‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 102 sur 246 · III · texte numérisé non relu

III

rien a vous dire sur son esprit, mais peut-estre que, avec le temps, vous auriez reconnu en luy dc meilleures qualit^s que vous n'avez fait en si peu de temps que vous Faviez pratiqu^ lors de la date de vos lettres; au moins vous puis-je assurer que c'est un homme qui est icy en fort bonne estime et qui auroit remply dignement les fonctions de son employ; et, quoyque je sois persuade qu'il n'eust pas est^, avec le temps, si absoiument d^ndant de M. TEvesque et des p^res J^suites, je crois n^nmoins qu'il est fort k estimer davoir eu de la ditirence et de i'estime pour eux.

En un mot, je dois vous dire qu'il est n^essaire qu'un homme, au poste ou vous cstes, sduffre quelquefois les d^fauts des autres et qu'il s^ache se servir de ieurs bonnes qualities, encore mesme qu'elles soyent mesl^es de mauvaises, pour concourir au bien du service et ii I'ex^ution des intentions du Roy.

Vous appreodrez par les lettres de Sa Majesty ce qu'eUe d^ire dc vous pour maintenir les habitans dans I'exercice des armes et dans la discipline militaire; et vous devez consid^rer ce point comme le plus important et celuy qui contribuera le plus a mainteair, augmenter et fortifier ia colonic, d'autant qu'ils seront plus en estat de repousser les injures qui ieur pourront estre faites et de r^primer avec phis de force le^ irruptioas des Iroquois et de toutes les autres nations, s'ils en font.

Vous verrez que la resolution que vous avez prise de paroistre quelquefois k Montreal est bien conforme aux intentions de Sa Majesty ; mais elle desire que vous portiez plus loin cette pens^, c'est-^k-dire que vous paroissiez, s'il est possible, jusque dans les pays des Iroquois, avec toutes les forces que yous pourrez assembler, de deux en deux ans, ou plus souvent si vous I'estimez a propos, estaat certain qu'il faut establir dans I'esprit de ces nations une grande opinion de la nostre, pour les oontenir dans Ieur devoir; et cette grande opinion ne pourra jamais estre establie assez fortement jusqu'^ ce qu'ils ayeut vu trois, quatre, peu^estre cinq ou six fois, toutes les forces fran9oises dans Ieur pays; et quand cette r^utation s&m une fois bien establie, non-senleoient les habitans de cette colonie eu recevront les avantages de ne pouvoir jamais estre troubles dans ieur travail el Ieur commerce, mais mesme ces avantages, estant connus dans le royaume, convieroot un nombre considerable de Francois dV passer tons les ans ; en sorte que ce pays se peuplera et s'augmentera sans aucune peine.

Quoyque vous deviez apprendre par M. Talon tout ce que le Roy fait pour le(ht pays cette enn^e, je ne laisseray pas de vous dire en trois mots que Sa Majesty a employ^ plus de 900,000 livres pour toutes les choses

qu*elle a estim^ it^eessaire d'y faire, qu*il passe iSo filles pour y estre marines, six compagnies effectu^es de 5o hommes ckacune, avec pim de 3o o£Bciers ou gentiishommes pour s'y establir tous; et plus de aoo autres personnes qui passent pareillement dans cette vue. Vous voyez bien qu^un effort si considerable marqoe bien Testime que Sa Majesty fait de ce pays- 1&, et qu'elle consid^era bien les senrices qui luy seront rendus pour Taugmenter^

Sur le sujet de la trop grande autorh^ que vous trouvez que T^esque de P^tr^ et les J^ites, ou pour mieux dire ces demiers sous le nom du premier, se donnent , je dois vous dire qu'il est n^eessaire que vous agissiez avec beaucoup de prudence et de circonspection sur cette mati^re, vu qu'elle est de telle nature que, lorsque le pays augmentera en habitans^ assuriment Tautorit^ royale surmontera Teccl^siastique et reprendra la v^* ritabie estendue qu'elle dmt avoir. En attendant vous pourrez touJMirs empescber adroitement, sans qu'il paroisse ni rupture entre vous, ni partiality de vostre part, les trop grandes entreprises qu'ils pourroient faire; sur qiMj vous pourrez consults M. Talon et agir de concert avec lay.

(Arch, de la Mar. Ordtm dti roi p<mr le$ eomfmgme$ du lndt$, 1669,

16 —A M. L'^VfeQUE DE PIilTRfiE, AU CANADA,

Paris, i5ioay 1669.

J'ay rendu compte au Roy du contenu en vos d^pesches des dernier septembre , 8 octobre et 8 novembre de I'ann^e derni^re. Sa Majesty a este tr^-ayse d'apprendre que vous vous appliquiez toujours avec le mesme zMe et la me^fne cbaleur h vous acquitter de toutes vos fonctions, et elle ne doute point que la Nouvelle-France n'en re^oive beaucoup d'avantages et que ce ne soit un moyen assur^ d'augmenter consid^rablement cette colonie. Le nombre des manages et des baptesmes qui se sont faits dans la seule paroisse de Quebec , pendant I'ann^ demiire, en est une preuve indubitable, et Sa Majesty aimant et consid^rant ce pays-1^ comme elle fait, ainsy qu'il vous paroistra bien clairement par les grands efforts

* Colbert se f^cttait, dans une lettre du personnes 4 passer au Canada. Vous sqivex de

i3 aTril prudent, 4 Colbert de Terron, de quelle coos^oenoe il est de se conlenir dans

ce que cet envoi important s'^tait effedn^ k des bornes, partkiitf^meot 4 Tegard d'une

Taide des ressources accord^. «Je suis bien d^pense qui doit reoommencer tous les ans.^

ayse, lui disait-il , que vous n'ayes pas d^pass^ ( Mp. eone, la mm', fbl. ga. ) les fonds que je vous avois envoy^ pour les

COLOMES.

qu'elle a encore fails cefte ann^, elle a lieu d'esp^rer qu'avec le bon ordre qae vous apportez pour le spirituel, cette colonie recevra toutc raugmentation qu'elle desire.

Sa Majesty vous a accordcJ 6,000 livres de gratification cetle ann^e pour vous ayder a soulenir les d^penses que vous estes oblig^ de faire, et particuli^rement celles de rinstniotion des enfans des sauvages, dont elle desire que vous augmentiez lenombre autant qu'il vous sera possible, n'y ayant rien de plus important pour Tavantage de cette colonie et pour le salut des sauvages, qui est le principal soin de Sa Majesty, que de les joindre k la vie commune de.s Fran9ois ^.

J'ay apport^ cette ann^e toute la precaution possible pour ne recevoir que des hommes propres au travail pour estre transport's dans la Nouvelle-France. Pour cet effet, j'ay prid M. Colbert de Terron de prendre le soin des a 00 personnes qui y seront port^s sur le vaisseau du sieur Legagneur; et, sur ce sujet, je vous diray que jay trait' au nom du roy avec six capitaines pour y mener six compagnies de 5o bons bommes cbacune , kgis depuis vingt jusqu*^ trente ans , lesquels se doivent habituer dans ce pays-la apr^s dix-huit mois de paye; en sorte que nous devons esp'rer que les grands efforts que Sa Majest' fait pour le peupler, joints h vos soins, produiront les effels et la satisfaction qu'elle s'en promet*

Apr^s avoir examin' tout ce qui peut concerner le commerce du Canada, Sa Majest' a r'solu, sur le rapport que je luy en ay fait, de le laisser libre h tons les Franfois. Ainsy je dois esp'rer que cette liberty pourra contribuer encore beaucoup h les porter au commerce, lequel attirera Tabondance dans le pays, et, par Tabondance, la multiplicity des peuples.

Le Roy a r'solu d'envoyer quatre R'coUets au Canada, et Sa Majesf m'a ordonn' de vous 'crire qu'elle ne doute pas que vous ne leur donniez non-seulement le pouvoir d'administrer les sacremens h tous ceux qui en aurontbesoin et qui auront recours h eux, ce qui servira au soulagement de vos eccl'siastiques , mais mesme que vous ne procuriez leur establissement sur le bien qui leur appartient en ce pays-1^ ^.

M. Talon est inform' des gr&ces que le Roy a accord^es cette ann'e a

^ Golbeii, on le voit, insiste sur ce point dcja indique dans rinstructiou k M. de Bouteroue, pi^ce n* A. — II ecrivait encore ^ cesujel, u Tabbe de Qu^lus, le 10 mars 1671 :«Sq Majesty ne doule pas que vous n'exdtieK fortement les preslres de vostre s^minaire k infrtruire les enfans des sauvages el k les rendre capablos dVsIre admis dans la vie communo dos

Francis, afin de n^n composer qu^un mesme peuple et de fortifier, par ce moyen , d^aulant plus la colonie. n (Ordre$ du roi, fol. 35.)

* Les premiers missionnaires envoy^ au Canada, de i6i5 i i6s5, appartenaient en eflet k Tordre des R^collets. Trop pauvres pour subvenir aux d^penses de leur mission , ils y appel^rent, on iCaS , ios J^uilefi.

rbospital de Quebec pour suhvenir aux d^penses qu'il est oblig^ de faire ^ ety comme il yous en rendra compte, je me cootenteray de vous assurer qu*il ne se peut rien ajouter k restime que je fais de vostre z^le et du m^* rile que vous vous esles acquis, tant envers Dieu qu'envers le Roy et le public, par les soins que vous donnez ayec tant de succ^s k rinstruction de ccux qui composent cette colonie, que Ton peut appeler naissante, vu qu'elle n'a de vie que depuis le temps que vous vous estes d^vou^ pour elle^.

( Arch, de la Mar. Ordr$$ dn roi pour lu ootupaffm$i dea Mm, 1669 y

roi. \Uk.)

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