‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 150 sur 246 · A MM. GUESTON, BLOT ET BARON · texte numérisé non relu

A MM. GUESTON, BLOT ET BARON

DIREGTEURS DE LA GOMPAGNIE DES INDES ORIENTALES, A SURATE

Saintr-Germain , 1*' man 1 673.

Sa Majesty vous fait sjavoir ses intentions par la lettre cy-jointe, k quoy elle m'a ordonn^ d'ajouter qu'elle confoit beaucoup d'esp^rance du succ^s du grand dessein pour lequel vous avez est^ envoy^s , particuii^rement par toutes ies lettres qui ont est^ ^crites a la compagnie, dont eile a entendu la lecture enti^re. II ne reste qu'^ continuer, ainsy que vous avez si bien commence. Sa Majesty s(ait les difficuit^s que vous avez rencontr^es et celles que vous rencontrerez encore avant que cet establissement soit bien form^; mais elle n'attend pas moins de voslre application et de la resolution que vous avez prise de quitter vos families et vostre pays pour vous transporter en un pays aussy eloign^ que celuy-la ; et elle attend de vous des effets proporlionn^s k cette resolution. Et, quoyqu'elle soit bien persuad^e que vous n'oublierez rien , elle n'a pas laisse de m'ordonner de vous r^peter icy en peu de mots les principaux points auxquels elle desire que vous vous appliquiez, afin que, non-seulement vous ayez la satisfaction de voir que vous executez les ordres et les intentions du maistre , mais mesme que vous agissiez avec plus de force et d autorlte sur tons ceux qui sont soumis a vostre conduite.

Sa Majeste veut done que, en mesme temps que vous vous appliquez k bien regir le courant des affaires de la compagnie, c'est-^-dire k faire Tachat des marchandises que vous sfavez estre d'usage et de bon debit dans le royaume, k chercher avec soin les meilleures et les lieux oil vous les pourrez recouvrer k meilleur prix, vous travailliez, avec le mesme soin, a bien reconnoistre tous les abus qui se sont commis jusqu^ present, qui ne peuvent avoir este que grands et considerables ; qu'en cette recherche , vous vous donniez bien de garde de vous laisser prevenir; qu'en penetrant les abus et mesme en trouvant les preuves , vous ne laissiez pas d'agir avec un esprit de charite et de douceur, et que vous entriez dans les diflicuUes

qui se rencoDirent toujours dans Tex^ution d'un aussy grand dedsein et d'un establissement aussy nouveau que celuy-la I'estoit dans le royaume, ce qui pent causer toujours beaucoup de d^ordres d'autant plus pardonnabies cpi'ils proviennent, k regard des principaux employes a faire des establissemens de cette nature, ou de d^faut de connoissance, ou de n^g^igence , ou de prevention.

Sa Majesty ne peut pas croire, qu'& I'^gard des principaux, vous trouviez des fautes de malice grossiire ou d'int^rests particuliers; mais en cas que vous en trouviez, elle veut que vous les approfondissiez et que vous en tiriez la preuve et en envoyiez icy toutes les pieces afin qu'elle y puisse pourvoir. A regard des subalternes, Sa Majesty veut que vous agissiez avec eux avec plus de rigueur et que vous lesfassiez punir suivant le pouvoir<{u elle vous a donn^, et surtout que vous retranchiez h la compagnie tons les gages et salaires inutiles qu'elle paye , en renvoyant tons ceux que vous n'estimerez pas propres h la servir, et mesme tons ceux dont vous pourrez vous passer, ce que Sa Majesty ne doute point que vous n'ex^cutiez ponctuellement puisque vous s(avez mieux que personne qu'il n'y a que le mesnage et T^conomie qui puissent faire fleurir et rendre avantageux touto sorle de commerce.

Sa Majesty veut, sur toutes choses, que vous vous mainteniez ensemble dans une parfaite union, sans jamais vous en d^partir pour quelque cause que ce soit ; et sur une mati^re aussy importante et aussy delicate, elle ne recevra ni n'examinera les raisons et excuses d'aucun de vous, mais elle blasmera et tesmoignera la mauvaise satisfaction qu elle aura de tons. Et en cas qu'il arrive quelque semence de division entre vous, elle veut que vous vous en expliquiez ensemble; et, si vous ne pouvez pas convenir, que vous choisissiez aussy tost une personne tierce qui vous accommode en secret, en sorte cpi'aucun commencement de division ne paroisse en public.

Sa Majesty est assur^e qu*en cas que M. de La Haye soit encore dans les Indes, apres les ordres expr^s et r^it^r^s qu'elle luy a donnas, il contribuera h vous maintenir dans cette union et n'y apportera jamais aucun obstacle en tout ce qui le pourra regarder.

Sa Majesty veut de plus que vous vous appliquiez k arrester tous les comptes du pass^, en sorte que la compagnie puisse clairement connoistrc I'estat auquel elle est k present, et que vous establissiez des leneurs de livres dans tous les comptoirs, et en mesme temps I'ordre de rapporter tous les comptes particuliers dans un compte ou livre g^n^ral, et envoyer, par tous les vaisseaux de la compagnie, la balance de ses livres, afin qu'elle s^achc toujours I'estat auquel seront ses affaires dans les Indes. Sa Majesty

veut que vous vou3 appliquiez k ce point comme au plus important et plus n^cessaire pour le succ^s de cette entreprise.

Elle ne doute point que vous n'ayez estably des comptoirs dans tons les principaux lieux des Indes ou vous croirez pouvoir mieux d^biter les marchandises qui vous seront envoy^es, et tirer h meilleur prix celles qui se peuvent consommer dans le royaume et dans le reste de TEurope, et qu'a I'avenir les vaisseaux ne se trouvent charges de meilleures marchandises, mieux assorties et de meilleur prix qu elles n'ont est^ par le pass^; en quoy vous ne mafnquerez pas de suivre les avis et les m^moires qui vous sont envoy^s; comme, de la part des directeurs de la compagnie, ils ne manqueront pas de suivre les m^moires et instructions que vous leur enverrez.

Sa Majesty est aussy bien assur^e que vous aurez estably tout le commerce qui se pent faire d'Inde en Inde , qui est celuy qui a toujours est^ reconnu pour donner autant et plus de profit que celuy des retours en Europe.

A regard de Testablissement fait en I'isle de Geylan, Sa Majesty a r^solu de renvoyerle sieurde Beauregard^ par le mesme bastiment qui Ta apport^ en France, avec trente bons hommes qu'il a ordre de lever et seize fiUes qui luy ont est^ donn^es; et Sa Majest^ a ordonn^ de d^barquer les seize fiUes dans I'isle de Bourbon pour ayder h la peupler et de porter les trente hommes dans le poste qui a est^ occup^ et fortifi^ par le sieur de La Haye k Geylan, en la baye de Trinquemal^. Sa Majesty veut qu'en cas que ce poste ayt est^ maintenu jusqu'^ present, vous le consid^riez comme le lieu qui pent servir d'une retraite assur^e et d'un establissement seur k vostre commerce, et que vous travailliez, par toute sorte de soins, k le maintenir, en envoyant, non-seulement les vivres et rafraiscfaissemens n^cessaires a la garnison sur le pied de sa force, mais mesme en luy faisant foumir les autres n^cessit^s dont elle pourra avoir besoin, suivant la correspondance que vous tiendrez avec celuy qui y commandera et la connoissance que vous pourrez prendre par vous-mesme de ses besoins; et vous aurez soin de m'envoyer, par tons les vaisseaux de retour, les comptes de tout ce que vous ferez foumir k ladite garnison.

Vous apprendrez,par la lettre de la compagnie, quelle fait partir trois vaisseaux qui vous portent encore 700,000 livres^^e capital, tant en argent qu'en bonnes marchandises, et Sa Majesty s'attend que vous pren-

' Gapitaine des gardes. II avail et^ envoy^ 1679 , il ^tait reyenu en France pour en appor-

par M. de La Haye comme ambassadeur aupr^ ter la nouvelle k la cour. Renvoy^ aui lies, il y

du roi de Ceyian pour n^gocier la donation de oblint une lieulenance en i685, cl ful rem-

Trin^uemal^ et du pays de Gouliari. Le 8 juillel plaod Tann^ suivante.

drez si bien vos mesures que vous pourrez renvoyer toujours deux ou trois vaisseaux tous les ans, charges de bonnes marchandises bien assorties.

Sa Majesty m'ordonne surtout de vous bien recommander d'ex^culer ponctuellement tous les m^moires et instructions qui vous sont envoy^s par la compagnie touchant la quality et les assortimens des marchandises dont vous chargerez les vaisseaux; comme, de la part des directeurs, ils feront pareillement ex^cuter avec soin les m^moires et instructions que vous leur enverrez touchant les marchandises h envoyer dans les Indes.

(Arch, de la Mar. Ordret du rot pour les cofnpagnies de» Indet, 1673, fui. i3.)

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