‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 130 sur 246 · COMMISSAIRE DE MARINE A PENTAGOUET · texte numérisé non relu

COMMISSAIRE DE MARINE A PENTAGOUET

Paris, 3o mars 1671.

Le sieur Paloulet doit observer que, ayant est^ charg^ par le sieur Talon, intendant de la justice, police et finances en Canada, dejaire Tachat de toutes les denr^es n^cessaires pour I'entretien et Taugmentation de la colonie de cepays-1^, il importe qu'il prenne ses mesures dans ce voyage de sorte qu'il puisse arriver au plus tard ^ Quebec dans le mois d'aoust ou septembre prochain, afin de pouvoir rendre compte de sa conduite au sieur Talon avant le ddpart des vaisseaux qui retourneront en France Tannic prochaine.

11 doit estre inform^ que, Sa Majesty estimant qu'il importe au bien de son service et a I'avantage de ses sujets de la Nouvelle-France, de rechercher les moyens les plus commodes et les plus faciles d'establir la communication entre les babitans de Quebec et ceux de I'Acadie, il n'y a rien de si grande consequence, dans ce voyage, que de s'appUquer h reconnoistre les lieux par lesquels le chemin doit estre conduit, et ce qui se pent pratiquer pour le rendre plus court et plus ays6 k tenir dans toutes les saisons de Tannine.

Mais, auparavant que de prendre ses ^claircissemens, lorsqu'il sera arrive audit pays, il examinera avec soin de quelle nation sont les babitans qui composent la colonie qui y est establie, et, pour cet effet, il fera une description la plus exacte qu'il luy sera possible de toutes les habitations; du nombre des families; combien il pent y avoir d'^mes de I'un et I'autre sexe; a quoy particuli^reraent les babitans s'appliquent; en quoy consisle leur commerce; les moyens qu'ils ontde subsister et d'^leverleurs enfans.

Comme la principale chose qu'il faut examiner pour la manutention et

' Les leilres de noblesse accords a Jean- archives de ia Marine, dans Ic m4me volume, Vincent Philipes, sieur de HauUm^nii, fits de fol. 5o. Pierre Phiiipes, sieur de Marigny, .sonl aux

raugmentation de la colonie est le d^frichemeot des terres, il observera soigneusement quelle estendue de pays est habitue par les Francois et antres nations qui sont sous Tob^issance du roy; s'ils sont unis dans leurs demeures; si la distribution des terres s'y est faite de proche en proche ou de loin en loin au gr^ du colon, ou s'il est resserr^ dans un corps de communaut^ ou de village; si toutes les concessions sont d^frich^es et de quelle quality sont celles incultes qui se trouvent entre les habitations.

Le sieur Patoulet s'appliqnera de plus a connoistre les productions de la lerre, pour juger de Futility que Ton pent attendre de I'Acadie ;

Si le froment, I'orge et les autres grains ou legumes de I'Europe que Ton y s^me y viennent bien ;

Si le chanvre el le lin y croissent;

Dans quelle saison Ton s^me tons les grains, dans quelle autre on en fait la r^colte, ce qu'il est tr^s-n^cessaire de s^avoir afin de pouvoir juger ce que Ton peut attendre dudit pays, tant pour le bien et I'avantage des sujels du roy qui y sont habitues, que pour I'establissement du commerce qu'ils peuvent faire en France et aux isles Antilles de FAm^rique.

Les pesches s^dentaires ayant beaucoup contribu^ k rendre florissante la colonie des Anglois establie k Boston, le sieur Patoulet ^tudiera avec soin et application la conduite qu'ils ont tenue et tiennent encore pour I'augmentation des pesches qu'ils ont establies aux environs de Pentagouet et duPort-RoyaP, afin de prendre les mesures les meilleures et les plus convenables qu'il sera possible pour celles qui doivent estre faites autour de Fisle Perc^e.

II fera une description exacte du nombre des ports et havres qui se rencontrent dans Testendue des costes;

S'il y a dans ledit pays plusieurs bestiaux, comme boeufs, vaches, brebis et chevaux, etsi Ton pourroit les faire passer par terre k Quebec, en cas de besoin;

Si les pasturages y sont bons ;

Si les hois sont propres k la construction des vaisseaux, et s'il s'y en rencontre de propres pour toutes les diff^rentes pikes qui y entrent;

S'il est vray qu'il se trouve audit pays une fort grande quantity d'arbres d'une hauteur extraordinaire, dont Ton pourroit faire des masts pour les navires du plus grand port que le roy ayt k la mer.

II examinera aussy quel commerce on peut establir entre ce pays-1^, le Canada et I'ancienne France.

' Principal port de IHradie, aujourd'hui Annapolis, dans ia Nouvelle-Ecosse.

Le sieur Patoulet observers avec prudence, et sans que le chevalier de Grand-Fontaine puisse prendre aucun ombrage, si les peuples sont satisfaits de la mani^re dont ils sont h present gouvern^s. S'U luy paroist qu'ils ne le soyent pas , il cherchera adroitement la cause de leur m^contentement , afin qu'estant connue de Sa Majesty, elle y apporte le remade qu'elle estimera convenable au bien de son service et au soulagement de ses sujets.

Le Roy d^sirant que la religion dont Sa Majesty fait profession ayt seule son exercice dans les lieux ^loign^s et qui sont n^anmoins sous sa domination , le sieur Patoulet remarquera quelle est celle des peuples dudit pays; s'il y a des prestres qui leur administrent les sacremens; comment ils y vivent; s'ils ont des lieux d'assembl^e; et s'il y a des ministres de la religion pr^tendue r^form^e qui en fassent publiquement Texercice.

II s'informera exactement du nombre des sauvages qu'il y a dans ces contr^es qui trafiquent avec les sujets du roy; quel est leur commerce; quelles sont leurs moeurs; et, s'il y en a qui soyent ennemis des Francois, leurs forces et les lieux de leurs habitations.

II examinera aussy de quelle mani^re la justice se distribue k un chacun.

Apr^s avoir fait toutes ces remarques, il passera au Port-Royal, oik il en fera de pareilles, et ensuite il s'en ira par terre k Quebec.

Dans ce voyage, il fera un m^moire ou journal exact de toutes les difficult^s qu'il rencontrera qui pourroient empescher la communication de ces deux pays, et cherchera tons les exp^diens dont on pourra se servir pour les aplanir. En chemin faisant, il reconnoistra la quality des bois qui couvrent la terre par ou il passera; si la mesme terre est propre pour estre habitue, et si lapesche est abondante dans les rivieres qu'il trouvera a son passage, afin de faciliter d'autant plus la communication. Enfin, il examinera si, par le raoyen de ce chemin. Ton pourroit avoir des nouvelles du Canada deux fois I'ann^e.

(Arcb. de ia Mar. Ordre$ du roi ponr let compagniet det bidet, 1671 > fol. 55. )

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