‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 157 sur 246 · GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE

Paris, 6 septembre 1673.

Je feray seulement quatre mots de r^ponse k toutes les lettres que j'ay refues de vous depuis un fort long temps, 'rous avouant que je les trouve un peu trop longues, trop ennuyeuses et trop inutiles pour perdre mon temps k les lire toutes. Je vous diray seulement que je vois beaucoup de plain tes que Ton fait contre vous, et que vous travaillez continuellement k empescher, autant qu'il est en vous, que Ton ne puisse prendre cr^nce en tous ceux qui sont envoy^s de deli et en qui Ton doit naturellement en prendre.

M. de Baas est vostre ennemy, toute la compagnie des Indes occidentales veut vous d^truire; le sieur P^lissier est tout de mesme vostre ennemy d^clar^; le sieur Du Ruau Pallu ne Test pas moins, et ainsy de tout le reste; et tout cela tourne dans vostre imagination sans qu'aucun d*eux se soit jamais mis en devoir de vous rendre aucun mauvais office, mais seulement de dire la v^rit^ avec des circonstances telles qu'elle ne pent estre d^guis^e^

Les plus mauvais offices que Toil vous puisse rendre viennent de vos lettres par lesquelles vous me faites connoistre clairement que vous voudriez estre le tout dans I'isle dont le Roy vous a confix le gouvemement et dans toutes les autres. Les juges ne jugent pas bien s'ils ne jugent selon vostre sens; la compagnie ne fait rien qui vaille si elle ne le fait de mesme. Vous ne pouvez pas mesme vous empescher d'interposer vostre sens particulier sur Tex^cution des ordres que vous recevez du Roy.

' Voir pi^x! »" 57.

Je vous dis en peu de mots que vostre veritable fonction ne consiste i|u'^ maintenir les habitans dans Texercice des armes et les tenir, par ce luoyen, en estat de r^sister aux ennemis en cas qu'ils fussent attaqu^s; laisser les premiers juges dans la libre et entifere fonction de la justice , tenir la main h ce que leurs jugemens soyent ex^cut^s et leur prester main-forte quand ils vous le demanderont; tenir le rang que le Roy vous a donn^ dans le conseil souverain et y donner vostre suffrage, sans y forcer ou violenter les autres par quelque voye et sous quelque pr^texte que ce soit; faire ex^cuter les arrests du conseil et les ordres du roy que je vous envoye sans interposer vostre sens particulier; maintenir les marchands qui vont dans vostre isle dans une enti^re liberty d'y vendre et d^ biter leurs denr^es et maixhandises, sans donner aucune pr^f^rence k qui que ce soit, ni leur faire aucun empeschement directement ou indirectement; maintenir de mesme les habitans de Tisle de la Guadeloupe dans une enti^re liberty de vendre leurs sucres, et ne vous mesler d'aucun commerce ni par vous, ni par qui que ce soit qui vous appartienne.

Lorsque vous agirez de cette sorte, vous pourrezvivre en repos sur Tassurance que je vous donne que cette isle augmentera en nombre d'habitans et que cette unique raison vous mettra h convert de toutes les autres affaires dont vous vous plaignez sans fondement; h quoy j'ajouteray que vous i)e devez pas consommer vostre temps inutilement h m'^crire d*aucune autre chose que des points contenus cy-dessus, et soyez assur^que c'est 1^ le meilleur avis que je vous puisse donner.

(Arch, dela Mar. Ordretdu roipamr l$i eompagnm dm l9d§t , 1673, fol. 5i.)

73— AU MfeME.

Versailles, s3 mars 167A.

Quoyque je vous aye fait une r^ponse du 16 d^cembre qui doit servir a toutes vos lettres, je ne laisseray pas de vous dire encore, par ces lignes, que vous ayant fait connoistre qu'il falloit en tout temps quitter tous les soup^ons et les defiances qui vous sont naturels et qui occupent enti^rement vostre esprit, et vous appliquer uniquement aux choses qui sont de vostre devoir et que je vous ay lant de fois expliqu^es de vive voix et par ^crit, il faut, en ce temps icy plus qu'en tout autre, quand la guerre que Sa Majesty est obligee de soutenir et qu'elle soutient glorieusement contre la maison d'Aulriche et les Hollandois joints ensemble, vous doit faire connoistre que vous serez seurement attaqu(^ par les Hollandois, il

faut, dis-je, quitter toutes ces defiances et vous appliquer enti^rement k bien faire vostre devoir, k bien ob^ir aux ordres qui vous seront donn^, h vivre avec la soumission et la d^f^rence que vous devez avec M. de Baas, et ne pas vous mettre dans Tesprit qu'il veuille vous perdre, parce qu'il ne le pent pas faire sans se perdre luy-meane ou sans se faire un pr^udice que la satisfaction d'une petite haine qui ne pent wroir de foadement ne pourroit r^parer.

Quand vous raisonnerez qu il a de Tesprit et de Thonneur, qu'il veut satisfaire le Roy et s'acqu^rir de la gloire , qu'il ne pent parvenir k ces fins que par le moyen et par les testes et les bras de tons les gouverneurs et de tons les officiers qui servent sous luy, vous conclurez enti^rement qu'il ne pent jamais avoir autre chose dans Tesprit que de vous donner les moyens de faire quelque bonne action, si I'occasion s'en pr^sente.

Vivez done en repos; faites en sorte que tons les habitans de Tisle soyent contens de vous et qu ils soyent bien dispose ^^"^ ®® d^fendre ; ce sont 1^ les seuls moyens de satisfaire le Roy et d'acqu^rir de Thonneur.

(Arch, de ia Mar. Ordret du rot pour le$ ean^^afnm du hiet, 167& , fbl. 19.)

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