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ie caractere de vostre esprit qui s^afTermit dans les plus grandes difficult^s pour les surmonter, parveuir h conserver un poste dont je connois bien rimportance et par ie moyen duquel je parviendray k faire connoistre ma puissance dans un pays oji Ton en avoit h peine entendu parler.
Je desire surtout que , non-seulement vous ayez toujours present dans Tesprit rimportance du service que vous me rendez, mais mesme que vous Ie fassiez connoistre souvent h lous les officiers et soldats qui servent sous vostre commandement,aiin que la connoissance que j'ay de leurs services les excite h surmonter toutes les difficult^s qu'ils rencontreront dans la suite.
Vous aurez appris que Ie sieur Caron a p^ry dans la riviere de Lisbonne avec mon vaisseau Ie Jules et tout ce qui estoit dessus, a Texception d'une bonne partie de I'^quipage, qui s'est sauv^e, d'un p^reCapucin^ et du fils dudit Caron , qui ont tons deux fait un r^cit fort exact de I'estat auqiiel vous vous trouviez dans la ville de Saint-Thorn^. Depuis ce temps, je vous ay renvoy^ Ie sieur de Beauregard avec trente bons hommes qui vous auront servy h remplacer un pareil nombre de ceux qui seront morts ou hors d'estat de servir.
Je vois, par vostre lettre du i/i septembre dernier, I'esp^rance que vous aviez de pouvoir vous saisir d'un poste h trois lieues de Saint-Thom6, duquel vous esp^riez tirer de grandes commodity; mais encore cpie cela me fasse connoistre que vous vous estes mis en estat, non-seulement de pouvoir conserver cette ville, mais mesme de faire quelque entreprise au dehors, je ne laisse pas de vous dire que la conservation de cette ville est d'une si grande consequence que je veux croire que vous aurez renferm<5 tons vos soins h la mettre en estat de pouvoir estre conserv^e.
Je ne vous dis rien sur la conduite du sieur Caron, Dieu en ayant dispose; mais, puisque vous aviez quelque suj^t de Ie soup^onner, vous avez fort bien fait de Ie faire repasser en France.
Quoyque jefusse bien ayse de vous accorder vostre cong^ pour retourner pr^s de moy, vous voyez bien clairement que I'estat des affaires de ce pays- Ik ne permet pas que vous les puissiez quitter. Ainsy, conmie je me suis confix h vous pour en faire I'establissement, je desire que vous y demeuriez tout autant de temps qu'il sera necessaire pour I'affermir en telle sorte que, toutes les difficult^s estant surmont^es, il n'y ayt plus qu'Ji conserver ce que vous aurez si bien estably pour ma gloire et pour ma satisfaction.
Et pour vous en donner Ie moyen , encore que vous soyez assez inform^
. ' Le p6re Denis, de Quimper.
de tous les efforts et des grandes d^penses que je suis oblig^ de soutenir dans la guerre que j'ay est^ oblig^ d'entreprendre centre les Hollandois et contre leurs alli^, dans laquelle j'ay desjJi refu des marques visibles de la protection de Dieu par la prise de quarante places et des provinces enti^res de Zutphen, Over-Issel, Utrecht et Gueldre, que je fis Tann^e derni^re, et par la prise de Maestricht^ que j'ay emport^e cette ann^e en treize jours de tranch^e ouverte, sur une gamison de 6,000 hommes de pied et de 1,900 chevaux, je ne laisse pas de faire estat de vous envoy er tous les ans, en deux temps diff^rens, deux vaisseaux avec cent bons hommes sur chacun et les agr^s, armes, munitions et mesme quelque argent pour fortifier, rafraischir la gamison de Saint-Thom^, et vous donner toujours d'autant plus de moyen de maintenir cette place.
Pour commencer, je fais partir une fluste nomm^e I'EUphant, sous la conduite du capitaine Barbaut^, avec les armes, munitions, agres et argent contenus au m^moire cy-joint; et, dans le mois de may prochain, je feray encore partir un vaisseau de plus grande force avec d'autres secours plus considerables.
Je vous recommande surtout de bien conserver les hommes que vous avez; et quoyque je s^ache que c'est vostre talent particulier, entre toutes les autres bonnes qualit^s que vous avez, je veux que vous croyiez toujours que la conservation d'un homme est ce que vous pouvez faire qui me soit le plus agr^le. Pour cela , il est n^cessaire que vous travailliez k leur faire avoir tout ce qui leur pent estre de besoin pour la vie et leur entret^nement; et, conmie vous ne manquez pas de prendre ce soin, vous pouvez aussy les obliger de travailler et de faire des actions de vigueur et de force pour imprimer de la crainte dans les esprits des ennemis et se mettre, par ce moyen , en estat de subsister avec facility et mesme d'estendre les conquestes que vous avez faites.
Vous s(avez aussy fort bien combien il seroit avantageux de rappeler tous les naturels du pays qui habitent dans cette ville-1^, en prenant les precautions n^cessaires pour empescher les accidens qui peuvent arriver, parce qu'il n'y a que le nombre des habitans qui donne ai^ soldats les commodit^s n^cessaires pour la vie.
^ En ^rivant i M. de La Haye, le U sep- vera dans un aulre volume {Affaire$ gene-
tembre suivant, Colbert lui disail : «Sa Ma- ral§$) la ietlre singuli^re quMcrivit Colbert k
jest^ en personne a asai^^ Maestrichl, et elie Louis XIV, le h juillel 1 673 , au sujet du m^me
a essuy^ tous les nsques que le moindre g^n^l iait d^armes.
d'arm^, dans le si^e d'une place qui a est^ * Jacques Barbaul, de Dieppe, capitaine de
tr^bien el tr^vigoureusement d^endue , peut fli^te a Rochefort, en i665, cass^ en 167/1,
courir.'j (Ordren du roiy fol. 36.) — Ontrou- pour avoir perdu VEiephant.
Je vous ay fait s^avoir amplement ia conduite que vous deviez tenir a r<^gard des HoUandois, et je vous r^p^teray souvent que, comme vous estes foible par mer, vous ne dcvez point leur declarer la guerre ni faire aucun acte d*hostiiit^ contre eux s'ils ne vous y forcent; mais, en ce cas, travailler h gagner les Portugais dans la mesme guerre contre lesdits HoUandois.
Je me remets enti^rement k vous sur la conduite que vous devez tenir, tant h regard du roy de Geylan que de tons les autres princes de ce pays- 1^. Surtout, je veux que vous ex^culiez ponctuellement les ordres que je vous ay donnas pour le renvoy de mes vaisseaux , ou tons ensemble ou deux k deux, et soyez bien assur^ que je les remplaceray par I'envoy de deux tons les ans; mais prenez bien garde de ne les tenir au plus que deux ou trois mois chacun dans les Indes.
Prenez aussy un soin particulier de me donner souvent de vos nouvelles en m'envoyant des relations bien exactes de tout ce qui se passe, ce que vous pourrez faire facilement par la voye des Gapucins et par les vaisseaux ang^ois ^ . .
(Arch, de la Mar. 0rdre9 du rot pwr k$ eompagnies dei Indet, 1673, fol. S's.)