LOUIS XIV A M. DE LA HAYE
LIEUTENANT GENERAL DANS LES INDES ORIENTALES
Versailles, 8 septembre 167/1.
Quoyque je n'aye ref u aucunes lettres de vous depuis que j'ay fait partir le vaisseau le Ruhis au mois d'avril , je ne laisse pas de faire partir encore ma fluste appel^e le Coche, pour vous aller joindre et vous porter mes d^pesches. Ge mesme bastiment vous porte i3o bons hommes commands par de bons officiers et 60,000 livres d*argent comptant, avec les agr^s, armes et munitions que j'ay estim^s vous pouvoir estre n^cessaires contre les ennemis qui vous srttaquent et contre lesquels vous vous d^fendez depuis si longtemps avec tant de valeur et de succ^s.
Gomme vos lettres sont fort concises et ne contiennent aucun detail de tout ce qui s'est pass(5 dans la prise et la defense de Saint-Thom^, j'ay toujours attendu que vos lettres post^rieures contiendroient ce detail; mais,
comme je n'en recois aucune telle que je le souhaiterois, je suis bien ayse de Yous dire que vous m'envoyiez un detail de tout ce qui s'est pass^ de plus important et de plus considerable depuis que vous mistes pied k terre sur la coste de Coromandel pour attaquer Saint-Thom^.
Je desire aussy que vous me fassiez sjavoir, par toutes les occasions qui se pr^enteront, I'estat auquel est la place , les principales munitions que vous avez et celles dont vous pouvez avoir le plus de besoin, afin que j'y puisse pourvoir par tons les vaisseaux que je vous enverray.
Je desire surtout que vous observiez de me renvoyer tous les ans deux vaisseaux en diff^rentes saisons, afin que je puisse estre inform^ tous les six mois seurement de ce qui se sera pass^ au lien ou vous estes. Vous devez estre assur^ que je vous en enverray aussy deux tous les ans pour vous porter quelque argent et les armes et munitions dont vous ponrrez avoir besoin; et vous pouvez pareillement faire estat que ces deux vaisseaux vous porteront soo bons hommes.
Outre les 60,000 livres que ce vaisseau vous porte, je dois croire que vous avez a present re(u les 100,000 livres que mon vaisseau le RubU vous a port^es, les 000,000 que je fis charger, il y a deux ans, sur le vaisseau de la compagnie appel^ VOrieni et les400,ooo sur mon vaisseau ^0 Brecon, party il y a quatre ans, en sorte que jay lieu d'esp^rer que tous ces secours vous auront donn^ le moyen de vous bien d^fendre et peut-estre d*establir la paix avec le roy de Golconde et les princes voisins, h. quoy je veux que vous vous appliquiez plus qu'i toute autre chose.
J'ay fait arrester les nomm^s GhampigneuUes S La Motte-Louvard ^ et Villeneuve-Moreau ', et leur fais faire leur proems comme & des d^serteurs. II sera bon que vous fassiez connoistre & tous les officiers qui servent aupres de vous que je ne pardonneray point a ceux qui quitteront sans vostre cong^ , comme vous devez aussy les assurer que je consid^reray particuli^rement les services qu'ils me rendront en ce pays-]&, et que je leur donneray, par mes bienfaits, des marques de la satisfaction que j*en re(ois et des tesmoignages que vous me rendrez de leur valeur et de leur bonne conduite. Sur ce sujet, je suis bien ayse de vous dire que, dans un pays aussy ^loign^ des secours et des assistances que je puis vous donner, il est tres-important que vous vous appliquiez particuli^rement a conserver les hommes que vous avez.
* Lieutenant de vaisBeau en 1 668 , ro^ des de fr^te en 1 703. Mort a Touion , ie si5 tvril
cadres de la mariDe en 1676. 1716.
' Isaac de La M otte-Louvard , enseigne de ' Enseigne de vaisseau en 1669, ray^ des
vaisseau en 1 666 , capilaine de brdlot en 1 689, cadres en 1 67 A.
COLONIES. ssa
J'ay donn^ ordre au tr^orier de la marine d'envoyer un commis aupr^s de V0U8 pour y faire la d^pense des 60,000 livres sur vos ordres vis^s par le commissaire du Tremblay. Je veux que vous preniez soin de luy faire remettre les acquits de toutes les sommes de deniers qui out est^ jusqu ^ pr^ent d^pens^es par vos ordres.
En cas qu il plaise k Dieu donner k mes ennemis la volont^ de faire la paix k des conditions honorables et avantageuses pour moy et pour mon Estat, je vous enverray de plus puissans et de plus fr^quens secours; ce pendant, pour vous exciter toujours h continuer de soutenir la gioire de mes armes dans un pays aussy ^loign^ que celuy oji vous me servez, je suis bien ayse de vous dire qu'au commencement de cette campagne, dans le cours du mois de may et les quinze premiers jours de celuy de juin, j'ay conquis toute la Franche-Gomt^ et pris de force les ville et citadelle de Besan^on, celles de DAle et de Salins, les chasteaux de Joux, de Sainte-Anne et Saint-Laurent , et toutes les autres villes et places de cette province dont je suis k pr^nt le maistre, ce qui a est^ suivy d'un grand combat que mon cousin le vicomite de Turenne, commandant mon arm^e d'AUemagne, a remport^ sur I'arm^e de I'Empire, conmiand^e par le due de Lorraine S et d'une autre signal^e victoire remport^e par mon cousin le prince de Cond^, commandant mon arm^e en Flandre, le 1 d aoust der* nier, sur les trois armies imp^riale, espagnole et boUandoise jointes ensemble K
Outre la gioire de tous ces grands succ^ dont il plaist k Dieu de favoriser la justice de mes armes , vous devez estre assur^ que celle qui me revient de vostre bonne conduite et de vostre valeur m'est fort cb^re, et que je vous donneray des marques de la satisfaction que j'en re^ois.
( Arch, de la Mar. Ordret in rot fOmr Im compagniet de$ hd$i, 1676 , fol. 37. )