INSTRUCTION POUR M. DE LA HAYE
LlELTEiNAlNT GENERAL DAKS LES INDES ORIEISTALES.
(Minote autograpbe.)
Veraaillee, /i decembre 1669,
Le sieur de La Haye est inform^ que Sa Majesty envoyesix bons vaisseaux de guerre, deux flustes, un magasin ou hospital dans ledit pays, et que la compagnie des Indes orientates establie en France y envoye pareillernent trois grands vaisseaux.
Sa Majesty fait fournir des vivres k son escadre pour deux ans et a fait le fonds pour dix-huit mots de soldo, et son intention est qu'elle demeure dans les Indes trois ann^es enti^res dans le cours desquelles Sa Majesty a lieu d esp^rerque, par la Ipngue experience qu'ii s'cst acquise dansle commandement de ses troupes, ses armies et les fortifications des places, sa moderation, sa fermet^ et sa bonne conduite, elle aura la satisfaction de voir r^ussir le dessein qu'elle s'est propose de faire quelques establisse* mens considerables dans les Indes pour assurer le commerce de la compagnie qu elle a establie dans son royaume.
Pour cet effet, le sieur de La Haye doit consid^rer que la (In seule et unique que Sa Majesty s'est propos^e, en faisant une aussy grande d^pense que celle de I'envoy d'une escadre de vaisseaux si considerable et pour un si long temps, est d'establir si fortement et si puissamment la compagnie, qu'elle puisse se maintenir d'elle-mesme et s'accroistre et s'augmenter dans la suite des temps par ses propres forces.
Pour cet etfet, il faut qu'il se propose d'agir en tout de concert, et mesme suivre les lumi^res et les ordres des directeurs de la compagnie qui sont dans les Indes, Tun deux, qui est le sieur Garon, ayant une connoissance
Mi COLONIES.
profonde, par une experience de vingt-deux aon^s quil a pass^ au service de la compegnie des Indes orientales de Holiande, de tout ce qui se peut et doit faire dans les Indespour le plus grand avantage de la compagnie, Et Sa Majesty esiime si n^cessaire d'agir de concert avec les directeurs et mesme d'ex^uter tout ce qu'ils jugeront k propos, que, quand mesme le siear de La Haye connoislroit qu ils feroient mal » Siprhs leur avoir refrisentA ses raisMis, elle d^ire quil suive ponctaeilement leurs sentimens ; en quoy Sa Majesty laisse ^ sa prudence de reconnoistre s'il n'y auroit rien de contraire au bien de son service et h la seuretd de ses troupes et de ses vaisseaux, encore qu'elle n'estime pas qu'il y ayt aucun lieu de crainte , Tun desdits directeurs estant Francois, et Tautre naturalist et attache au service qu'il doit k Sa Majesty par beaucoup de bienfaits.
Sa Majesty estime n^essaire d'expliquer audit sieur de La Hayc les moyens particuliers par Icsquels il peut parvenir a la fin principale cydessus d^duite :
Le premier consiste h donner promptement ordre que toutes les armes, munitions, outils et autres choses n^cessaires pource voyage qui ont est^ ordonn^s par Sa Majesty, soyent achet^s et charges sur les vaisseeux pour estre en estat de partir au commencement du mois de Janvier pro* chain ;
Le second, k bien reconnoistre dans la route oi!i les vaisse«K de la oompagnie pourroient faire quelque entrepost, toutes ks nations qui font ces voyages ayant toujours estim^ n^cessaire d'avoir des lieux pour y demeurer dans les grands accidens et pour y praidre quelques rafraischissemens : par exemple les Anglois se sont establis en Tisle de Sainte-H^l^e, et les HoUandois au cap de Bonne-Esp^rance. Et par tons les rapports et toutes les connoissances que Ton peut avoir de cette grande et longue navigation, et par Texemple des Hollandois , qui se sent plus appliques qu'aucune autre nation h la rendre facile et commode, on peut tenir pour constant que Testablissement du cap de Bonne-Esp^rance est le plus facile et le plus commode, et mesme qu'il est presque n^cessaire.
M. de La Haye doit s^avoir de plus que Tambassadeur du roy en Portugal a ^rit depuis peu que, cet establissement estant absolument n^ces* saire, on pourroit le faire dans ladite isle de Sainte-H^l^ne, d'autant que ce seroit an passage commode pour toutes les deux Indes. Gomme les Portugais ont une longue experience et tr^s-grande connoissance de cette navigation, on doit facilement pr^supposer qu'ils s^avent Testablissement des Anglois dans ladite isle, et qu'il y en a deux ou.plusieurs de ce nomyk, ou qu'elle est assez grande pour y soufTrir deux estabtissemens. II s'en
ioibrmera partkuli^reiueot ; mais surtoui il prendra garde que cette d<^couverle ne le doit point retarder un moment dans son voyage en allant.
Mais, comme restablisseroent da cap de Bonne-Esp^rance se trouvera peut-estre n^cessaire dans la suite des temps , Sa Majesty veut qu il le reconnoisse avec aoin et application, quit mouille au fort des HoUandois appel6 TaUe Bay, et, sous pr^texte de leurdemander quelques rafraischissemens, k voye el le consid^re, ensemble Tentr^e et la rade des vaisseam, pout connoistre combien de Taisseaux et de quel port y peuvent entrer et demeurer, et de quels vents ils sont h couvert.
II fera aussy en mesme temps reconnoistre le lieu appel^ baye ds Saldanha, oil les Francois out est^ autrefois establis, ensuite tons les aulres lieux dudit cap oil i'on pourroit faire quelque establissement. En faire reconnoistre en sa presence les rades, les entr^s , sorties et lieux de demeure des vaisseaux, la quality du terrain , s'il y a de I'eau , du bois, s'il paroist de la pierre; et du tout, apr^s Tavoir bien reconnu, en dresser des m^moires, mesme des plans fort exacts, pour en conf^rer ensuite avec les sieurs de Faye et Caron dans les Indes, lorsqu'il sera arriv6 pris d'eux.
En cas que les vaisseaux de la compagnie fassent route avec luy, il doit observer de les cong^dier, sans attendre nn seul moment , d^ lors qu'il sera parvenu audit cap , n'estant pas n^cessaire qu'ils demcurent pendant le temps quil reconnoistra ce cap; et mesme les vaisseaux auront ordre de ne point toiicber k YiAe Dauphine, estant n^essaire, pour le bien de la compagnie et pour la satisfaction de Sa Majesty, qu'ils fassent leur route droit dans les Indes avec la plus grande diligence qu'il sera possible.
Attssytost qu il aura bien reconnu le cap de Bonne-Esp^rance, en quoy il consommera le moins de temps qu'il se pourra, il continuera sa route droit en I'isle Daupkine k la baye de Saint-Augustin, ou il y a apparence qoe le sieur de Mondevei^ue a«ra fait un establissement, suivant ses derni^res lettres. N^anmoins, comme il apprendni,ou avant son d^art, ou dans sa route, si ledit establissement sera fait, ou s'il sera demeur^ au fort Dauphin, il dressera sa route vers le lieu oil il apprendra qu'il sera, et, soit qu'ii se trouve encore sur les lieux, ou qu'il ne s'y trouve plus et qu'il en soit party pour revenir en France, le sieur de La Haye rendra les or^ dres du Roy et ae fera reconnoistre en sa quality de lieutenant g^n^ral de Sa Blajeat^ dans ladite isle, et en mesme temps se fera rendre compte de tontes cboses et domiera promptement ses ordres sur tout ce qu'il eslimera devoir estre observe pour le bien , Tavantage et la conservation de cette colonie. Comme Sa Majesty se remet a sa prudence suv tout ce qu'il estimera n^cessaire de (aire pour parvenir a la fin qu'elle s'est propos^e
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dans son establisseinent, il soffit seulement de luy dire que son intention est de donner un establissement solide a une colonie divis^e en deux ou trois endroits principaux de ladite isle, qui puisse, par ia culture de la terre et par les accommodemens n^cessaires ^ ia vie, donner Keu k y envoyer tous les ans quelque nombre d'hommes pour }a fortifier, et mesme que le bon estat ou la commodity et I'abondance de cette colonie puissent devenir telles, en peu de temps, que leg sujets de Sa Majesty y passent volontairement pour s'y habituer, et que, par succession de temps, k proportion do la force et du nombre d'hommes qui s'y trouvera, Sa Majesty pufsse prendre ses avantages pour se rendre maistre de ladite isle, civiliser les naturels et les instruire i h foy ^atholique.
Sa Majestci d&ire de plus que cette colonie , estant establie dans les lieux les plus commodes, elle puisse servir a recevoir, en cas de n^cessit^, les vaisseaux de la compagnie des Indes orientales et leur donner des rafraischissemens , comme aussy pour un jour establir quelque commerce et faire quelque establissement dans FAfrique. Pour parvenir k ces fins, il est car" tainement n^cessaire que M. de La Haye reconnoisse exactement les lieux ou la colonie a est^ ^tafalie, qu'il en voye les rades, les entries, les sorties, les lieux oil les vaisseaux peuvent demeurer; qu il s'informe soigneusement de tous les autres endroits de Tisle oil ces commodity se pourront trouver plus grandes, qu'il donne ordre de les faire reconnoistre avec soin, qu'il observe de mesme le dedans de ladite isle, la quality de la terre, des eaux V des rivieres , pour observer tous les avantages que Ton pent tirer des establissemens desja faits. et pour bien connoistre ceux que Ton pourra faire plus avantageusement, au cas que la colonie s'augmente en nombre d'hommes.
Son application principale sera, dans le s^jour quHl fera dans Tisle, de bien reconnoistre toutes les causes de la mis^re que les Francois qui y ont passed ont soufferte, y apporter les rem^des les plus convenables, les exciter fortement au travail et k la culture de la terre ;
Establir une bonne police, prendre garde de les'maintenir en paix et en union entre eux, et surtout de les tenir toujours dans Texercice des armes.
ATf^garddes naturels du pays, qui sont divis^s en une infinite de petits commandans particuliers de chacune nation diff^rente, Sa Majesty estime que , comme la fin principale doit estre de faire subsister les colonies des Francois qui sont establis dans le pays, il faut aussy que la paix ou la guerre avec les gouverneurs ou les capitaines de ces nations difE^rentes se fassent autant que la nc^cessite de cette subsistance le d^sirera; c'est-i-dire que, si
les Francois ne peuvent se garantir de la faim* que par la guerre, il faut la faire, estant pr^f^rable de mourir mesme les armes k la main, que de faim et de mis^re. Mais, si les Francois sont en estat depouvoir subsister^ il faut penser k en conserver et mesme k en augmenter le nombre ; et, pour cet effet , Sa Majesty estime qu'il faut faire paix avec les plus proches ou les plus puissans de ces gouveraeurs, les assister ensuite dans leurs guerres centre les autres, prendre bien garde de ne leur point faire donner d'armes k feu, ni de leur montrer jamais les moyens de s'en servir, et, dans toutes les paii et les guerres particuli^res qui se feront, prendre toujours des avantages pour la subsistance et Taugmentation de la colonie, et cependant travailler & la culture de la terre, a augmenter et fortifier les habitans, chercher les moyens d'y avoir des femmes pour y establir des families, jusqu'^ ce que, les colonies estant plus nombreuses, elles puissent faire de plus grands efforts pour leur bien et pour I'avantage du service de Sa Majesty.
II observera de plus tout ce qui se pourra faire pour fortifier le fort Dauphin ou Thabitation de la baye de Saint-Augustin , au cas qu elle soit restablie , et s'appliquera au poste qui pourra servir d'entrepost aux vaisseaux venant des Indes pr6f6rablement aux autres ; sur quoy il doit s^avoir que le sieur Garon a ^crit de Surate qu il croyoit que la route du nord de risle Dauphine, c'est-a-dire entre Tisle et TAfrique, seroit commode pour les vaisseaux. En ce cas, il y a appareoce que la baye de Saint-Augustin sera plus commode pour leur servir de retraite et d'entrepost que le fort Dauphin, sur quoy Sa Majesty se remet k la connoissance plus exacte que le sieur de La Haye pourra prendre sur les lieux.
Mais, comme tout ce qui est k faire dans ladite isle n est pas encore la principale fin de son envoy, Sa Majesty ne veut pas qu'il employe plus d'un mois ou six semaines de temps k y donner tons les ordres n^cessaires; en quoy mesme il pourra estre notablement soulag^ par le sieur de Champmargou, qui a le pouvoir de Sa Majesty de commander dans Tisle en I'absence du sieur de Mondevergue, et qui, par le long s^jour qu*il y a fait, s'est acquis beaucoup de cr^ance dans le pays. Elle d^ire qu'il remonte aussytost sur ses vaisseaux et s'en aille droit k Surate, oi!i il trouvera les sieurs de Faye et Garon , directeurs de la compagnie des Indes orientales, ou Tun d'eux, avec lesquels, apr^s leur avoir donn^ avis de son arriv^e, il conmiencera de conf^rer sur tout ce qui est k faire. pour tirer party de Tenvoy d'une escadre si considerable pour le bien et I'avantage de la compagnie. Et, encore que Sa Majesty s'en remette enti^rement a ce qui sera avisc^ et r^solu pntre eux, elle estime toutefois n^cessaire
rii,-a*. 3o
d'informer M. de La Haye de tout ce qu'elle croit devoir estre fait pour y parvenir.
Gomme cette escadre porte dans les Lades la premiere connoissance des acmes et de la puissance de Sa Majesty, il est n^essaire quil s'applique k la faire paroistre, a en faire voir la beauts, la force, I'artillerie, les Equipages en bon ordre, et k publier qu*elle n'est envoy^e par Sa Majesty que pour reconnoistre les lieux et les rades pour une plus grande flotte qu elle a r^olu d'y envoy er dans pen, en assurant qu'elle a ordre d'appuyer et de prot^ger le commerce de sa compagnie , et de ne donner aucun trouble a toutes les autres nations, estant important que les Indiens coofoivent une grande opinion de la justice et de la bontE de Sa Majesty, en mesme temps qu'ils connoistront sa puissance.
A r^ard des gouvemeurs ou commandans des provinces aux pays ou il abordera, il pourra leur envoyer faire compliment et en recevoir, et leur faire entendre les motifs que Sa Majesty a eus pour envoyer ladile escadre ; et il pourra en mesme temps faire dire par quelqu'un de sa suite que Sa Majesty a r^solu d'envoyer bientost une plus puissante flotte, qui portera des ambassadeurs et des pr^sens pour le MogoP. Sa Majesty se remet toutefois k ce qui sera estimE plus h propos par les direcleurs.
Par les lettres du sieur Garon , il estime qu'il n'y a rien de plus important pour le bien et i'avantage de la compagnie que de faire un establissement considerable dans Tisle de Geylan, qui produit la cannelle, et qui est h present occup^e par les Hollandois, qui, k Tayde du roy du pays, en ont cbassE les Portugais; mais comme les Hollandois n'occupent que la partie de I'ouest et du sud de Tisle, que le sieur Garon a commands pour eux dans cette conqueste, et qu'il a conserve beaucoup d'babitude avec ledit roy, il estime que Ton peut facilement faire k Test de Tisle un establissement qui seroit fort considerable et qui donneroit le commerce de la cannelle k la compagnie. L'autre establissement qui a toujours estE estime n^cessaire et fort avantageux est celuy de I'isle de Banca , situ^e k Test de la grande isle Sumatra, qui pourroit devenir plus considerable et plus commode que celuy de Batavia , qui est la principale place des Hollandois dans les Indes, et qui donneroit k la compagnie la facility du commerce
> Ge ne fat qu'en 1 678 que M. Baron , di- grand Mogol , poor hii faire pari de r^tabKase-
redeur g^a^nl de la compagnie, anx Indes , ment de la compagnie des Indes orientales, qui
alia eo ambassade ches le grand Mogol. Gepen- devait faire commerce dans ses Elats et lui de-
dant le Regittn d$$ ordrei du rtnpour les com- mander sa protection , et la seconde , au roi de
pagmei des Indes renferme deux lettres foites Perse , pour le pricr de favoriser la mdroe com*
en juillet 1 669 par Louis XIV : la premie au pagnie. ( Foi. 1 39 ct 1 Ao.)
de tootes les ^pic^e^ de toutes les isles et royaumes de Tlnde, mesme de la Chine et du Japon.
G'est k former et fonder cet establissement que Sa Majesty desire que le sieur de La Haye donne toute son application et employe toute son Industrie, et qu'il consid^re ce service comme le plus grand et le plus important qn'un gentilhomme puisse rendre k Sa Majesty , puisqu'il tend k establir sa puissance et son autorit^ dans un pays ou jamais celle de ses pr^^cesseurs n*a est^ reconnue, et duquel on pent tirer toutes les marchandises qui font la richesse et la puissance des Estats qui y ont port^ leur commerce.
Pour cet effet, Sa Majesty estime que les six vaisseaux qu*elle enyoye sont asset forts pour roister k toute puissance maritime qui voudroit s'opposer k son dessein , en quoy il doit seulenvent observer de le tenir secret pour empescher que par avance les ennemis ou jaloux de la gloire et de la puissance de Sa Majesty ne se pr^parent k le traverser. A regard des puissances par terre, les naturels ne sont pas asses forts pour Tempescher, d autant plus que le sieur Garon a commence quelque n^gociation avec le roy de Geylan , lequel, estant extraordinairement maltrait^ par ]es HoUandois, sera bien ayse de recevoir dans Festendue de son isle une autre nation qui le pourra prot^ger et mesme Tassister pour s'en venger^ Les Anglois sont foibles, et les Hollandois, quoyque puissans, n'oseront ouvertement empescber Tex^cution des desseins de Sa Majesty. Mais il sera bien n^cessaire de se donner de garde des surprises de leur part. Gela suppose, il sera n^cessaire d'avoir miUe bons hommes k pouvoir mettre pied k terre en cas de n^cessit^ ; les Equipages des vaisseaux en pourront foumir jnsqu'au nombre de 600; et Sa Majesty veut mettre /loo hommes de bonnes troupes sar les vaisseaux pour servir, tant au tcav»l pour fortifier les postes qui seront occup^ qu'^ en former les garnisoiM.
Sa Majesty estime que, aussytost que le poste de Tisle de Geylan sera choisy, M. de La Haye pourra retenir quelque temps les vaisseaux aux rades ou dans les retraites de ladite isle les plus voisines, faire d^barquer 600 honnnes, desquels il se servira, tant pour la garde que pour le fortifier; et 1^ il pourra demeurtr jiicqu'k ce que, par le moyen des palissades et des ouvrages de terre, il ayt pu mettre le poste en estat de se d^fendre, et qu'il Tayt muny de tout ce qui luy sera n^essaire, tant pour la subsistance de la garnison que pour le bien dtfendre ; et en mesme temps establira pour y commander le meilleur officier qu'il pourra choisir, auquel il recommandera de suivre son exemple, tant pour la vigi-
* C'est ce qui arriva deui ans plus Urd. (Voirpi^ n'68, et notes.)
&G8 COLOMES.
lance que |>our rapplicalion continuelle a la conservation et fortification de son poste'.
En mesme temps quil travaillera a I'establissement de ce poste, il prendra toutes les mesures et les lumieres n^cessaires pour TestaUissement de celuy de Tisle de Banca, observant toutefois de ne rien faire avec pr^ cipitation, estant n^essaire de rendre le premier bien assure auparavant que de penser au second ; et mesme, auparavant que de prendre r^solution sur celuy-cy , ii faut qu'il fasse bien reconnoistre la quality des terres , des eaux , des rivieres, des entries, sorties et lieux de s^jour des vaisseaux, pour connoistre parfaitement si cette isle en g^n^ral pourra foumir quelques vivres ou marcbandises a la compagiiie, ou si elle est assez avantageusement situ^e pour en pouvoir tirer d'ailieurs, particuli^ment si les rades et entries sont bonnes, et si les eaux douces y sont abondantes et salubres. Et si toutes ces n^cessit^ s*accordent h la commodity de sa situation, le sieur de La Haye travaillera h y prendre un poste et le fortiGer ainsy qu'il est cy-dessus dit pour Tisle de Ceylan.
Sa Majesty fait joindre k cette instruction Testat de toutes les mardiandises, munitions de guerre et outils qu'elle fait charger sur les vaisseaux pour servir h fortifier et munir les forts ; et elle fera embarquer sur les autres vaisseaux la somme de^. . . pour estre employee, lant a la subsistance des Equipages des vaisseaux qu'^ celle des garnisons qui y seront mises, comme aussy h toutes les autres d^penses que le sieur de La Haye estimera h propos et n^cessaire de faire pour le bien du service de Sa Ma-
ll doit observer que les officiers qu'il establira pour commander dans les forts doivent estre extr^mement sages, mod^r^, appliqu^ k la garde exacte de leurs places et ^ y travailler continuellement pour les rendre plus fortes, et surtout qu'ils ob^issent en toutes choses aux directeurs de la compagnie lorsquils seront pr^sens, h Texception seulement de ce qui conceme la garde et seuret^ de leur place.
Sa Majesty veut de plus que ces directeurs donnent le mot toutes les fois et tout autant de temps qu'ils seront dans la place , en Tabsence du sieur de La Haye, et que les commandans et officiers des troupes leur rendent les d^f^rences que m^rite la consideration que Sa Majesty a pour eux, qu'ils voyent estre assez grande pour la porter h faire une d^pense si considerable que celle de I'envoy d'une puissante escadre dans un pays si eloign^. Aussy connoist-elle clairement que les avantages que son royaume
' Le chiffire est laiss^ en blaoc dans la minute el dans la copio.
en recevra seront proporlionn^ aux soins et k la d^pense qu'elie fait pour maintenir et augmenter ladite compagnie. Mais comme cette d^pense et ces soins seroient enti^rement inutiles si les directeurs avoient quelque d^goust de la part des commandans dans les forts, Sa Majesty veut que M. de La Haye s'applique principalement k establir rinlelligence et la d^~ f^rence que les commandans doivent rendre aux directeurs, en telle sorte qu'ils soyent satisfaits et qu'ils ne puissent jamais avoir aucun d^goust; sur quoy il doit mesme consid^rer que, Sa Majesty leur ayant abandonn^ par r^dit de Testablissement de ladite compagnie tons les pays qui pourront estre occup^s par ses armes du cost^ de TOrient, des lors qu ils demanderont ^ Sa Majesty la remise desdiles places entre leurs mains, elle ne pourra pas s'empescher de le faire. C'est pourquoy les officiers les doivent consid^rer comme ayant peut-estre k leur ob^ir, si Sa Majestd prend la r&olution de remettre lesdite^ places entre leurs mains.
Sa Majesty veut recevoir avis , par toutes les occasions qui se pr^senteront, lant par mer que par terre du cost^ du Levant, de tout ce que le sieur de La Haye fera en execution de la pr^sente instruction.
Elle estime qu'en six ou sept mois de temps il pent se rendre h Surate; qu'en dix-huit mois il pent faire les establissemens cy-dessus marques; et apr^ avoir conf^r^ avec les directeurs sur tout ce qui est k faire pour I'establissement d'un entrepost, leur avoir fait r^cit de tout ce quil aura reconnu, tant de I'isle Dauphine que du cap de Bonne-Esp^rance, et pris resolution sur ce sujet, il pourra s'en revenir en France avec Tescadre des vaisseaux , apr^s avoir vu Tisle Dauphine , oili il restera encore quelque temps s*il ie juge a propos, et cependant renverra ladite escadre en France. Et en cas que lesdits sieurs de La Haye et directeurs ayent estim^ n^cessaire de former un establissement au cap de Bonne-Esp^rance, en donnant avis h Sa Majesty de tout ce qu'il estimera n^cessaire pour le faire, elle luy enverra un autre escadre de vaisseaux pour Taller prendre en fisle Dauphine, le porter au cap pour travailler k cet establissement, et ensuite le rapporter en France, oi\ il recevra des marques de sa bont^ et de sa munificence, particuli^rement s'il pent r^ussir k former ces trois establissemens.
Lorsqu'il retoumera des Indes, s'il peut dans sa route faire voir son escadre sur les costes de Malabar, et k toutes les nations qui poss^dent des terres et des places dans toute Testendue du pays, depuis le cap de Gomorin jusqu i TArabie, Sa Majesty croit qu'il sera fort avantageux k la reputation de ses armes, au bien et k Ta vantage de la compagnie; en quoy toutefois elle se remet k la connoissance qu'il aura des moussons , k la n^cessitd
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des vents eiklu diligence qu*ii doit observer dans ses routes, qui doit estre prtf^rable k ces considerations.
EUe desire qu'il observe une bonne et parfaite correspondance avec toutes les nations de TEurope qui trafiquent dans les Indes.
EUe fait mettre ^s mains du sieur de La Haye son ordonnance portant injonction k tous ses sujets de quitter I& Service des Estats et provinces estrang^res pour se retirer sous son ob^issance, afin qu il la s^me et la distribue par toutes les Indes et la rende publique autant qu'il se pourra. Et , comme Sa Majesty ne doute point que cette ordonnance ne produise Teffet qu'elle desire, il prendra soin de la faire bien executor, en faisant donner h ceux qui retoumeront k son service les mesmes gages et appointee mens qu'ils avoient au service des estrangers.
Nonobstant tout ce qui est cy-dessus dit des establissemens k faire, Sa Majesty se remet enti^rement aux resolutions qui seront prises par le sieur de La Haye et les directeurs sur la connoissance qu ils auront prise sur les lieux.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oi9, C0I6M-I §t SeigneU^, IV« oote i& » pike 19. — Areb. de la Mar. Ordm du roi pcwr In eompagmn dm Indet, 1669 , fol. t'jk.)