T^vesque de P^tr^e de remettre entre ses mains Toriginal dudit arrest pour le faire publier et aiEcher partout aussytost apr^s son arriv^e.

Gomme il se voit clairement, par les raisons cy-dessus expliqu^s, qu'il est impossible de se pouvoir jamais assurer de ce pays et d'y faire des habitations considerables, que Ton n'obligetous ceuxqui ont eu des concessions de les abandonner et de s'unir en des bourgade^ et paroisses les plus nombreuses qu'il se pourra, pour d^fricher toutesles terres qui se trouveront aux environs de proche en proche, lesquelles, en ce cas, il faudroit de nouveau partager et en donner h cbacune bourgade ou paroisse selon le nombre de families dont elle seroit compos^e , il taschera de persuader cette Y^rite par toutes sortes de moyens k I'evesque , au gouverneur et aux principaux du pays , afin q^u'ils concourent unanimement a faire r^ussir ce dessein, lequel il leur fera connoistre estre non-seulement d'une necessity absolue pour leur conservation , mais mesme que Sa Majesty le fera ex^cuter par une revocation generate de toutes les concessions ^ . .

II rapportera, s'il se peut, un r6le de tons les habitans, taut hommes, femmes, gar^ons, filles, que petits enfans.

II s'informera soigneusement de toute Testendue du pays qui est occupe par les Francois, de cbacune habitation en particulier, du nombre des families et des personnes dont elles sont composees, et des lieux de leur situation , dont il faudra dresser une forme de carte aulant exacte qu'il sc pourra.

II fera mention du nombre d'arpens de terre qui seront laboures et enclaves en cbacune habitation, et de quelle qualite sont celles non defrichees qui se trouvent entre les susdites habitations.

II s'informera aussy de la quantite de bled que le pays peut produire , annee commune , s'il en produit une plus grande quantite qu'il n'en faut pour la subsistance des habitans, et s'il y a quelque sorte d'esperancc que

^ Nous avoDS supprim^ ici plusieurs para- peu pr^ idenliques quelques points de IMns* graphos qui reproduisent dans des termos a truclion de M. Talon. (Voir pi^ce n* 3.)

cela pourra s'augmenter ou Don, estant d'une extreme consequence pour les peuples de cultiver la lerre en sorte qu'elle fournisse plus de bled qu*U n'est n^cessaire pour leur nouniture , afin de n'estre pas exposes h I'avenir h k mesme peine oiils ont est^ jusqu'a present de ne pouvoir nourrir les personnes qui y passeront chaque ann^e, si en mesme temps on n'y porte des farines pour leur subsistance.

Le sieur Gaudais observera s'il manque audit pays de femmes et de filles , afin d'y en envoyer le nombre n^cessaire TanD^e prochaine.

Le principal prejudice que les habitans regoivent venant des Iroquois , lesquels k tons momens attaquent les Francois au d^pourvu et les massacrent cruellement, sans qu'il y ayt d'autres moyens de rem(idier h leurs surprises qu'en les allant attaquer dans leurs foyers et les exterminer chez eux, le Roy a r^solu, en cas qu'on Testime n^cessaire, d'envoyer, Tann^e prochaine , des troupes r^g^^es au Canada pour entreprendre cette guerre et mettre ses sujets de ces quartiers-la k couvert une fois pour toutes des violences et des inbumanit^s de ces peuples barbares. C'est le sujet pour lequel il faudra que le sieur Gaudais examine avec grand soin et avec grande application le nombre d'bommes qu'il sera h propos d'y faire passer, les munitions de guerre et de boucbe qu'il sera besoin d'avoir, et les assistances que le pays pourra fournir de luy-mestne; h quoy h I'avance il sera bon de le disposer, afin que, quand les troupes de Sa Majesty arriveront sur les lieux , elles trouvent les choses prestes pour agir avec vigueur et ne perdre point de temps dans I'attente des pr^paratifs n^cessaires pour cette guerre.

Estant constant que la difficult^ du d6fricbement des terres et la facility que les Iroquois ont de venir attaquer les habitations des Francois proviennent de la quantity de bois qui se trouvent audit pays, il seroit bon d'oxaminer si Ton n'en pourroit pas brusler une bonne partie pendant I'hyver, en y mettant le feu du cost^ du vent , ce qui se rencontre bien souvent tr^s-facile k faire dans les forests du royaume ; et peut-estre , si ce moyen est praticable comme il le paroist, il sera ays^, en d^couvrant un grand pays, de d^fricher des terres et d'empescher les ravages et les surprises des Iroquois.

Le Roy desire que le sieur Gaudais examine et voye I'estat de toutes les d^penses auxquelles le pays est oblig^, comme appointemens des gouverneurs, soldo des officierset soldats, subsistance de I'^vesque, des prestres et des J^uites, et autres d^penses communes; et les fonds dont ledit pays jouit pour y satisfaire.

11 prendra connoissance de toutes les dettes du pays; de quelle qua-

lit^ elles sont , quand , par qui , pour quelle cause et en vertu de quels litres elles out esi6 contract^es.

Et d'autant que le principal revenu dont la compagnie jouissoit consistoit en Tachat et traite des pelleteries qu'elle avoit seule, et qu'eile a c^^s aux habitans .par un trait6 particulier, k la reserve d'un millier de castors pour chaciin an, et que cette cession s'est trouv^e fort doramageable audit pays , en ce que les habitans ont appliqu^ la meilleure partie de leurs soins h ce tra6c au lieu de les appliquer enti^rement, comme ils faisoient autrefois, au d^frichement et culture des terres; etmesme que Tachat des pelleteries estant libre k tons les babitans, et ne se faisant que des mains des jsauvages, ils les ont ench^ries a Tenvy les uns des autres , en sorte que tout Tavantage est pass^ aux sauvages et toute la perte aux Francois, le Roy veut que le sieur Gaudais s'informe particuli^rement des moyens de retenir au profit de Sa Majesty ladite traite, en faisant connoistre aux habitans que c'est leur bien , et qu'elle n'entend tirer aucune utility dudit pays, au contraire , qu'elle vent y employer une somme considerable tons les ans pour le maintenir, Tentretenir et le peupler.

II observera tout ce qui se pent et doit faire pour Testablissement des droits de souverainet^ et de seigneurie directe et fonci^re dans toute lestendue du pays, sans toutefois fouler les habitans, que Sa Majesty veut soulager en toutes choses.

II s'informera si Ton pourroit ouvrir en ce pays-1^ quelque mine de fer, ainsy qu'on Ta rapport^ icy, et quelle utility il en reviendroit, soit au Roy, en faisant entreprendre ce travail , soit aux particuliers auxquels Sa Majesty en donneroit la permission; mais ce qu'il faut verifier encore plus clairement, est s'il est vray qu'il se trouve audit pays une prodigieuse quantity d'arbres d'une hauteur extraordinaire dont on pourroit faire des masts pour les navires du plus grand port que le Roy ayt k la raer, et qu'il s'y en rencontre d'autres propres pour toutes les parties d'un navire , en sorte qu'il sera facile d'en construire audit pays k pen de frais , en cas que Ton y ayt de bons charpentiers et des gens entendus au choix des arbres^

Sur ce qu'il a est^ remontr^ au Roy que jusqu'^ present la propriety dudit pays ayant appartenu a la compagnie de ses sujets, laquelle, depuis, a remis ses droits entre les mains de Sa Majesty , il n'y avoit point de

* D^apres les ordres (le Colbert, rintendant un oonlre-roattre et cinq charpentiers, ainsi <le Rochefort conclut un march^ 4 cot eflet nvcc qii^avec neuf foi*f(erons et deux compagnons;

justice r^gl^e en celte colonie, en sorte que Tautorit^ n*en estoit point reconnue universellement et que, par le d^faut de caract^re de ceux qui estoient pr^pos^s pour la rendre , les jugemens qui intervenoient demeuroient le plus souvent sans execution, Sa Majesty r^olut, il y a quelque temps, d'y cr^er un conseii souverain^ lequel seroit compost du gouverneur, de I'^vesque et de cinq autres personnes, dont les exp^'tions ont est^ d^livr^es icy audit ^vesque. C'est pourquoy il sera bien important que le sieur Gaudais, pendant le s^jour qu'il fera sur les lieux, remarque avec soin de quelle mani^re I'establissement de ce conseii se fera, le choix des sujets qui sera fait pour en remplir les charges, Fapprobation qui y sera donn^e par les habitans, et si Iqs plus gens de bien d'entre eux estimeront que par le moyen dudit conseii Ton pourra les assurer contre les entreprises des meschans, punir ces derniers selon la s^v^rit6 des lois, et g^n^ralement establir une bonne gustice etla maintenir parmy eux.

Pour ce qui est de la religion, T^vesque de P^tr^e estant venu icy pour rendre compte au Roy de ce qui se pouvoit pratiquer pour estendre la foy parmy les sauvages de ces contr^es-la, pour bien policer cette nouvelle ^glise et pour cultiver les bonnes dispositions que les Francois ont de se conformer enti^rement aux maximes du christianisme , il seroit superflu que le sieur Gaudais s'appliquast k cette mati^re, parce qu'elle est particuli^rement du fait dudit ^vesque, auquel Sa Majesty a donn^ et donnera cy-apr^s toute Tassistance dont il aura besoin pour la conduite de son troupeau et pour Tavancement de ses pieux desseins.

Au surplus, comme le sieur Gaudais verra plus clairement sur les lieux toutes les choses qui m^ritent d'estre observ^es, tant pour Tavantage du service du roy que pour celuy des sujets de Sa Majesty en ce pays*li , elle se remet k son activity et k sa vigilance pour Ten ^claircir, k sa pmdence et k son discernement pour ne point faire d'observations qu'elles ne luy paroissent importantes, et k son zk\e et a son exactitude pour n'en omettre aucune de celles qu'il croira devoir estre utiles.

(Arch, de la Mar. Ordra du roi jwur hs compaffniea de$ lnde», 1669^ fol. 90.)

en le fc^liciUnt de ce march^ par sa lettre du garde qnHls s^employent bien et utilement.?)

6 juin, le minisire ajoutait : {Dep, cone, la mar. fol. 169.)

n 11 faudra augmenter ce nombre tous les '. LY>dit de creation dc ce conseii est de

ans et y envoyer un comroissaire ou un autre mars 1 669. oflicier de marine babile qui puisssc prendre

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